Rwanda : Dialogue national ou dérive vers une dictature ubuesque ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 15 Déc 2012 par Gaspard Musabyimana

La Grand-messe annuelle instituée par Kagame en 2003 vient de clore sa 10è  édition à Kigali où elle se tenait du 13 au 14 décembre 2012. Cette rencontre folklorique baptisée ironiquement par le régime de « Dialogue National » ou «Umushyikirano»en langue rwandaise, rassemble les autorités à tous les niveaux du pouvoir et de toutes les instances civiles, militaires et judiciaires. Lors de ce genre de rencontre, le rituel est le même :

-Ouverture par le président Paul Kagame sous les ovations messianiques ;
-Bilans présentés par les membres de son gouvernement ;
-Questions posées par les participants ;
-Questions posées par d’autres personnes à travers le pays grâce aux nouvelles technologies de communication ;
-Clôture dans une ambiance de fête.

L’édition 2012 n’a pas failli à la tradition. Le général Paul Kagame a ouvert la séance par un discours décousu dans lequel les thèmes étaient effleurés pêle-mêle et sans que l’on puisse deviner de quoi il voulait parler exactement. Pour corser le tout, il parlait dans un mélange d’anglais et de kinyarwanda approximatifs que très peu de personnes comprenaient si elles pouvaient honnêtement et librement avouer.

Comme par le passé, les ovations mécaniques du public retentissaient à chaque phrase lancée par le président et même à chacune de ses nombreuses silences ou interrogations pendant le speech.

Le protocole liturgique se voulait ostentatoire. L’estrade présidentielle était un « tabernacle » et quiconque passait devant, même de loin, devait s’incliner jusqu’au sol avant de continuer son chemin.

C’est la direction de débats par le général Kagame qui illustre clairement la dérive ubuesque de « l’homme fort » du pays des Mille collines. Les propos des intervenants sont à 80% constitués de louanges à « Son Excellence Monsieur le Président ». Tout intervenant, surtout une haute autorité ou un technicien doit avoir à l’esprit que Kagame sait tout. Kagame doit clouer le bec à tout intervenant quel que soit le domaine de son intervention. Les ministres en prennent pour leur grade, car certains se sont même vus privés de parole avant d’ouvrir la bouche sur injonction du général qui leur lance « :…inutile de vous laisser inventer des histoires,… rasseyez-vous ! ».

Le but clairement affiché par le président Kagame est d’humilier tous ses collaborateurs et montrer à la population que tout ce qui se fait dans le pays, c’est lui : Paul Kagame. Du chauffeur de taxi, au chirurgien dans un hôpital en passant par l’enseignant…c’est Paul Kagame qui doit donner des orientations.

Le triste constat est donc que le général Kagame est en train d’emboîter le pas sinon de dépasser ses prédécesseurs en la matière comme Idi Amin Dada ou Jean Bedel Bokassa. Rappelons que Bokassa s’était à un moment donné octroyé pas moins de 5 portefeuilles ministériels tandis que Idi Amin pouvait à tout moment surgir dans un ministère et remplacer au pied levé pendant quelques heures, n’importe quel ministre et sur n’importe quel dossier.

Au demeurant, on ne pouvait rien attendre d’un ancien enfant de rue de Kampala du nom de Paul Kagame devenu par la suite enfant-soldat  puis massacreur des populations du nord de l’Ouganda après la prise de Kampala en 1986 avant de conquérir le pouvoir au Rwanda dans un bain de sang en 1994.

Le Rwanda méritait mieux.

MT,
Kigali, le 15/12/2012

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