Rwanda : La colonisation belge serait-elle à l’origine de l’antagonisme hutu-tutsi ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 25 Sep 2012 par Gaspard Musabyimana

L’ Antagonisme Hutu-Tutsi

L’on vient de commémorer le cinquantenaire de l’indépendance de nos Territoires sous Tutelle, le Ruanda et le Burundi (1-7-1962). Les discussions politiques ont mené bon train et bien sûr, l’anticolonialisme prévalant, des accusations ont été levées contre l’ancien colonisateur, la Belgique.

Une accusation, soutenue par le régime ruandais actuel, revient aisément: les Belges auraient créé  et encouragé l’antagonisme, pour ne pas dire la haine, entre Hutu et Tutsi.             

Fin 2011, un jeune Ruandais, étudiant en journalisme en Belgique, me demanda une interview sur mon expérience ruandaise (1952à1960) que j’accordai volontiers. […] Une de ses premières questions: « Est-il vrai que ce sont les Belges qui ont introduit la notion du Muhutu opposé au Mututsi pour ainsi diviser le peuple rwandais selon l’adage bien connu: « diviser pour régner »?

Récemment encore j’ai été interrogé à nouveau à ce sujet par un Ancien du Congo, Service Economique, auquel un sympathisant du régime ruandais actuel avait fait le reproche que  les colonisateurs belges  avaient introduit au Ruanda la rivalité hostile entre les deux ethnies pour  ainsi mieux maîtriser le peuple ruandais.. 

Je dénie toute véracité à cette accusation pour les raisons que je vais développer.

A l’université coloniale notre professeur Georges Vanderkerken, dans son cours d’Ethnologie enseignait, qu’au Ruanda, comme au Congo, il y avait une population brachycéphale, essentiellement les Bantous (les Hutu au Ruanda-Urundi) et une population dolichocéphale, comme les Nilotiques (au Ruanda-Urundi les Tutsi). Ceux-ci, par opposition aux brachycéphales, avaient le crane à longueur supérieure à la largeur.

[…]

La notion de Hutu et de Tutsi était profondément ancrée dans le conscient et le subconscient de la population et cela depuis bien avant la pénétration européenne. Sans provoquer de véritables heurts raciaux car la masse, les cultivateurs hutu, manquant de terres, était muselée et soumise, acceptant sa subordination et la suprématie des Tutsi qui, détenteurs d’immenses pâturages, en refuseront le partage.

Voici une série d’exemples  vécus ou appartenant au domaine public…

1) Mon apprentissage assuré par des intellectuels tutsi

Jeune Administrateur Territorial Assistant (ATA), arrivé en territoire de Kibungu en avril 1952, désireux d’apprendre la langue(c’était une obligation de service) et les us et coutumes, je ne cessais d’interroger mon secrétaire-traducteur (évidemment Tutsi), l’Assistant Agricole Servilien Runuya futur membre du C.S.P. ainsi que le commis-chef stagiaire qui m’était attaché, Mbanda, petit fils du Mwami Rwabugiri , donc Grand du Royaume[i].

Même si la langue, le kinyaruanda, est commune aux trois races ruandaises, la terminologie peut être différente selon qu’il s’agissait d’un Tutsi ou d’un Hutu.

J’appris  de mes formateurs que:

1) un Muhutu pauvre, ne possédant pas de terres est appelé « umutindi »; le Mututsi pauvre sera « umukene ». Le Muhutu de moindre dénuement s’appelle « umugabo »(=homme), le Tutsi « umukire ».Le Muhutu nanti sera « umukungu »(riche); le Tutsi « umutunzi ». 

2) Il n’y a pas de terme pour le Hutu patron ou influent, sans doute parce qu’il sera alors assimilé au Tutsi; mais le Tutsi influent sera « Umutware »(= chef).Les Abatware forment l’aristocratie, appelée « Infura ».

3) Coutumièrement il était possible de s’élever d’une classe sociale à une supérieure. 

Ainsi,je l’ai raconté pour ce qui concerne mon Assistant Christophe Buskjete, un Mutwa  pouvait quitter son clan pour accéder au niveau tutsi, par la volonté du Mwami,cela s’appelait : »kwitwatura »Le Hutu accédant au niveau Tutsi cela s’appelait : »kwihutura ».

