Du NRM au M23 en passant par le FPR : même stratégie, mêmes tactiques, mêmes résultats ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 25 Nov 2012 par Gaspard Musabyimana

Le National Resistance Mouvement (NRM) est une organisation politico-militaire apparue en Ouganda en 1982. Se déclarant rébellion au pouvoir établi, il mena une guérilla qui lui permit, en 1986, de s’emparer de Kampala la capitale. Il est depuis lors le parti politique au pouvoir et sa branche armée a été instituée en armée nationale (NRA).

Le Front Patriotique Rwandais (FPR) est une organisation politico-militaire formée en Ouganda en 1987. En 1990, il a entrepris une guerre de conquête du Rwanda et en juillet 1994, il s’empara de la capitale Kigali. Depuis, il est le parti au pouvoir dans ce pays et sa branche armée s’est constituée en « armée rwandaise » (RPA puis RDF). 

Le M23 est un mouvement politico-militaire formé d’anciens militaires tutsi intégrés dans l’armée régulière congolaise en 2009. En avril 2012, ils ont déserté et ont constitué une rébellion qui entend conquérir le pouvoir en RDC. Ils viennent de conquérir la capitale provinciale du Nord Kivu : Goma et entendent continuer dans la foulée vers Bukavu, Kisangani, Lubumbashi et finalement Kinshasa comme l’a dernièrement déclaré leur porte -parole, Vianney Kazarama.

Avec recul, l’on peut constater que le « modus operandi » de ces organisations, du moins des deux premiers qui ont atteint leurs buts, est exactement le même :

– Apparition ex-nihilo d’un mouvement politico- militaire ;
– Revendications outrancières sous prétexte de la démocratie ou de la bonne gouvernance en passant par les droits de l’homme ;
– Une guerre de basse intensité sur le terrain mais une vigoureuse campagne médiatique de promotion de la rébellion ;
– Une offensive fulgurante et éclaire de la rébellion pour s’emparer d’un objectif symbolique psychologiquement et stratégiquement ;
– Exigence et obtention de l’établissement d’une zone « tampon » supposée être démilitarisée mais d’où la rébellion laissera l’essentiel de ses hommes et matériels et donc toujours sous son contrôle ;
– Semblant de négociations, mais le temps pour la rébellion de monter en puissance en préparation de l’assaut final pour la conquête de la capitale et donc du pouvoir d’état dans ce pays.

En ce qui concerne le NRM et le FPR, le scénario s’est réalisé exactement comme indiqué ci- haut. Sans remonter plus loin dans l’histoire de ces mouvements rebelles «  Made by Museveni » l’on peut se rappeler que dans le cas du Rwanda, la guerre de basse intensité s’est déroulée de 1990 à 1992. L’offensive fulgurante fut lancée en juin 1992 pour s’emparer de quelques zones frontalières aves l’Ouganda dont l’usine à Thé de Mulindi qui deviendra le Quartier Général du FPR depuis lors. La zone tampon fut obtenue après la rupture du cessez-le-feu et l’offensive de février 1993 intervenue en pleine négociation à Arusha, ce qui a contraint la « communauté internationale »  à lui demander d’évacuer la zone conquise.

Le semblant des négociations d’Arusha n’avaient d’autre  but que de donner le temps au FPR de monter en puissance et de se positionner tant militairement que politiquement pour s’emparer du pouvoir. Ce qui fut fait- non sans dégâts- après l’assassinat du président Habyarimana le 06 avril 1994.

Le M23 sur les traces de ses ancêtres ?

La rébellion du M23 qui contrôle le Nord Kivu épouse parfaitement ce schéma de conquête « Made by Museveni ». Après avoir mené une guerre de basse intensité, le M23 vient de faire un coup spectaculaire en s’emparant de Goma et de se environs. Du coup, il acquiert une personnalité et se fraie une place sur l’échiquier régional. On lui demande d’évacuer. Il peut accepter sachant qu’il laissera, dans la zone conquise des hommes et des armes, que son adversaire ne contrôle  pas. Il demande des négociations qu’il va sûrement obtenir et en même temps préparera son plan de conquête de tout le pouvoir d’état en s’emparant de Kinshasa.

Les cadres rwandais du régime Habyarimana n’avaient pas vu venir un nouveau mode de conquête du pouvoir après le coup de Museveni en Ouganda et à qui ils ont au contraire apporté leur appui. En 1990, ils n’ont pas non plus compris que le schéma appliqué en Ouganda pouvait leur être aussi appliqué. Ils en ont eu pour leur compte en se retrouvant dans les camps des réfugiés à l’Est du Zaïre en 1994 d’où ils seront massacrés en 1996 par les éléments commandées par James Kabarebe qui allait être « Chef d’Etat Major de l’Armée congolaise » en 1997. Aujourd’hui, l’histoire se répète : Goma est conquis, les « rebelles demandent des négociations » et les opposants exigent la chute du régime…La communauté internationale demande,  du bout des lèvres, au M23 d’évacuer Goma. Ils savent de quoi ils parlent : Oui, mais, qui saura combien de combattants du M23, resterons à Goma ville « démilitarisée » ?

Les Rwandais et les Ougandais, qui ont eu l’amère expérience de subir et de survivre à la guerre dite « Made by Museveni », savent de quoi ils parlent. Ce qui est écœurant, c’est de constater que les Congolais qui les observent depuis 20 ans vont subir le même sort sans avoir rien avoir  appris sur les malheurs de leurs voisins.

Demain ils oseront dire : « On ne savait rien ». !

Zédoc Bigega
25/11/2012

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