Kagame fut le grand absent du sommet de Kampala sur la RDC. Kabila toujours aussi dupe?
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Rubrique : Actualité


Publié le 11 Sep 2012 par Gaspard Musabyimana

Le deuxième "sommet" des Chefs d’Etat de la Conférence internationale sur la Région des Grands Lacs consacré à la résolution du conflit militaire à l’Est de la RDC s’est finalement tenu ce samedi 8 septembre à Kampala, après deux jours de retard. Il avait pour objectif principal de tabler sur la mise en œuvre de leur projet de déploiement d’une "force internationale neutre", sur base des recommandations du sous-comité des ministres de la défense qu’ils avaient institué lors de leur dernier "sommet", et dont le rapport a été soumis à l’ougandais Yoweri Museveni, Président en exercice de la CIRGL, à la mi-août.

Kagame, lui, avait mieux à faire…

Sur onze Chefs d’Etats et de gouvernements attendus à Kampala ce weekend, seulement trois ont répondu à l’invitation du président Museveni : le tanzanien Jakaya Kikwete, le congolais Joseph Kabila, et le sud-soudanais Salvar Kiir (qui était invité comme simple observateur au sein de la CIRGL). Celui dont l’absence a été la plus remarquée est sans aucun doute le rwandais Paul Kagame, qui a préféré déléguer sa "dame de fer" de ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, qui était accompagnée de l’incontournable James Kabarebe, ministre de la Défense.

Le "patron", lui, était en déplacement en Chine, où il a participé hier dimanche à Hong Kong à la rencontre de l’Organisation des jeunes Présidents (Young President Organization). Ce lundi 10 septembre, il rencontre les hommes d’affaires de la grande métropole de l’Empire du milieu, avant de prendre part, mardi, au Forum économique mondial qui se tiendra dans la ville chinoise de Tianjin. Enfin, bref ! Je lis dans les filigranes le message de Paul Kagame à Kabila qui doit être : "Cher ami, mon pays est pauvre, mais contrairement à toi, j’ai pour lui un grand rêve. Alors, excusez-moi, mais je n’ai pas de temps à perdre avec vous…".

Il a raison, non ! Il faut être aussi dupe que le président Kabila pour ne pas se rendre compte que ces rencontres successives sont une vraie perte de temps (et d’argent, à cela on est déjà assez…habitué). Aussitôt la thèse de l’agression de la RDC par le Rwanda "validée" par Kinshasa, le gouvernement a multiplié les lettres, les missions, pour "dénoncer" sa déstabilisation et …crier (!) au secours : New-York, Addis-Abeba, Kampala, Maputo, Goma, … Les crédules chefs de confessions religieuses et membres de la "société civile" ont emboîté le pas aux politiciens, et parcourent l’occident, avec des cartons de pétitions, à la recherche d’un messie qui sauvera le Congo de ses agresseurs. Peine perdue ! Sur le terrain au Nord-Kivu, le M23 a humilié les FARDC à plusieurs reprises, jusqu’à ce qu’il se décide lui-même de stopper son avancée. Des milliers de pauvres congolais forcés de quitter leurs maisons et leurs biens meurent de froid, de faim et de soif, voici six mois déjà.

Beaucoup a été dit sur l’absence du président rwandais à ce sommet : "mépris à l’égard de ses pairs", "remords, après l’échec subi auprès du comité des sanctions des Nations-Unies", "défiance vis-à-vis de Joseph Kabila, dont le gouvernement a traité le Rwanda et ses autorités de tous les noms suite au spectaculaire retrait du contingent rwandais", etc. Au moins lui a le culot de prendre des décisions strictes, y compris celles qui fâchent tout le monde, pour autant qu’il croit le faire pour l’intérêt supérieur de son pays. Il n’est pas homme à contenter le monde entier, et tant mieux pour lui. Ceux qui ont des raisons (vraies ou erronées) de le haïr devraient au moins avoir le courage d’admirer rigueur et…de s’en inspirer. Joseph Kabila aurait une telle personnalité, les problèmes de la RDC en seraient résolus à moitié… Hélas, on est loin du compte ! Quoiqu’il en soit, il me semble que sa présence ou son absence ne change rien au fait que c’était (encore) un sommet pour rien, ou presque.

