Goma: la chasse à l’homme a commencé!
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Rubrique : Actualité


Publié le 21 Nov 2012 par Gaspard Musabyimana

Décidément, le M23 ne se donne pas le moindre répit. A peine 24 heures après la chute de Goma, capitale provinciale du Nord-Kivu, la chasse à l’homme semble avoir commencé. Ceux qui ont, à un moment ou à un autre, pris position contre le M23 et ses visées, sont dans la ligne de mire : militants des droits de l’homme, activistes engagés dans la dénonciation de l’impunité de Bosco Ntaganda et d’autres criminels de son acabit, jeunes engagés dans la dénonciation de la guerre, journalistes…la liste est longue.

Depuis vendredi dernier, alors que les combats faisaient rage autour de Kibumba, des menaces proférées par téléphone et sur Internet avaient commencé la bataille psychologique. Certains ont su lire les signes du temps et ont quitté la ville avant sa chute. Mais d’autres, plus nombreux, ont été soit assez téméraires, soit assez naïfs, soit alors trop négligents pour se sauver. Aujourd’hui, ils vivent la peur au ventre, cachés chez des amis ou chez des proches, pour échapper aux chasseurs d’hommes qui contrôlent désormais la ville.

La MONUSCO – désolé de citer le nom de ce gros éléphant de porcelaine – a elle-même annoncé  hier mardi qu’elle avait enregistré des cas d’enlèvements, de viols et d’extorsions commis par les rebelles du M23 en pleine ville de Goma. Ces informations restent à vérifier, mais une chose est évidente : le M23 a beaucoup d’ennemis à Goma, et le risque qu’il leur règle leur compte est important. Ses exactions dans la partie du territoire de Rutshuru occupée depuis le mois d’avril sont connues de tous. Goma, siège des ordinaires des institutions provinciales, des organismes des Nations-Unies, des organisations non gouvernementales nationales et internationales; Goma, avec ses universités, ses étudiants, ses militants, ses intellectuels, … C’est un potentiel énorme de personnes exposées à des représailles, d’autant plus que nombreux sont ceux qui n’ont pas pu s’enfuir à temps. Les bateaux ne circulaient plus sur le lac depuis vendredi (hormis les canons rapides, pris d’assaut par les "puissants" politiciens, hommes d’affaires, et leurs familles); se rendre à Gisenyi voisin était tout simplement inenvisageable pour beaucoup, et la route de Sake était, ce mardi, devenue impraticable à cause de l’attaque lancée par le M23 depuis le quartier Ndosho.

La Monusco avait clamé haut et fort qu’elle ne laisserait pas Goma tomber entre les mains des rebelles. Elle se moque de nous encore aujourd’hui en prétendant contrôler l’aéroport de Goma (comme si c’était cela son mandat !) et faire des patrouilles dans tout Goma (pour compter les morts et les blessés ?). Il est temps qu’elle s’occupe en particulier de protéger ces centaines de citoyens engagés qui, plus que les autres, risquent leurs vies. Parmi eux il y a aussi des magistrats (quoique l’on dise d’eux, car les prisonniers de Munzenze ont tous été libérés), les avocats, les députés (Dieu sait que je leur en veux, eux aussi, mais ils ne mériteraient pas que ce soit un Bosco Ntaganda ou un Makenga qui les juge). La base de la Monusco, où est retranché son personnel civil, doit leur être ouverte. Mais évidemment, il faut que la sécurité de tous les habitants de Goma soit assurée, et que le M23 s’engage solennellement à ne commettre aucun acte arbitraire ou attentatoire à la liberté et aux droits des personnes, le temps qu’il passera à Goma (temps que j’espère court).
 
Jean-Mobert N’Senga
Le 21/11/2012

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