Le contraire était aussi possible: »gutahira », déchoir de Tutsi à Hutu.

[…]

4) Dans le même ordre d’idées mes informants m’apprirent qu’en cas de guerre, et les Bami en entreprirent beaucoup, les guerriers vaincus étaient massacrés, les femmes Tutsi réduites en servitude, considérées et distribuées comme des concubines tandis que les femmes Hutu devenaient « abaja » (=servantes).

En droit coutumier, le Droit Familial et de propriété fixait parfois des règles différentes selon qu’il s’agissait de Tutsi ou de Hutu. Je puise dans une note  remise par le Juge Gatsinzi Augustin:

1) Quand elle a un enfant l’épouse tutsi doit recevoir une ou deux vaches en cadeau selon la richesse de son mari. Pour une mère Hutu le cadeau consiste simplement en lait ou en bière, dit »ibihembo »(=récompense)                                                                                                 

2) L’indabukirano. Quand un chef ou un sous-chef prend ses fonctions une vache lui sera offerte par le Tutsi. Le « serviteur »  Hutu se contentera de ce qu’il peut, un mouton, une chèvre ou simplement une houe.

2) Affaire de l’invitation d’un Hutu à la fête de Noël 1955

[…], j’avais demandé a Simon Munyekazi, Président du Cercle de m’établir la liste des membres, avec épouses, et de me la remettre pour que je puisse lancer les invitations. Cela  a donné lieu à l’incident que je veux relater ici car il indique bien la mentalité qui régnait, et l’existence d’un racisme, très réel en milieu coutumier, dont on nous accuse, nous Blancs.

J’avais donc demandé au président Munyekazi, Tutsi bien sûr, excellent commis pour lequel j’ai toujours eu une grande estime, de me remettre la liste des membres à inviter chez moi. J’ai dû la réclamer plus d’une fois. Quand il me la remit finalement, quel fut mon étonnement de ne pas y voir le nom de Joseph, le menuisier du territoire. S’agissait-il d’un oubli? J’en fis la remarque à Munyekazi et sa réponse fut: «Monsieur l’administrateur je ne puis l’inscrire car il est hutu et, bien qu’il soit membre de notre Fraternelle, il n’est pas concevable que ma femme doive être installée à côté de sa femme à votre réception »!  

J’en étais ulcéré, toutes nos peines pour obtenir une intégration raciale s’avéraient sans effet. L’objection et le refus ne venaient pas du côté redouté; ce n’étaient pas les Blancs refusant de s’assoir avec les Noirs mais bien le Tutsi refusant de s’assoir à coté du Hutu!

J’ai fait valoir à mon interlocuteur que ma femme, qui allait servir elle-même l’épouse de Joseph le Hutu, faisait un effort bien plus important que la sienne qui, après tout, n’avait qu’à s’assoir dans notre salon. J’inviterais donc Joseph et son épouse et si madame Munyekazi ne voulait pas venir, tant pis! ….Elle y était! Quant à « madame Joseph », simple hutukazi, elle a du faire un effort bien plus considérable et vaincre des préjugés.

Comme conclusion […] : Le problème Hutu/Tutsi était réel, je le rencontrais tous les jours. Il trouvait son origine dans l’organisation encore féodale de cette société en pleine évolution et ébranlée par des initiatives que je viens d’évoquer.    

Faut-il nous en faire le reproche?

3) Témoignages de Anastase Makuza, premier universitaire hutu.

[…]

3c) Le Hutu pouvait s’élever socialement par le mariage avec une Tutsi.

Athanase Makuza premier Hutu diplôme de Lovanium, en est un exemple édifiant. 

Dans mon Journal de Brousse j’ai noté,  que pendant une inspection de sous-chefferie en haute altitude, province du Bwishaza, mon épouse travaillait au gîte au cadeau de mariage de Makuza, une nappe brodée.

Sa fiancée, originaire si je ne me trompe de la chefferie Nyantango-Budaha ,était une jeune Tutsi de haute lignée liée au clan des Abega dont, à l’époque le chef Rubayiza était soumis à une procédure de destitution que j’ai du mener à bien.

