Résolution de la crise à l’Est de la RDC : le gouvernement congolais désavoue la CIRGL ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 29 Oct 2012 par Gaspard Musabyimana

Le Premier ministre de la RDC, Augustin Matata Ponyo, en mini-tournée en Europe cette semaine, a clairement désavoué le schéma proposé par la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs (CIRGL). « Le gouvernement congolais ne croit pas en une solution à la crise de l’Est qui viendrait de la CIRGL, étant donné que certains de ses membres sont impliqués dans la déstabilisation de la RDC », a-t-il déclaré en substance. Et d’ajouter que pour son gouvernement, la solution réside dans le renforcement et la précision du mandat de la MONUSCO, la force onusienne forte de près de vingt mille hommes, qui est déployée en RDC depuis dix ans. 

La CIRGL, qui regroupe onze Etats (la RDC, ses neuf voisins, plus le Kenya) s’est positionnée dès le début de cette année, et la naissance du Mouvement du 23 mars, comme étant le mécanisme régional le mieux placé pour trouver et mettre en œuvre une « solution africaine » aux rébellions qui sévissent à l’Est de la RDC. Son plan consiste essentiellement au déploiement d’une « force internationale neutre », composée de forces des Etats de la région, qui aurait pour tâche d’éradiquer les groupes rebelles nationaux et étrangers actifs à l’Est de la RDC, dont le M23, les FDLR, l’ADF/NALU et le FNL. Elle devrait aussi (cette force) contrôler la frontière entre la RDC et le Rwanda accusé dans différents rapports de soutenir la rébellion la plus en vue actuellement : celle du M23

Pourtant le gouvernement avait été averti…  

Les tout premiers à avoir osé rejeter publiquement le schéma de la CIRGL, ce sont des jeunes révolutionnaires de Goma réunis dans un mouvement anonyme ayant pour slogan « Inatosha ! ». Plus d’une fois, ces jeunes ont écrit des mémorandums et organisé des manifestations publiques pour s’opposer au déploiement d’une force internationale neutre « de trop » à l’Est de la RDC

Le 15 août dernier, alors que les ministres de la défense de la CIRGL étaient réunis à Goma en préparation du tout premier sommet de Kampala, ces braves jeunes ont fait un sit-in devant l’hôtel où la réunion se tenait, avec des cartons sur lesquels il était écrit, notamment : « Non à une force internationale neutre. Oui au renforcement du mandat de la MONUSCO ». 

Les 5 septembre, ils ont redit la même chose dans une manifestation organisée devant le quartier général de la MONUSCO à Goma. Dans un mémorandum adressé au Président de la République, ils recommandaient au gouvernement de plaider pour que le Chapitre VII de la Charte de l’ONU soit effectivement appliqué par la MONUSCO. Ils prenaient soin de rappeler que cette dernière avait l’avantage d’être présente depuis plusieurs années, de disposer de moyens matériels et humains suffisants, contrairement à une hypothétique force neutre. 

Le 11 septembre, lors de la visite à Goma du sous-secrétaire général des Nations-Unies en charge des opérations de maintien de la paix, les mêmes jeunes lui adressaient une lettre ouverte dans laquelle ils demandaient à ce que le mandat de la MONUSCO soit renforcé et limité aux seuls impératifs de rétablissement de la paix et de formation des forces de sécurité congolaises. Toutes ces déclarations sont parvenues au gouvernement, qui n’a jamais daigné les prendre en considération.     

La société civile congolaise, et celle du Nord-Kivu en particulier, a toujours réfuté le schéma de la CIRGL, le qualifiant d’incohérent, de long et difficile en mettre en œuvre, et surtout d’hypocrite étant donné le rôle qu’y jouent le Rwanda et l’Ouganda. Cette même société civile a toujours dénoncé les actes d’agression et de soutien aux groupes rebelles, de la part des armées rwandaises et ougandaises. 

Dans une déclaration rendue publique au mois d’août dernier, et intitulée « La République est agressée : on n’a pas à être neutre pour la défendre », les organisations et les structures de la société civile de la République Démocratique du Congo ont, de façon unanime, recommandé au gouvernement congolais de « renoncer purement et simplement au schéma de la CIRGL ». Elles préconisaient, elles aussi, le renforcement du mandat de la MONUSCO de sorte qu’avec les « meilleurs unités armées congolaises, dotées d’un commandement efficace », elle puisse jouer le rôle de cette force internationale. 

Ce n’est pas tout, car même des organisations internationales crédibles, comme l’International Crisis Group, ont aussi déconseillé l’envoi à l’Est de la RDC d’une « nouvelle » force internationale neutre.  Tous ces appels sont restés lettres-mortes, car le gouvernement a poursuivi ses démarches au niveau de la CIRGL. 

Matata Ponyo est-il le chef du gouvernement ? 

