Sommet de la Francophonie: François Hollande a pris la bonne décision
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Rubrique : Actualité


Publié le 31 Août 2012 par Gaspard Musabyimana

Depuis l’élection de François Hollande en mai dernier, l’incertitude régnait quant à sa participation au XIVe sommet de la Francophonie devant se tenir à Kinshasa du 12 au 14 octobre 2012. L’opposition congolaise demandait que le président français ne fasse pas le déplacement, ou que ce sommet soit déplacé dans un autre lieu, hors du Congo/Zaïre. Des ONG, tant congolaises qu’internationales, s’étaient également prononcées en ce sens. La crainte exprimée était que la présence de François Hollande à Kinshasa risquait d’accorder une certaine légitimité à Joseph Kabila, dont la réélection à la présidence de la RDC, l’an passé, fut vivement contestée, tant par l’opposition que par une partie de la communauté internationale. Le président français a définitivement mis un terme aux spéculations lors de la réunion annuelle des ambassadeurs de France, qui s’est tenue à Paris le 27 août dernier. Il a en effet clairement indiqué, dans son discours, qu’il serait présent au sommet de Kinshasa.

Le président François Hollande a pris la bonne décision. Et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il eut été incompréhensible que la France ne soit pas représentée au plus niveau à un sommet de la Francophonie. Ensuite, les raisons invoquées cette fois-ci pour ne pas se rendre à Kinshasa auraient pu être avancées lors d’un prochain sommet. En effet, il n’y a pas que le régime de Monsieur Kabila dont la légitimité soit contestable, ou qui ne soit pas parfaitement respectueux de la démocratie et des Droits de l’Homme. Une autre raison est qu’avec plus de soixante millions d’habitants, la République Démocratique du Congo est potentiellement le deuxième pays francophone du monde, après la France. Un tel pays, quels que soient les doutes que l’on puisse avoir au sujet de la nature de son régime, doit être ménagé et respecté, tant par la France que par le reste de la communauté francophone. J’ajouterais que la venue du président français à Kinshasa lui donnera l’occasion de manifester clairement l’attachement de la France aux Droits de l’Homme et aux valeurs de la démocratie. Il pourra le dire lors de l’entretien qu’il ne manquera pas d’avoir avec le président Kabila ainsi que durant son discours au sommet de la Francophonie. Il pourra aussi l’exprimer en recevant les dirigeants de l’opposition congolaise ainsi que des responsables de la société civile. Peut-être osera-t-il même, lors de son discours, rendre hommage à Floribert Chebeya, l’activiste des Droits de l’Homme assassiné, et à toutes les victimes de la lutte pour l’établissement d’un État de droit, tant en République Démocratique du Congo que dans les autres pays francophones. Le “discours de Kinshasa” de François Hollande pourrait ainsi faire date dans l’Histoire, comme ce fut le cas en 1990 avec le “discours de La Baule” du président François Mitterrand. C’est en effet ce discours qui marqua le début de la vague démocratique connue par le continent africain, dans les mois et les années qui suivirent.

Mais la raison principale plaidant en faveur de la présence de François Hollande à Kinshasa est ailleurs. Depuis plusieurs mois, le Congo/Zaïre est victime d’une nouvelle agression militaire. Une énième fausse rébellion, initiée, entretenue et manipulée par des pays voisins est en train de mettre à nouveau le Kivu à feu et à sang. L’instigateur principal de ce nouveau conflit est, comme les fois précédentes, le président Paul Kagame du Rwanda. Ce même président qui, depuis son accession au pouvoir en 1994, a tout mis en œuvre pour éradiquer la langue française de son pays, au profit de l’anglais. Le sommet de la Francophonie à Kinshasa devrait donc permettre à l’ensemble de la communauté francophone d’exprimer sa réprobation la plus absolue de l’agression dont est victime le pays hôte. Il faut espérer que la participation de Monsieur Hollande à ce sommet puisse apporter encore plus de force à cette réprobation. Un message clair et sans ambiguïté devra être adressé à l’homme fort de Kigali: trop c’est trop! Il devra prendre conscience que la communauté francophone n’est pas dupe de ses agissements en sous-main et que ceux-ci doivent cesser immédiatement et définitivement.

Je me permettrais même de faire une petite suggestion au président Hollande: qu’il passe une journée supplémentaire en territoire congolais, afin se rendre au Kivu. Sa présence pendant quelques heures dans cette région troublée et sa visite d’un camp de déplacés auraient plus de poids que tous les discours. Tout en étant une manifestation de la solidarité de la France, ce serait aussi une affirmation sans ambages que Paris n’acceptera pas une nouvelle déstabilisation de la République Démocratique du Congo et de la région des Grands Lacs. L’impact d’une telle visite serait immense, tant au niveau international que dans le cœur de millions de Congolais victimes des horreurs de guerres à répétition depuis 1996.

Hervé Cheuzeville, 29 août 2012

(Hervé Cheuzeville vit et travaille en Afrique, dans l’humanitaire. Il est l’auteur de trois ouvrages: “Kadogo, enfants des guerres d’Afrique Centrale”, L’Harmattan, 2003, “Chroniques africaines de guerres et d’espérance”, Éditions Persée, 2006 et “Chroniques d’un ailleurs pas si lointain”, Éditions Persée, 2010. Il est en outre l’auteur de nombreux articles et chroniques).

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