Note: cette élévation du Hutu Makuza dans la notabilité Tutsi et même dans le clan habilité à fournir l’épouse du Mwami, ayant une parenté avec le Président de la Restauration Kagame, expliquera sans doute pourquoi, en 2006 je crois, celui-ci fera de leur fils son premier ministre.

Encore, dans ce domaine du Hutu s’élevant dans la société par son mariage avec une Tutsi, j’ai  lu et apprécié, au Ruanda, en 1955, la comédie « L’Optimiste » écrite par l’auteur ruandais  bien connu, Saverius Naigisiki, Hutu. Il y expose avec verve les avatars d’un Hutu enrichi  désireux d’épouser une jeune Tutsi dont le père, pauvre mais bien conscient de sa supériorité raciale et sociale, pose des exigences disproportionnées pour accepter la disgrâce de marier sa fille à un Hutu.

Il me paraît évident que cette conscience du Hutu se sentant socialement inférieur au Tutsi n’était pas due à une quelconque action des Belges mais était ancrée dans les tréfonds de leur âme.

 […]

4) Lettre du Mwami Musinga à sa fille Mushembugu, épouse Rwagataraka.

Le Mwami Musinga, en désaccord avec les autorités belges et surtout avec l’église catholique qui réussit à convertir de nombreux jeunes nobles désireux d’apprendre,interdit à ses sujets, y compris ses enfants ,de se faire chrétien. Sa fille Thérèse Mushembugu, épouse du grand chef Rwagataraka(territoire de Shangugu) , à l’instar de sa  sœur aînée Emma Bakayishonga, voulait se convertir au christianisme et le fera .

Elle sera bonne chrétienne et , en 1955,Thérèse Mushembugu, alors épouse du chef Muterahejulu, chef de la province du Nyantango, me recevra dignement et avec aisance, lors d’une inspection de la chefferie, dans leur résidence pas loin de la mission protestante de Kirinda.

Voici la fameuse lettre du roi à sa fille, la princesse Mushembugu :

Nyanza, 5 janvier 1930

Tu m’as fait dire que ton mari voulait se faire chrétien et que, toi aussi, tu le voulais pour la raison que tu es sa femme. On m’avait dit que Rwagataraka nous haïssait; c’est donc bien réel, il nous hait. Le motif qui me pousse à te dire cela, c’est qu’il va te faire accomplir un acte tabou-umuziro- pour lequel tu encourras à jamais ma réprobation. J’ai maudit quiconque qui parmi mes enfants se fera chrétien. Si l’un d’eux le devient, puisse-t-il être  privé de tout avoir!qu’il soit impuissant!et si c’est une fille, fasse le Ciel qu’elle n’enfante jamais! Qu’il soit abhorré par le mwami d’en bas-Musinga lui-même- et par le Mwami d’en haut-Nkuba, le Tonnerre! Qu’il ne trouve le laitage ni chez le serf, le muhutu,ni chez le seigneur, le mututsi! Qu’il soit maudit par tout homme qui sait maudire! Ne crois pas que je te joue comme ton mari. Si tu t’instruis du christianisme pour faire plaisir à ton mari, plus jamais je ne t’aimerai, je te le jure. Que j’aie tué Rwabugiri, mon père,si ce que je dis n’est pas vrai!Tout le mal possible je te le souhaiterai en haine; je te le dis pour te retenir. Je te haïrai comme le poison qui a tué mon frère ainé, Munana; je te haïrai comme la méningite cérébrospinale-spinale qui a tué mes enfants Munonozi et Rudacyawa.

Débouche tes oreilles et écoute bien. Choisis entre m’aimer, aimer ta vie, et aimer Rwagataraka. Je te le jure, si tu deviens chrétienne, plus jamais nous ne nous reverrons. Dis-moi bien ce que tu penses. Dis-moi nettement ce que tu as dans le cœur. Sache que si ta plume cherche à m’en imposer, je le saurai bien par mes gens. Mushembugu, dis-moi la vérité. C’est le jour ou jamais de montrer si tu es mon enfant ou si tu ne l’es pas. Et puis, si tu te fais instruire quand-même, tu peux, à ton gré me mettre mal avec les Bapadri. Cela m’est égal. J’ai terminé.

C’est moi ton père, le mwami du Ruanda.            