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Des avancées ! Mais lesquelles, et pour quel résultat ? 

Kampala II – ne vous fatiguez pas de compter, ce n’est que le début – a pris un certain nombre de décisions, aussi incohérentes, irréalistes ou inutiles les unes que les autres :

· La "création d’une force internationale neutre", dotée d’un mandat de l’union africaine et des Nations Unies" : un peu comme si il revenait à la CIRGL de décider à la place de l’Union africaine ou des Nations Unies de donner le mandat à une force internationale… Ces organisations ont des structures chargées d’examiner l’opportunité et la faisabilité d’un tel projet, avant de fixer un mandat. D’ailleurs, le communiqué de Kampala II le reconnaît lui-même, parce que plus loin il indique que quatre des pays membres de la CIRGL devront saisir le Conseil de paix et de sécurité de l’UA, et exhorte cette dernière à saisir à son tour les Nations-Unies au sujet de ce mandat et du soutien dont la force de la CIRGL aura besoin. Pour ce qui est de l’UA, il est fort possible qu’elle donne son mandat à cette force, parce que ce qui s’y fait n’est pas très différent de ce cirque de la CIRGL. Mais pour ce qui concerne l’ONU, il y a fort à parier qu’elle ne voudra pas s’engager à soutenir (y compris financièrement) une force internationale, en plus de la MONUSCO, qui est présente sur place, qui coûte énormément cher, et qui dispose déjà du mandat de rétablissement de la paix. 

· Le déploiement de la "force internationale neutre" dans les trois mois à compter de ce sommet : là aussi, il n’y a rien de nouveau. Ceux qui croient en ce schéma (je n’en fais pas partie) s’attendaient peut-être à ce que des pays annoncent plutôt qu’ils donnaient des troupes et des moyens à cette force, mais seule la Tanzanie a annoncé être disposée à envoyer des hommes (sans dire combien). Le chiffre de 30 millions de dollars aurait été annoncé comme prévision budgétaire, ce qui est tout à fait dérisoire (la MONUSCO consomme 30 millions de dollars en moins de dix jours ! Raisonnablement, une telle somme ne peut pas tenir trois mois, à supposer que cette force soit composée en tout de quatre à six mille hommes). 

· L’élargissement du sous-comité des ministres de la défense et du "Mécanisme conjoint de Vérification" (MCV) à tous les Etats membres de la CIRGL et mise en place d’une "Equipe militaire d’Évaluation : cette équipe devrait, selon le communiqué final du "sommet", "faire une évaluation sur le terrain pour déterminer, entre autres, la structure, la configuration et les zones de déploiement de la force internationale neutre". Elle devrait également élaborer dans les deux semaines un "Document de Concept d’Opérations de la force internationale neutre". On tourne autour du pot : la détermination de la structure, de la configuration et des zones de déploiement de la la fameuse force internationale est censée avoir été faite lors de la réunion de le sous-comité des ministres de la défense (alors restreint) qui s’était réuni à Goma les 15 et 16 août dernier. L’on se rappellera d’ailleurs qu’il avait été annoncé, notamment, que la "force internationale" serait composée de 4000 hommes, qu’elle son déploiement serait effectif dans les trois mois à compter de Kampala II, et qu’elle serait déployée dans les zones de Rutshuru, Beni-Rwanzori, Walikale, Masisi, et dans la pleine de la Rusizi. Ces éléments vont-ils changer ? 

