L’attaque contre le Dr Mukwege nous rappelle toutes les victimes en RDC
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Rubrique : Actualité


Publié le 15 Nov 2012 par Gaspard Musabyimana

Nous avons tous et toutes été choqués par la nouvelle de la tentative d’assassinat du Dr Denis Mukwege, le Directeur de l’Hôpital de Panzi à Bukavu. Toutes les personnes qui, ces dernières années, sont passées par Bukavu pour une raison ou une autre, ont eu l’honneur d’être accueillies par le Dr Mukwege à cet hôpital et de connaitre un homme et une équipe qui considèrent leur mission bien au delà de simples médecins ou soignants. Ce sont des infatigables défenseurs des droits humains qui dénoncent l’immobilisme du gouvernement congolais et de la communauté internationale face au calvaire de tant de femmes et filles violées et torturés par des hommes armés, aussi bien de l’armée congolaise que des groupes rebelles qui ravagent l’Est de la RDC. Le profond engagement humanitaire du Dr Mukwege et de son équipe est admirable et doit nous encourager à continuer notre action de plaidoyer pour l’établissement de la paix en RDC.  Cette tentative d’assassinat nous interpelle pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, on se pose la question de savoir comment un homme si connu et habitant un quartier sécurisé de la ville de Bukavu a pu être attaqué de cette façon. Elle nous fait réfléchir sur le fait que personne n’est à l’abri d’attaques similaires en RDC et surtout dans les Kivu.  L’attaque contre le Dr Mukwege nous interroge aussi sur le fait que, malgré l’instabilité et le conflit, certains décideurs politiques se permettent même d’invoquer une certaine fatigue par rapport à la situation, alors qu’aucune solution réelle, efficace et durable n’a été trouvée pour stabiliser l’Est de la RDC. En troisième lieu, certains discours de décideurs politiques européens nous paraissent complètement incohérents quand ils s’acharnent à dénoncer ce qui se passe en RDC tout en disculpant les autorités rwandaises, alors que le Groupe d’Expert des Nations Unies et des Associations de défense des Droits de l’Homme ont prouvé la responsabilité de ce régime dans la création, le soutien et le renforcement du M23. Une telle attitude ne peut que provoquer des conséquences néfastes et annihiler toute possibilité de stabiliser le Nord et le Sud Kivu.

En ce qui le concerne, EurAc présente sa sympathie et son soutien aux nombreux Congolais et Congolaises «invisibles» et anonymes qui, au péril de leurs vies, opèrent chaque jour dans des zones reculés de la RDC pour la défense de leurs compatriotes. Par rapport à l’insécurité persistante à l’Est de la RDC, la mission d’EurAc et de ses membres est de continuer à insister et à pousser pour que ces questions restent à l’agenda de l’Union Européenne (UE) et de la communauté internationale. Le Réseau estime en effet que l’UE et ses Etats membres devraient travailler à la recherche d’une cohérence et d’une coordination de son action politique en vue d’une intervention efficace sur la réforme du secteur de sécurité, la seule à même de garantir la pacification du pays. Pour cela, EurAc réitère son appel des derniers communiqués de voir l’UE interrompre tout appui budgétaire au Rwanda pour le forcer à cesser tout soutien au M23.

Donatella Rostagno,  
Secrétaire Exécutif  d’EurAc

Qui est Dr Denis Mukwege?

Fils d’un pasteur protestant, il a effectué ses études primaires à l’Athénée royal de Bukavu. Ses études secondaires ont été faites à l’institut Bwindi de Bukavu où il obtint un diplôme en biochimie en 1974. Après deux années passées à l’UNIKIN à la faculté de polytechnique, il trouve enfin sa voie à la faculté de médecine du Burundi où il est inscrit en 1976.
Son diplôme de médecin en poche en 1983, il fera ses premiers pas professionnels à l’hôpital de Lémera au sud de Bukavu. En 1984, il obtint une bourse pour faire une spécialisation en gynécologie à l’université d’Angers en France. Malgré un bon travail bien rémunéré en France, en 1989, il choisit de retourner au pays pour s’occuper de l’hôpital de Lemera dont il devint médecin directeur. Malgré le salaire de misère, il y passe des années heureuses où il aide de milliers de femmes stériles à connaître la joie de la maternité.
Cette période heureuse sera brutalement interrompue avec l’arrivée de la première guerre de libération en 1996 où l’hôpital sera sauvagement détruit. Plusieurs malades et infirmiers seront sauvagement tués, le Dr Denis Mukwege s’en sortira miraculeusement. Il se réfugie à Nairobi. Plutôt que de tourner définitivement la page du Congo, il décide d’y retourner. Avec l’aide du PMU (Pingstmissionens Utvecklingssamarbete, organisme caritatif suédois), il y fonde l’hôpital de Panzi où il va découvrir une pathologie nouvelle qui va profondément marquer le restant de sa carrière : la destruction volontaire et planifiée des organes génitaux des femmes. Il fait connaître au monde la barbarie sexuelle dont les femmes sont victimes à l’Est du Congo où le viol collectif est utilisé comme arme de guerre. Pour faire face à cette épidémie volontaire, Il s’est spécialisé dans la prise en charge des femmes victimes de viols collectifs. Cette prise en charge des femmes victimes de violences sexuelles est holistique. Elle concerne les domaines tant physique, psychique, économique que juridique. Sur le plan médical, il est reconnu comme l’un des spécialistes mondiaux du traitement des fistules. C’est à ce titre qu’il a reçu un doctorat honoris causa de l’université d’Umeå (Suède) en octobre 2010. Au cours de la même année, il a reçu la médaille Valemeberg de l’université du Michigan.
En 2008, il a reçu le prix Olof Palme et le Prix des droits de l’homme des Nations unies. En 2009,il a obtenu le Prix français de droit de l’homme, il a aussi été fait chevalier de la Légion d’honneur française. Dans la même année, il sera élu Africain de l’année par une association de presse africaine. En 2010,il a obtenu le prix Van Goedart aux Pays bas. En Belgique en 2011, il a reçu successivement trois prix : le prix Jean-Rey, le prix Roi-Baudoin et le prix de paix de la ville d’Ypres lui sera remis en novembre 2011.
Le 25 octobre 2012, Mukwege est victime d’une agression alors qu’il se dirige vers sa maison en plein centre de Bukavu. Le gardien de sa maison est abattu à bout portant après l’avoir alerté d’un danger, sa voiture est incendiée et Mukwege est ligoté, mais le gens du quartier se portent à son secours et il est sain et sauf. (Source : wikipédia)

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