Yuhi Musinga (seing et sceau)

Vous aurez noté dans cette lettre l’appréciation du Mwami, roi de tous les Banyaruanda,concernant les Hutu et les Tutsi: « Qu’il ne trouve le laitage ni chez le serf, le muhutu, ni chez le seigneur , le mututsi ».  

Et l’on veut nous accuser d’avoir inventé le problème Hutu-Tutsi!

L’ironie de l’histoire fera qu’en mars1931, Musinga déposé puis relégué avec ses épouses, enfants en bas âge et serviteurs d’abord à Kamembe et ensuite vers le Congo tout proche, c’est Rwagataraka, grand chef à Shangugu ,qui supervisera les opérations de son départ en exil.

5) Louange flatteur du boy Daniel à l’arrivée de mon épouse.

Arrivé en avril 1952 en Territoire de Kibungu ,je fus nommé Administrateur Assistant Ppal ff.à l’ouverture du nouveau territoire de Kibuye , le premier février 1953, et j’y suis resté jusqu’à mon départ en congé de reconstitution en avril 1955.Marié pendant ce congé, j’étais très content de retourner à Kibuye avec ma jeune épouse. Mon personnel de maison, deux « boys » m’attendaient avec impatience et curieux de savoir quelle « Madame » serait leur  patronne.

L’exclamation de Daniel, boy principal, ne laissait pas de doute: « N’umututsikazi koko! » ce qui veut dire: c’est une véritable jeune femme Tutsi! Éloge suprême!

Dans la perception populaire tout ce qui était beau, intelligent, ayant autorité aussi, méritait, par opposition à la qualification « hutu »,celle de « tutsi ».

6) Réaction du boy Hans à la naissance de ma fille Anne

Ma fille Anne est née en décembre 1956 alors que j’étais administrateur du Territoire de Nyanza. Une petite fête a été organisée pour le personnel de maison. Parmi eux un jeune apprenti, Tutsi dont j’ai raconté l’histoire dans mes Mémoires Ruanda II (page117).Bien que numéro deux dans la hiérarchie du personnel de maison il n’omettait jamais de proclamer la supériorité des Tutsi par rapport aux Hutu ce que ceux-ci admettaient  sans réagir. Le Ruandais aime les enfants et nos « boys » étaient toujours d’accord d’être pris en photo avec Anne dans les bras.

Un jour lors d’une séance de prise de photos, l’enfant devait avoir huit mois, Hans déclara :   « Quand elle était toute petite, avec sa grosse tête, je me disais qu’elle n’était pas belle, qu’elle était Hutu. Maintenant elle a changé, elle est bien plus belle: elle sera Tutsi! » 

A ses yeux le meilleur compliment à nous faire!Et les autres domestiques d’opiner!!Car cela ne pouvait que faire plaisir au patron!

7) Réponse d’un Hutu à la préparation des premières élections.

La scène que je vais raconter se passe, en septembre 1956, dans la province montagneuse du Bunyambiriri , territoire de Nyanza.    

Nous préparions , pour la première fois, de véritables élections de conseils de sous-chefferie. Administrateur du Territoire je parcourais les collines pour expliquer les objectifs et le processus de cette action démocratique inédite. Ce jour-là j’avais demandé au sous-chef local, Tutsi bien sûr, de réunir les hommes  de sa juridiction pour un « inama » où j’expliquerais  le pourquoi et le comment de l’opération.,Assis par terre en demi-cercle autour de moi debout, je voulais faire comprendre à cette population de montagnards, méfiante et assez taciturne,pour 95% hutu, le bénéfice de l’opération et leur possibilité d’exprimer librement leur choix qui serait secret.

Je m’adressai à un participant assis au premier rang: Vous Hutu, vous pouvez élire un autre Hutu, comme ici votre voisin pour vous représenter au Conseil de sous-chefferie, vous n’êtes nulle-ment obligé de voter pour un Tutsi, nul ne le saura. Maintenant vous êtes égaux devant la loi. »L’interpelé s’est levé et a répondu: »Blanc (Muzungu),tu ne penses quand -même pas que je vais voter pour lui, il est aussi inculte que moi! Non, je voterai pour le Tutsi, mon sous-chef ».

