RDC/Goma : J_M N’senga, un activiste des droits de l’homme, tabassé par la police
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Rubrique : Actualité


Publié le 24 Sep 2012 par Gaspard Musabyimana

Madame/Monsieur, 

Je tiens à vous informer que ce vendredi 21/9/2012, j’ai été brutalement arrêté par des agents de la police nationale congolaise, vers 14 heures locales, en plein centre-ville de Goma, lors d’une manifestation pacifique de la jeunesse de Goma à l’occasion de la journée internationale de la paix. 

J’ai personnellement été gravement battu (j’ai l’oeil gauche enflé qui me donne des douleurs atroces à cause d’un coup de poing que j’y ai reçu, entre autres lésions), dépouillé de tout ce que j’avais sur moi (téléphone portable, pc, tablette, argent, documents dont mon passeport, ma carte d’électeur et mon permis de conduire, etc.), avant d’être jeté dans le cachot de la mairie de Goma, puis celui des services de renseignement de la police, et enfin dans celui du parquet de grande instance de Goma. 

La police est intervenue au moment où la manifestation était entrain de se disperser calmement, elle a entouré les manifestants, et elle a commencé à tirer (HORIZONTALEMENT) à l’aveuglette, à balles réelles et sans sommation aucune. Les jeunes manifestants étaient désarmés et ne portaient même pas de cailloux ou de bâtons. Des images ont été prises et des vidéos enregistrées qui peuvent en témoigner. La MONUSCO était aussi sur les lieux avec deux auto-blindés. A aucun moment les jeunes n’ont résisté ou essayé de résister violemment à la police, ou porté atteinte à quelque personne ou quelque chose que ce soit.

J’ai été frappé y compris en plein interrogatoire devant l’officier de police judiciaire, intimidé; je me suis vu refuser l’assistance d’un avocat au niveau de la police, … 

Avec moi, 6 autres jeunes ont été arrêtés et torturés. La plupart sont des étudiants dans les institutions supérieures de la place. Il y a eu un mort et deux blessés par balle, mais les autorités font tout pour minimiser ces dégâts. L’agent de police qui commandait l’unité d’intervention a même été arrêté par sa hiérarchie, et détenu avec nous, puis il a été relâché. Les tortionnaires des renseignements de la police sont aussi bien identifiés, et leur hiérarchie en est informé. 

Liberté ou sursis ? 

Je vous écris parce qu’hier soir (samedi), j’ai été relâché par le Procureur de la République, qui a dû attendre la tombée de la nuit pour se décider unilatéralement à agir ainsi, contre les pressions exercées sur lui par je ne sais quelles personnes haut placées au niveau politique. D’après ses propres dires, c’est une affaire qui est "hautement politisée". Certaines personnes voudraient nous voir muselé en se servant de la justice pour nous condamner à travers un procès expéditif. Je suis à nouveau convoqué ce lundi à 8 heures, et j’ignore ce qui va se passer… Car les services de renseignement ont transmis un rapport au parquet dans lequel ils nous accusent de collision avec le M23, de dissipation d’armes et minutions de guerre, de troubles à l’ordre public. Des accusations aussi graves que ridicules, mais d’autant plus inquiétantes que ce ne serait pas la première fois que l’acharnement et la paranoïa des autorités congolaises les pousse à faire condamner des innocents sur base de fausses accusations. 

Une paix durable pour un avenir durable…

Les messages qui étaient sur les calicots se rapportaient au thème de la Journée internationale de la paix : "une paix durable pour un avenir durable" ; sur la suite (toujours attendue) du Rapport Mapping des Nations Unies sur les crimes internationaux graves commis en RDC entre 1993 et 2003 ; sur l’opposition au déploiement d’une Force internationale neutre pour "régler la question des groupes armés", … Des photos de certains crimes et massacres étaient exposées, et des messages distribués à la population.  

La manifestation a eu lieu de jour, sur une place publique, sans obstruer la circulation, …Bien plus, les autorités de la ville avaient été informées de la tenue de cette manifestation, comme le prévoit la constitution de la République. 

Je vous écris pour que vous soyez informé, au cas où ce que je redoute advenait. Des éléments matériels pour prouver ce que je viens de vous relater sont disponibles, en cas de besoin, car les médias étaient présents (y compris ceux de la MONUSCO, d’ailleurs). La société civile du Nord-Kivu est au courant. Plusieurs organisations de la société civile ont même fait des communiqués pour dénoncer cette répression sauvage d’une manifestation des plus pacifiques, ainsi que notre arrestation et les tortures que nous avons subies. La division des droits de l’Homme de l’ONU est aussi informée, et ses agents nous ont rendu visite au cachot. 

Je profite de cette occasion pour remercier tous ceux et celles d’entre vous qui m’ (nous) ont témoigné de leur solidarité ou qui ont fait pression d’une manière ou d’une autre. 

Je vous remercie de considérer ceci avec bienveillance, et vous prie de recevoir mes salutations distinguées. 

Goma, le 23/9/2012

Jean-Mobert N. N’senga
Avocat au Barreau de Goma
Coordonnateur de CIVIS CONGO (asbl)
Blogueur: http://congo-revolution.blogspot.com
Goma, R.D.Congo
Tél. : +243 991 243 857

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