· La cessation "immédiate" des hostilités : dans une formule laconique, le communiqué de la CIRGL indique qu’il "doit être demandé au M23 d’arrêter immédiatement toutes les activités militaires, y compris le recrutement et l’approvisionnement en armes et minutions". Il est aussi "proposé au président en exercice de la CIRGL (Yoweri Museveni) de bien vouloir instruire le M23 de retourner dans ses positions du 30 juin 2012", et de "poursuivre les efforts diplomatiques auprès des parties en conflit à l’est de la RDC en vue de une cessation totale des hostilités, et de résoudre la crise, si possible, par des voies politiques".  Les incohérences contenues dans ce communiqué sont stupéfiantes : la CIRGL tient-elle à intervenir militairement à l’Est de la RDC, ou opte-t-elle pour une résolution politique de la crise ? Si l’option militaire est déjà prise, comme cela semble être le cas, à quoi sert-il d’envisager la solution politique ? Pourquoi n’avoir pas commencé par là, avant de perdre des mois à préparer une intervention qui pourrait ne jamais avoir lieu ? Il y aussi des non-dits : Joseph Kabila envisage-t-il enfin de négocier avec le M23 ? N’est-ce pas que c’est là que conduit la voie politique ! Et puis, qu’en est-il des autres groupes armés que la force internationale est censée aller combattre ? Va-t-on entreprendre des contacts en même temps avec les FDLR, les différents groupes Maï-Maï, les  ADF/NALU, les FNL, et tout le reste ? Il ne faut pas que le M23 mérite seul ce traitement politique, et pas les autres groupes, au risque de créer une situation ingérable ! 

Ce sont là les principales décisions issues de ce "sommet". Ceux qui en attendaient une avancée significative doivent être déçus. D’autres qui, comme moi, n’en attendaient rien, sont confortés dans leur croyance que ce schéma doit être abandonné, au profit d’une option plus concrète et plus rapide. Même la brèche ouverte sur la solution politique n’inspire aucun crédit, dans le contexte actuel. En effet, le gouvernement congolais persiste à accuser le Rwanda de l’agresser, mais ce dernier le nie : avec qui alors faut-il entreprendre des négociations ? Avec l’agresseur rwandais qui ne l’admet pas, ou avec les "mutins" du M23 qui n’attendent que cela ? Et puis il y a toute la multitude de groupes armés nationaux et étrangers avec lesquels il faudrait trouver une solution politique : le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda sont-ils enfin disposés à s’asseoir sur une table de négociations avec, respectivement, les FDLR, les FNL, et les ADF/NALU ? Rien n’est moins sûr.

Joseph Kabila doit choisir clairement, entre persister à quémander le soutien militaire de quelques bons samaritains, qui accepteraient, pro Deo, de mettre en jeu la vie de leurs propres citoyens sur les champs de bataille de l’Est de la RDC, pendant que les congolais chantent et dansent le Ndombolo; et trouver une solution proprement congolaise. Pour cette dernière option, il a encore un moyen d’implorer  le M23 de déposer les armes afin de revoir ce qui n’a pas marché après les accords de paix de 2008 et 2009. Eh oui ! implorer, parce que son gouvernement est en grande partie responsable de cette crise, qu’il aurait pu éviter, mais surtout parce qu’il est incapable de leur affronter militairement. Dans le cas contraire, qu’il insiste auprès de l’ONU pour que le mandat de la MONUSCO soit redéfini et orienté prioritairement sur la restauration de la paix, et qu’il organise les FARDC pour se servir utilement de ces braves hommes et femmes, congolais, qui sont prêts à verser le sang pour leur patrie.

Si Joseph Kabila ne veut pas raison entendre; s’il continue de boucher les oreilles face aux cris de sa population, qui est lassée de la guerre, de l’attente, et des humiliations, et qui veulent la paix "tout de suite", il se rend à lui-même un mauvais service : lorsque le peuple se lèvera contre lui et le système qu’il sert, rien ni personne ne sauront l’arrêter. Et il sera trop tard pour se ressaisir…

Jean-Mbert N’Senga
10/09/2012

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