Dans l’esprit et la conscience populaire la notion d’appartenir à une catégorie « raciale » était bien présente qui donnait une conviction de supériorité même au « petit Tutsi » et celle d’infériorité et de subordination au Hutu..

Cependant, grâce à l’action des quelques leaders hutu tel que Kayibanda,la prise de conscience des Hutu de l’injustice de cette infériorité a été très rapide et s’est faite à notre insu. Les mentalités séculaires ont changé rapidement et cela dès la distribution du Manifeste des Hutu en 1957.

Pour preuve cet incident que j’ai vécu auprès de la même population courant 1958.

Toujours administrateur de Nyanza j’entrepris des safaris en haute montagne auprès de cette population montagnarde pour les convaincre de cesser de déboiser et défricher la forêt de la crête Congo-Nil pour se créer de nouvelles terres de culture (ubukonde en droit coutumier). Mission impossible car ils avaient tout simplement besoin de ces terres pour vivre et survivre. Une petite délégation, bien sûr des Hutu, demanda de me voir en aparté pour me dire: « Blanc, tu es notre administrateur et nous savons que les Tutsi veulent chasser les Belges parce qu’ils protègent les Hutu. Si tu es en danger viens chez nous , nous te protégerons et empêcherons les Tutsi de te tuer ».  Histoire véridique!

8) Dicton hutu:si vous donnez une place dans votre hutte à un Tutsi…

Ce dicton je  l’ai entendu, en milieu populaire,lors des escarmouches du mois de novembre 1959.  Le voici: » Si tu donnes une place dans ta hutte à un Tutsi, très rapidement tu te trouveras dehors (expulsé) et lui dans ton lit ».

Cette méfiance viscérale du Hutu à l’encontre du Tutsi je ne l’ai pas oublié et, lors des discussion des Accords  de Arusha je me suis permis d’aller, en 1992, dire au ministère des Affaire Étrangères qu’il n’y avait , à mon avis, aucun espoir de réussir, en rappelant ce dicton hutu. Sans convaincre. Je me souviens de la réponse du responsable du desk Ruanda-Urundi,Wilfried Jaenen, pourtant comme moi un Ancien de l’Université Coloniale: »Tout s’arrangera; le ministre est convaincu que les Tutsi ont le droit de revenir dans leur pays et qu’ils seront suffisamment souples et intelligents pour se contenter de partager le pouvoir avec les Hutu ».Il est vrai que ni le ministre ni mon interlocuteur, responsable du desk Ruanda, ne les connaissaient comme moi.

On sait ce qu’il en est advenu de ces Accords de Arusha!

[…]

12) Publication, en 1959, du livret de l’étudiant hutu Aloys Munyangaju.

Sous le titre « Actualité Politique au Ruanda » Munyangaju, futur leader du Parmehutu, explique l’origine de l’opposition Hutu-Tutsi comme suit : « Problème Hutu-Tutsi.

La question Hutu-Tutsi constitue le problème N°1 au Ruanda parce qu’il met en cause la coexistence même du groupe numériquement supérieur, d’une part, et du groupe politiquement et économiquement supérieur, d’autre part. C’est la vie même du peuple ruandais qui est en jeu ici. (Tutsi:14% -Hutu:85 B% -Twa:1%)

Or, la solution du problème ne peut provenir ni des Hutu ni des Tutsi. Ils sont trop intéressés au débat pour pouvoir l’examiner avec sérénité. Elle requiert l’intervention d’un Médiateur agréé par les deux parties en cause. Or, ce médiateur ne peut être que la Puissance Administrante, seule désintéressée tout en étant responsable de l’avenir du Pays et du développement harmonieux des deux groupes rivaux placés sous tutelle. Cette médiation naturelle est peut-être le seul, à moyen terme, favorable à la solution du conflit ».

Page 20 cet intéressant document donne les informations suivantes:

Représentation au cadre du Haut commandement politique du Pays.

Chefs de chefferie par race: race Tutsi: 45 sur 45.Race Hutu: 0 soit 0%;Twa 0%

Conclusion: la race hutu est totalement exclue du haut commandement politique de son pays. Cette exclusion est d’autant plus criante que ce sont les hutu qui représentent les 85% de la population.

L’auteur donne ensuite une intéressante information, que j’ignorais, sur la lutte des Hutu.

