Actualité des Grands Lacs – Semaine du 22 au 28 septembre 2012
+
Rubrique : Actualité


Publié le 29 Sep 2012 par Gaspard Musabyimana

En RDC, les grandes manœuvres diplomatiques à propos du M23, dont les exactions contre les civils se poursuivent en dépit d’une trêve sur le terrain annoncée par la MONUSCO pour que les acteurs trouvent une solution, se succèdent sans effets notables. Les stratégies de sortie de crise, inexistante à ce stade, ne sont pas toujours univoques. Du côté africain, alors qu’une équipe d’experts soutenue par la MONUSCO est lancée à Goma « pour évaluer les capacités des groupes armés », l’Union africaine demande à la RDC de répondre aux revendications du mouvement mutin, tandis que l’association des conférences épiscopales d’Afrique centrale invite la communauté internationale à exercer une médiation entre les belligérants. Du côté de l’Union européenne, l’ambassadeur en RDC condamne le M23 et demande que cesse les appuis extérieurs à ce mouvement, tandis que la Commission suspend son appui budgétaire au Rwanda, et que les missions d’EUSEC et RUPOL ont été renouvelées pour un an.  Du côté de Human Rights Watch, la Banque mondiale est invitée à « revoir » son aide au Rwanda, lequel sera prochainement accrédité comme membre non-permanent du Conseil de Sécurité[i] À l’assemblée générale des Nations unies, où Hillary Clinton a reçu les deux présidents dans la foulée d’une réunion spéciale sur la crise au Kivu, le président congolais a invité le Conseil de sécurité à faire respecter ses résolutions, a confirmé la mésentente entre les deux pays tout en ne nommant pas le Rwanda dans son discours et a appelé à des solutions à la fois politiques, diplomatiques et militaires. Du côté belge, le Premier ministre a demandé pêle-mêle plus d’attention au conflit, la réforme de l’état de droit, le respect de l’intégrité territoriale de la RDC et un contact direct entre les deux présidents rwandais et congolais. La réunion, tenue sous l’égide du Secrétaire général des N.U. et où assistaient les deux protagonistes ainsi que de nombreux représentants d’autres chefs d’Etat africains et occidentaux, n’a pas donné lieu à une déclaration commune, chacune des parties maintenant leurs positions : le président rwandais Paul Kagame, qui rejette toujours les accusations de soutien au M23, a quitté la réunion au moment où le chef de la diplomatie belge, Didier Reynders, demandait que le Rwanda soit partie de la solution et non partie du problème[ii].

Sur le terrain, la sécurité reste toujours problématique dans l’est du pays où l’on décompte 1,53 million de déplacés dans les deux provinces du Kivu sur un total de plus de deux millions. Au Nord Kivu, des coupeurs de routes appartenant sans doute au FDLR ont sévi en territoire de Rutshuru où des affrontements ont aussi eu lieu entre Maï-Maï et FDLR, tandis que des éléments FARDC ont brutalisé des prêtres et pillé des biens au siège de l’évêché de Beni – Butembo et que quatre militaires ont été enlevés par des Maï-Maï dans le territoire de Lubero où pullulent plusieurs groupes armés. À Goma, un capitaine des FARDC a été tué par des bandits armés, tandis que des attaques nocturnes à la grenade ont eu lieu faisant craindre une infiltration du M23. On notera toutefois que trois groupes armés dont les Maï-Maï hutu Nyatura ont demandé leur intégration dans les FARDC. Au Sud Kivu, une forte tension existe entre deux communautés du territoire de Kalehe que les FARDC et la police tentent de calmer, tandis que des bandits armés ont abattu des policiers près de Bukavu. En Province Orientale, où des experts ont identifié pas moins de 60 foyers de tension qui pourraient dégénérer en conflits armés, des inconnus ont attaqué à l’arme blanche un village en Ituri. Au Nord Katanga, les FDLR et les Maï-Maï Yakutumba se sont emparés d’une agglomération au bord du lac Tanganyika qu’ils contrôlent désormais. Au Bas Congo, les rebelles du FLEC créeraient l’insécurité dans certaines forêts de la région bien que l’autorité administrative parle de rumeurs. Enfin, toujours dans le secteur de la sécurité, on notera que plus de 800 policiers ont commencé à recevoir leur solde restée impayée…depuis plus de quatre ans.

Dans le domaine politique, le gouvernement a approuvé un projet de loi réformant la CENI qui comporterait 5 représentants de la majorité, 4 de l’opposition et 2 de la société civile. Par ailleurs, un parti de la plate-forme favorable à Vital Kamerhe s’oppose à l’organisation (tardive) des gouverneurs et vice-gouverneurs des provinces Orientale et du Bas Congo au prétexte qu’ils ne siègeront pas cinq ans comme le prévoit la constitution. Enfin, les secrétaires généraux des partis UDPS et PALU ont été démis de leur fonction ; le premier est accusé d’un détournement de 300.000 $.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, la CSJ a placé en résidence surveillée le député de la Majorité présidentielle Adolphe Onusumba, ancien président du RCD : il est accusé de viol sur mineure et encourt vingt ans de prison. Par ailleurs, deux ONG accusent l’ANR de détenir illégalement un journaliste. Enfin, le cinéaste Thierry Michel n’a toujours pas reçu le visa lui permettant de se rendre au sommet de la francophonie.

Dans le domaine économique et financier, le gouvernement entend « dédollariser » l’économie congolaise et rédiger un code minier vieux de plus d’une décennie. Ajoutons que, dans le domaine minier, il a autorisé la société pétrolière britannique SOCO International à explorer le parc des Virunga et ce contre l’avis de la Grande-Bretagne, tandis que la société de l’homme d’affaires Georges Forrest, qui a eu naguère des démêlés avec la Gécamines laquelle escompte tripler sa production d’ici 2015, lui a vendu 60 % des actions qu’elle détenait dans la CMSK.

Dans le domaine des relations extérieures, le président français ne fera qu’un passage éclair au sommet de la francophonie à Kinshasa où il prononcera un très bref discours.

En ce qui regarde le Rwanda, un Suédois d’origine rwandaise est inculpé pour le meurtre de Tutsi en 1994 : il s’agit du premier procès pour génocide lancé dans ce pays. Un autre suspect rwandais a plaidé non coupable dans le procès qui lui est intenté pour génocide dans un autre pays nordique, la Norvège.

EurAC

###google###


[i] Ce qui pourrait avoir des incidences sur le fonctionnement et la composition du Groupe d’experts chargé de suivre la crise dans les Grands Lacs.

[ii] En définitive le communiqué final du Secrétaire général des N.U. place ses espoirs dans la commission de vérification aux frontières des deux pays qui pourrait être prochainement lancée.

Related Files

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire