RDC : M23, un repli véritablement stratégique !
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Rubrique : Actualité


Publié le 3 Déc 2012 par Gaspard Musabyimana

Il a mis plus de temps qu’il ne lui était donné; il a pris tout ce qu’il pouvait prendre, mais il a fini par se retirer. Le M23 a officiellement remis les positions qu’il occupait entre les mains de la Monusco et de l’Equipe conjointe de Vérification de la CIRGL. Samedi 1er décembre, sous le regard presque indifférent des habitants de Goma amassés le long des routes, les troupes rebelles ont quitté processuellement la ville qu’elles avaient conquise par les armes moins de deux semaines auparavant. 
Dans son escarcelle, le M23 emporte certes d’importantes armes et minutions, des véhicules, de l’argent et autres biens pris à l’Etat ou à des particuliers, mais il emporte surtout un important lot de petites ou grandes victoires sur les plans tant militaire, politique, diplomatique que médiatique. 

–          Sur le plan militaire : l’humiliante défaite infligée aux FARDC – ou plutôt au gouvernement congolais – avec la prise de la ville de Goma et de plusieurs localiés dans le territoire de Masisi. Avec leurs saisies d’armes et de munitions, les rebelles du M23 sont plus forts que jamais depuis le début de l’insurrection. Leur arrêt aux portes de Minova (localité du sud-Kivu où s’étaient retranchées les pauvres FARDC après la chute de Goma et Sake) était davantage dû aux pressions internationales exercées sur eux ainsi qu’au probleme – interne celui-là – des effectifs pour assurer le contrôle du vaste territoire qu’il venait de conquérir en aussi peu de temps, qu’à une quelconque capacité de résistance des FARDC. 

–          Sur les plans politique et diplomatique, le M23 a marquée tous les points, contrairement à ce que veut faire croire le soi-disant “gouvernement”  à Kinshasa. La déclaration de Kampala du 26 novembre dernier qui avait donné au M23 un délai de 48 heures pour “quitter la ville de Goma et les autres positions d’une importance stratégique” a aussi demandé au gouvernement congolais de “prendre en compte les doléances légitimes du M23. Ceci est énorme pour ce mouvement lorsqu’on sait que depuis le début de la crise en avril 2012 le gouvernement n’a jamais voulu reconnaître une quelconque légitimité au M23, et encore moins à ses revendications. Depuis un certain temps, d’ailleurs, le credo du gouvernement est que le M23 est une “fiction”, et que le véritable maître de la guerre est Kigali. En consacrant que le M23 avait des revendications légitimes auxauelles le gouvernement congolais devrait répondre, la CIRGL (et le président Joseph Kabila) a écarté l’hypothèse d’une agression, ou l’a en tout cas minimisée. Pour la première fois, une rencontre a eu lieu entre le président Kabila et le leader du M23 Sultani Makenga. Jusqu’ici, le gouvernement refusait toute négociation directe avec le M23, et suggérait même que si pourparlers il devrait y avoir, ce devait être entre lui et le gouvernement rwandais. Enfin, le M23 a profité de sa position de supériorité militaire évidente pour élargir encore plus son assiette de revendications, allant jusqu’à exiger la fin de l’impunité pour les victimes de la secte Bundu Dia Kongo, le militant des droits de l’homme Floribert Chebeya ainsi que le docteur Denis Mukwege (quelle ironie, lorsqu’on sait que le M23 a germé dans une histoire d’impunité ! Pouvait-il évoquer le cas de Bosco Ntaganda et de ses autres officiers soupçonnés de graves crimes internationaux ? Bien sûr que non…). 

–          Sur le plan médiatique : le M23 a fait parler de lui pratiquement dans tous les médias du monde, comme un groupe rebelle qui a pu défaire non pas une armée, mais des armées : les FARDC, de loin supérieurs en nombre et en équipements, la MONUSCO, la lamentable force de “maintien de la paix” des Nations unies, ainsi que de nombreuses milices alliées à l’armée gouvernementale. Durant quinze jours d’affilée, la situation à l’Est de la RDC étaient à la une des médias nationaux et internationaux, et bien sûr les maîtres de la situation, en l’occurence Makenga, Kazarama, Runiga, etc. Je me souviens qu’avant ces événements de Goma, rares sont les journalistes qui connaissaient le nom de Jean-Marie Runiga Lugerero, ou qui pouvaient le prononcer correctement… Les soldats du M23 ont été présentés, parfois à tort d’ailleurs, comme des militaires “aguerris et disciplinés” comparativement aux pauvres FARDC humiliées par leurs propres autorités (civiles et militaires) irresponsables et inciviques. On peut aussi inscrire sur le registre des succès médiatiques le retrait presque triomphal du M23 des villes de Sake et de Goma : devant les caméras du monde entier, les faux braves soldats étaient amenés vers le nord de Goma, après avoir pris tout leur temps, sans se préoccuper outre mesure des vociférations des dirigeants de la région et du monde. Voilà une rebellion qui accepte gentiment de se plier aux recommandations des dirigeants de la région, et qui, en dépit de sa supériorité militaire évidente, se retire sans contrainte des positions qu’elle a conquise au canon. La symbolique est grande, à mon avis. C’est comme si le M23 disait au monde : “nous pouvons continuer la guerre, nous en avons les moyens et les capacités, mais nous ne la ferons qu’en dernier recours, si l’on refuse de nous entendre et de répondre à nos desiderata”. Le message de Sultani Makenga avant son départ de Goma n’était-il pas que si le gouvernement n’a pas proposé le calendrier des négociations directes endéans 48 heures, ils allaient (le M23) “terminer le travail” qu’ils avaient commencé ! 

Quoi qu’il soit, tout n’a pas été rose non plus pour le M23. Il s’en va avec un nouveau lot d’accusations de pillages, d’extorsions et ‘exactions de toutes sortes, qui ne sont du genre à améliorer son image originairement ternie. Mais ce n’est pas la morale qui fait la guerre. Ils seront là, dans les hauteurs de Goma, prêts à redescendre au moindre malentendu. Ceci est d’autant plus à craindre qu’on a en face un gouvernement qui refuse d’accepter la réalité (ou fait semblant d’être tenace) au lieu de prendre les choses un peu plus au sérieux et d’essayer de sauver ce qui peut encore l’être. Car le M23, lui, ne risque pas de se reposer. Au contraire, il pourrait prendre quelque temps de plus pour réorganiser ses forces, peaufiner ses stratégies, et, qui sait, préparer l’assaut ultime qui pourrait s’arrêter plus loin encore que Goma ou Sake…

Jean-Mobert N’Senga
03/12/2012

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