Sous le sous-titre: « Courants d’opinion actuels face au problème Hutu-Tutsi », il écrit au sujet du Manifeste du peuple hutu: »C’est la deuxième fois au cours de l’histoire du Ruanda que les Hutu réclament officiellement l’égalité politique et sociale de fait avec leurs compatriotes Tutsi.

L a première pétition de ce genre date des environs de 1890. Elle aboutit à un échec total.

A cette époque, les armées arrivées sur le champ de bataille, les guerriers Hutu refusèrent de participer au combat en signe de protestation. Pour venir à bout de cette  »grève » le Mwami promit publiquement de faire droit à leurs revendications, mais à une  condition:ils commenceraient par écraser l’ennemi sans le concours des Batutsi. L’attaque fut tellement impétueuse et désordonnée qu’ils furent obligés de battre en retraite, commettant la faute militaire et magique de dépasser la ligne de défense ultime tracée par le Généralissime d’armées tutsi, imposée par les augures. Résultat: défaite et condamnation à une éternelle subordination à l’égard des Batutsi. L’édit du Souverain disait: « Vous travaillerez pour le Mututsi pendant le jour et pour vous-même pendant la nuit »

Cet édit date de longtemps avant l’arrivée des Allemands et bien sûr des Belges!

[…]

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15) L’importance du droit coutumier

[…]

Concernant le droit foncier le Rapport de 1936 établit (p26)

« La terre appartient au roi qui en abandonne la jouissance aux chefs et sous-chefs. Ceux-ci à leur tour en cèdent des parcelles aux bahutu, moyennant certaines redevances. Le muhutu détenant ainsi un terrain a la faculté de l’exploiter à sa guise jusqu’au jour où il refuserait d’acquitter  les prestations coutumières dues au chef ou au roi. Dans ce cas le chef serait en droit de reprendre le terrain, mais non de s’approprier la récolte de la saison. »                                       

[…]

17) Refus du Mwami de nommer un chef Hutu

De septembre 1955 à septembre 1956 j’étais administrateur faisant fonction du territoire de Kibuye. En mars 1956 j’y reçus la visite d’inspection du territoire par le Mwami Mutara III. Suite à cette visite le Mwami a demandé ma nomination à Nyanza, territoire de sa résidence.

Lors de ma visite de prise de contact le Mwami m’a félicité pour cette « promotion » dont je lui étais redevable. Mais j’ai répondu que je n’en étais pas entièrement satisfait parce que j’étais heureux à Kibuye et que mes prédécesseurs à Nyanza avaient tous fini en palabre avec lui, ce que je ne désirais pas. Le Mwami m’a répondu que c’était exagéré et que nous allions bien nous entendre et nous dire franchement ce qui nous préoccupait, avant d’en référer au Résident ou au VGG.

Nous avons respecté cet accord (à 90%). Ce qui explique l’incident que je vais raconter.

A cette époque le Ruanda comptait 45 chefs de province, tous Tutsi et 559 sous-chefs dont une dizaine de Hutu dont dans mon territoire Dominique Mbonyumutwa, coté Élite.

Après les évènements de 1957 et le réveil hutu, la Tutelle, conduite par le Résident Dessaint, estima que le moment était venu, pour apaiser les tensions ,pour faire bonne justice et encourager la démocratie naissante, de nommer un chef de province hutu.

Comme aux autres administrateurs je suppose, sous le sceau du secret, le Résident me demanda d’examiner lequel parmi les sous-chefs hutu pouvait être retenu pour cette promotion révolutionnaire. Je ne crois pas qu’il y avait  en territoire de Nyanza un autre sous-chef hutu mais de toutes façons, Mbonyumutwa était le meilleur et correspondait parfaitement aux critères et objectifs. J’ai donc répondu dans ce sens au Résident et ajouté copie de mon Procès-Verbal d’inspection de sa sous-chefferie. La démarche était délicate et le Résident avait imposé la confidentialité pour lui permettre d’examiner les différentes propositions avant de faire son choix, sans doute aussi avant d’en parler au Vice Gouverneur Général, lequel devait donner son accord avant  de soumettre la proposition au Mwami auquel appartenait la nomination (décret du 14-7-1952).

