Kagame : le dernier tournant
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Rubrique : Actualité


Publié le 6 Nov 2012 par Gaspard Musabyimana

Fidèle à lui-même donc, l’Afandie n’a pas démenti ce qui fait son caractère dictatorial : la répression. En 2003 déjà, le patron du régime de Kigali annonçait la couleur en disant qu’il avait de quoi moudre quiconque entraverait la marche qu’il impose à ses compatriotes. Les pions de sa machine judiciaire – véritables Tutsi de service – ne se sont jamais fait prier, aidés en cela par les innombrables techniciens qui les alimentent en preuves-bidons pour envoyer derrière les barreaux quiconque n’applaudit pas l’évangile selon Paul Kagame. Tous ceux qui ont voulu apporter leur voix au chapitre des droits des Rwandais sont en train d’en payer le prix fort aujourd’hui : à peine le maillet du juge qui a condamné Déo Mushayidi n’était pas posé que Lady V écope de 8 injustes années. Huit longues années prises sur sa vie et celle de ses enfants.

Décidément donc, l’histoire du leadership d’afande Kagame restera celle de multiples rendez-vous manqués avec le peuple rwandais, du moins avec la réconciliation de ce dernier. En effet, comment ne pas déplorer le manque indiscutable de vision politique qui a laissé s’échapper l’occasion de libérer/gracier la présidente des Forces démocratiques unifiées ? Tout Kigali (et tout le Rwanda) sait pourtant que le seul crime de madame Victoire Ingabire est d’avoir osé. Elle a dit la vérité, elle l’a dite devant des milliers de nshigamatwi, ces espions-mouchards que l’Afandie a chargé de rapporter tout ce que dit ceux qu’elle qualifie d’ennemis. Ingabire a bravé la peur et s’est rendue au Rwanda, démontrant aux afande que la politique ne saurait être le monopole d’une seule catégorie de citoyens.

Lorsque, taraudés par une forte pression nationale et internationale, les juges reportent à n’en plus finir le verdict du procès Ingabire, d’aucuns, sans croire en un quelconque miracle, ont spéculé sur le fait que cette fois-ci les stratèges de Kagame n’allaient pas louper une belle occasion de démontrer qu’ils sont attachés à un futur pacifié de leur pays. Déjà, lors de l’acquittement du général (ex-Far) Gratien Kabiligi par le partial Tpir, le fait pour le pouvoir rwandais de ne pas l’avoir réintégré et réhabilité étonna tous ceux qui, jusque-là, avalaient goulûment les couleuvres nationalistes de la propagande efpérienne. A leurs carrières défendant donc, les juges ont appliqué les consignes de leur maître qui, bien avant les audiences de sa kangaroo court, traitait son opposant de… hooligan.

Ingabire (injustement) condamnée, c’est le dernier tournant du régime Kagame. Celui qu’il ne fallait surtout pas rater, car si le peuple peut être un tant soit peu flatté par la nouvelle rhétorique anti-Occident de son président, cette absence de magnanimité à l’égard d’une dame non-violente risque de radicaliser beaucoup d’opinions. C’est à se demander si c’est le même président qui hier encore, se sentant mis au ban à cause de son entêtement au Congo, suppliait (presque pleurnichant) l’Occident en ces termes : « the powerfull, please don’t abuse your power ». Ne pouvant donner ce qu’il exige des autres, l’homme-fort du Rwanda vient donc de fermer toutes les portes de sortie qu’il n’avait même pas à enfoncer puisque ouvertes. L’injustice agrandit une âme libre et fière, disait Scheler.

Pendant qu’aux Etats-Unis l’on se méfie de la pathologie d’un candidat (la romnesia), les bourreaux autour de Kagame devraient réfléchir tout autant aux dangers de la kagamnésie qui risque de les emporter un jour. Si leur chef oublie la triste fin des dictateurs, comment peuvent-ils eux oublier que Kayumba fut un général parmi les plus écoutés du régime ? Que Rudasingwa fut secrétaire général du Fpr ? Que Karegeya fut l’un des confidents du « roi » ? Qu’en tant que rescapé, Mushayidi ne voulait que vivre en paix au milieu des siens ? Dans « Pensées », Nicolae Iorga nous rappelle que « La justice peut marcher toute seule ; l’injustice a besoin de béquilles, d’arguments ». Ceux d’Afandie viennent de démontrer leurs limites et ibijya gucika bica amarenga disait-on chez moi.

Kagame a commencé par se débarrasser de tous les génies de la guérilla (Rwigema, Kayitare, etc.), puis s’en est pris à ses Hutu de service (Sedashonga, Lizinde, Bizimungu, etc.) avant d’inventer et d’exiler les nothing (Kayumba, Karegeya, Gahima, etc.). Le monde l’a laissé faire et l’homme s’est cru invincible ; en s’en prenant à des opposants politiques dont une dame exempte de tout péché originel, Kagame vient de franchir le Rubicon et ça, le peuple rwandais risque de le lui faire payer. Plus tôt qu’il ne le pense.

C Kami
DHR 30/10/2012

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