La question n’est pas anodine, loin de là ! Car, alors que le Premier ministre a exprimé la « position du gouvernement » contre le schéma de la CIRGL, ses ministres de la défense et des affaires étrangères poursuivent, eux, les démarches au niveau de la CIRGL en vue de l’opérationnalisation de la fameuse force internationale neutre. Sous la houlette de l’Ouganda, et avec la participation du Rwanda. Dans ce cadre, une réunion des ministres de la défense de la CIRGL (dont le congolais, et ses homologues rwandais et ougandais) s’est clôturée à Goma jeudi 25 octobre dernier, après l’adoption du plan d’opérationnalisation. 

Cette situation suscite beaucoup d’interrogations : le Premier ministre Matata Ponyo a-t-il réellement exprimé la position de son gouvernement, ou la sienne propre ? Y a-t-il un autre chef de gouvernement dont les ministres de la défense et des affaires étrangères suivent les directives ? Est-ce une stratégie de garder un pied dans la CIRGL et un autre dehors (à l’ONU), le temps de trouver l’option qui marche ? Quelle est finalement la position du gouvernement congolais, s’il en existe un ? Les réponses ne sont pas évidentes…

Une chose est sûre : la cacophonie règne à Kinshasa. C’est à peine si, sur cette question précise de la guerre à l’Est de la RDC, on ose encore parler de l’existence d’un « gouvernement congolais ». Il gouverne quoi, s’il est incapable ne serait-ce que de coordonner ses actions ? Pas de position claire, pas de stratégie cohérente, des contradictions permanentes entre le tonitruant ministre de l’information, l’inaudible visible ministre des affaires étrangères, et le démobilisé ministre de la défense…

L’ONU esquive ou s’embarrasse ?   

Les Nations-Unies ne sont pas irréprochables, dans tout se qui se passe en République Démocratique du Congo. Leur présence depuis une décennie a soulagé au minima les malheurs des congolais, mais elle a échoué d’imposer et de maintenir la paix (on me dira que sa mission était « l’observation », et aujourd’hui « la stabilisation », ce que je concède volontiers). Avec des dépenses quotidiennes de l’ordre de quatre millions de dollars américains, un effectif de dix-huit mille personnes, des moyens matériels impressionnants, l’action de la Monusco reste très limitée, même au regard de son mandat principal de protection des civils. 
Evidemment, quel est ce soldat indien, pakistanais, népalais ou autre, pressé de mourir ou de se sacrifier avec ardeur sur la terre congolaise ? Je ne veux pas penser que la couleur des congolais les rappelle les parias, ces hommes et femmes qui, là-bas chez eux, valent moins qu’un âne ou un serpent… Seulement, je ne m’explique pas la position des Nations-Unies en faveur de cette force internationale neutre.  Peut-être que les grandes puissances des Nations-Unies veulent simplement laisser les africains « gérer leur problème » comme ils n’ont de cesse à le réclamer. Peut-être qu’elles voudraient bien suivre la position du gouvernement congolais, qui n’existe pas (encore) ou qui n’est pas claire… 

 En conclusion…

La prise de position de Monsieur Matata Ponyo, quoique tardive, a réjoui la majorité des congolais à l’Est de la RDC. Il ne faut pas cependant qu’elle demeure  un discours en l’air, destiné à « accuser réception » du rapport de l’ONU mettant en cause l’Ouganda et réaffirmant l’implication du Rwanda dans les troubles de l’Est de la RDC. Le gouvernement congolais – pour peu qu’il soit capable de se ressaisir – devrait concentrer ses efforts diplomatiques au renforcement du mandat de la Monusco en vue d’en faire véritablement une force de rétablissement et de maintien de la paix et de la sécurité. Heureusement, certains pays comme la France, qui est membre permanent du Conseil de sécurité, ont déjà montré qu’ils pourraient soutenir une telle démarche. Dans son discours au XIVème Sommet de la Francophonie à Kinshasa, au début de ce mois, le Président François Hollande a affirmé que la France y était « favorable ». 

Si le Premier ministre Matata Ponyo, apparemment plus crédible que son patron du Palais de la Nation, ne se charge pas de mettre ses ministres et ses diplomates sur les rangs dans cette perspective ; si le gouvernement ne se décide pas à insister et marteler sur le renforcement du mandat de la Monusco, alors la RDC va tout perdre. La diplomatie congolaise est moribonde, tout le monde le sait, mais la volonté politique au niveau du gouvernement peut la revitaliser, spécialement pour cette question-ci. 

Quoiqu’il en soit, le rétablissement et le maintien de la paix à l’Est de la RDC sont difficiles, voire impossibles sans l’implication des Etats de la région des grands-lacs. Ils sont un rôle imparable à jouer, mais pas de la manière qu’ils l’ont feint de le faire à travers le schéma de Kampala. 

Jean-Mobert N’Senga
Goma, le 29/10/2012

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