Je ne savais nullement où en était cette affaire quand, un mois plus tard, le Mwami vint un soir à la maison, la mine renfrognée des mauvais jours. Je m’en rendis compte en le voyant, il était mécontent. Installé dans notre salon, il attaqua dès que je lui avais servi son whisky habituel:

« Je ne suis pas content, vous ne vous êtes pas tenu à notre accord de collaborer en confiance et sans recourir à vos autorités. Derrière mon dos vous avez pris l’initiative de proposer Mbonyumutwa comme chef ».Je devais répondre avec clarté et précision et lui ai dit que je n’avais d’aucune façon, derrière son dos entrepris une démarche contre lui. J’avais répondu à une instruction de mon supérieur hiérarchique, cela n’avait en rien trahi ma loyauté à son égard.                                     

J’ai ajouté: « Mwami, mieux que moi vous connaissez les problèmes de votre pays et les tensions raciales qui prévalent. Il faut en tenir compte et effectivement se demander si le moment n’est pas venu de nommer un chef hutu. Puisque nous avons un Mbonyumutwa, élément d’élite dont je crois qu’il fera un excellent chef pour l’avoir contrôlé, je considère ne pas vous avoir trahi mais au contraire aidé dans la recherche d’une solution au problème qui se pose à vous.  Si vous le nommez, aux yeux de votre peuple, le mérite de cet acte salutaire vous en reviendra et la masse hutu vous sera reconnaissante ».                   

Le Mwami s’est un peu amadoué à mon égard mais n’a rien voulu entendre et est resté sur sa position: pas de chef hutu dans son royaume!Il est resté encore une heure et est parti apaisé.

[…]

De ce qui précède on peut conclure que nous avons une part de responsabilité dans le changement des mentalités et de la prise de conscience des Hutu. Peut-on nous en tenir grief?

Non, les Belges n’ont pas inventé l’antagonisme Hutu-Tutsi!Nous avons, c’était notre devoir et notre objectif, encouragé la démocratisation et la libération d’un joug séculaire de tout un peuple. 

Louis Jaspers, septembre 2012

 


[i] Après ces contacts en territoire de Kibungu je  retrouverai  Mbanda, avec plaisir, en 1956, moi administrateur du territoire de Nyanza, et lui Membre du Conseil Supérieur du Pays et chef de province du Nyaruguru en territoire de Astrida. En janvier 1960 il sera condamné à mort-mais gracié ensuite- pour l’assassinat du leader Hutu Kanyaruka qui s’était réfugié en  territoire de Ngozi du Burundi.

 

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CESAR / 4 mai 2017 à 22 h 51 min

Cet article est intéressant à plusieurs égards.
Un témoin de premier plan à savoir Louis Jaspers, haut fonctionnaire belge au Rwanda, fait état des faits historiques dont aucun Rwandais n’a infirmé l’existence.
Il infirme clairement les dires de Kagamé selon lesquels les mots Hutu, Tutsi et Twa sont une pure invention des blancs belges et autres. Toutefois, Kagame a proféré ses affirmations pour prétendument prouver qu’il est président de tous les Rwandais et qu’il n’y a que des Rwandais et uniquement des Rwandais. Mais en 2016 il est revenu aux faits historiques tels qu’ils sont. Il a dit publiquement que les mots Hutu, Tutsi et Twa ne sont pas une invention des blancs et corrélativement qu’il existe au Rwanda trois ethnies, Hutu, Tutsi et Twa. Pour confirmer le bien-fondé de ses dires, il a pénalisé toute évocation de l’inexistence des ethnies au Rwanda et plus précisément l’ethnie Tutsi. Ainsi, dire que l’ethnie Tutsi n’existe pas constitue un crime de négationnisme du génocide des Tutsi. Mais le constat est limpide: il n’a pas dit que nier l’existence de l’ethnie Hutu constitue également un crime. Pour Kagame et les siens, les Hutu étant, selon eux, génétiquement génocidaires, ils n’ont aucun lien de quelque nature que ce soit avec les Tutsi. C’est dans cet esprit que dans l’Affaire Rwanda via Ibuka France contre Pierre Péan, l’avocat du Rwanda et le procureur de Paris ont présenté les Tutsi comme une race au Rwanda, différent des Hutu qui, eux, ne constitue pas une race (voir le jugement tribunal français Paris sur les réseaux sociaux). Par ses méfaits contre des millions de Rwandais indifféremment d’âge, majoritairement Hutu et le mépris flagrant à l’endroit de ceux-ci, Kagame est revenu à l’ordre ancien évoqué par Louis Jaspers et entend le renforce le renforce pour l’éternité. Kagame a légalisé la division des Rwandais en trois strates, strate Hutu, strate Tutsi et strate Twa mais ces deux derniers sont nulle part évoqués dans les lois Rwandaises. Kagame a dit devant le monde entier que les Rwandais pauvres à majorité écrasante Hutu sont des déchets qu’il faut débarrasser le Rwanda et sa ville Kigali. Les déchets évoqués par Kagame sont en réalité des Hutu car Kagame a légalement crée un droit transmissible de père en fils uniquement pour les Tutsi, à savoir la prise des Tutsi pauvres par l’Etat :
Article 50: Le bien-être des nécessiteux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi
L’Etat, dans les limites de ses moyens et conformément à la loi, a le devoir d’entreprendre des actions spéciales visant le bien-être des nécessiteux rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi.
Il ressort clairement de cet article que, outre l’existence d’un régime purement Tutsi (car tous les secteurs économique, politique, administratif, militaire et même associatif sont entre les mains des Tutsi), à l’instar des anciens rois du Rwanda, Kagame a légalisé la discrimination contre les Hutu en l’occurrence les pauvres. Le fait n’est pas à prouver car la loi fondamentale est claire.
Illustration :
Des enfants Rwandais appelés les enfants de rue ont été publiquement brûlés vifs par les escadrons de la mort de Kagame pour avoir commis un seul crime, celui d’être pauvre au Rwanda. En raison de la pauvreté qui frappe cruellement leurs parents, les enfants des pauvres sont de déchets qu’il faut débarrasser du Rwanda. Pour ce faire, comme déchets, il faut les brûler vifs. Le monde entier a vu les images édifiantes des survivants mais qui, en réalité leur chance de survie est très limitée et ce, pour une simple raison.
La qualité du rescapé du génocide dit des Tutsi depuis 2008 est transmissible de père en fils. Par conséquent, conformément à l’article 50 de la constitution ci-dessus reproduit, les Tutsi qui sont dans les besoins ont droit d’office aux aides publiques. Les Hutu qui sont dans la même situation en sont exclus. Les enfants de rue ou les déchets, selon Kagame, sont des Hutu. Ces survivants des crimes des escadrons de la mort de Kagame, grièvement brûlés, même s’ils sont soignés, la guérison définitive requiert un suivi régulier à long terme d’une part et une prise en charge spécifique à savoir un toit et une alimentation équilibrée. Puisqu’ils sont exclus des aides publiques, en raison de leur état de santé, ils ne pourront sûrement pas supporter les conditions de vie des enfants rwandais pauvres dans les caniveaux ou trous dans les villes du Rwanda de Kagame. Un déchet ne fait pas partie de l’humanité. Il est un vecteur de maladie. Pour s’en débarrasser et par conséquent éviter les maladies, il faut les brûler. Telle est la signification du crime abominable qui a été commis par les escadrons de la mort de Kagame contre les enfants pauvres Rwandais et dont aucun des prédicateurs du respect des droits de l’homme n’a condamné haut et fort.
La négation du lien de fraternité entre Hutu et Tutsi est imputable aux Tutsi. Ceux-ci sont considèrent comme génétiquement supérieur et ce, pour l’éternité. Les théories sur cette supériorité sont enseignées dans les écoles du Rwanda sous Kagame. La différence entre un Hutu et un Tutsi est précisément décrite. L’absence de réaction des Hutu contre les méfaits de Kagame sont la parfaite illustration du bien-fondé de cette théorie disent en coulisse certains oligarques du régime. Il convient de préciser que les terres des Hutu ne leur appartiennent pas. Elles appartiennent à l’Etat c’est-à-dire aux oligarques du régime Kagame et ces paysans devront désormais payer les loyers pour pouvoir les exploiter. A défaut, ils devront déguerpir de gré ou de force. Le Rwanda est en fait une monarchie que les Rwanda pensaient relever irréversiblement d’une autre époque.

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