Burundi:Déverrouiller l’espace politique en vue des élections de 2015
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Rubrique : Actualité


Publié le 18 Déc 2012 par Gaspard Musabyimana

Tout au long de l’année 2012, EurAc a suivi de près les évolutions politiques au Burundi. Nous avons fustigé le non-engagement du gouvernement burundais dans le respect des droits humains et des libertés fondamentales. Nous avons  en outre remarqué des manœuvres du parti au pouvoir visant à empêcher certains partis de l’opposition d’exercer leurs activités politiques. Cela s’est vu tout d’abord dans l’adoption de la nouvelle loi sur les partis politiques  qui soumet tous les partis à des exigences qui risquent d’être utilisées pour rayer de la liste certains partis de l’opposition. Le manque d’accord entre le gouvernement et l’ADC-Ikibiri dans la mise en place de cette loi n’a fait que renforcer la méfiance entre le pouvoir et l’opposition extra-parlementaire.

Alors que cette loi était sensée normaliser leurs relations, elle a été interprétée par beaucoup d’observateurs comme un acte de déstabilisation de plus, après les manœuvres du Ministre de l’intérieur visant à diviser certains partis politiques. Un mois après la conférence de Genève au cours de laquelle le gouvernement burundais s’était engagé à laisser l’opposition poursuivre ses activités politiques librement, les relations entre l’ADC-Ikibiri et le pouvoir se dégradent comme en témoignent les affrontements du 4 novembre 2012 entre la police et les militants de l’ADC-Ikibiri à Minago. 

Il en a été de même le 18 novembre 2012 à Gatumba, lorsque la police a dispersé brutalement les membres de l’ADC-Ikibiri au moyen du gaz lacrymogène et a frappé plusieurs de ses dignitaires dont Mmes Marina Barampama, ex 2ème Vice-présidente de la République et Euphrasie Bigirimana, ancien ministre du Commerce et M. Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président du parti Sahwanya-FRODEBU, et d’autres. 

Le dernier évènement en date, qui nous pousse à croire qu’il y a une réelle volonté du pouvoir de verrouiller l’espace politique en privant l’opposition de ses libertés d’association, est l’élection en catimini des cinq candidats proposés par le chef d’Etat comme membres de la nouvelle CENI.  Leur élection a eu lieu le 4 décembre 2012 et cette CENI est chargée d’organiser les élections de 2015.

Ainsi donc, le pouvoir continue à consolider sa base en vue de ces élections en même temps qu’il verrouille l’espace politique au détriment de l’opposition qui ne peut pas réunir ses membres librement et dont beaucoup de leaders sont soit en exil soit en prison. Plus grave, les membres de la jeunesse du parti au pouvoir continuent à semer la terreur sur les collines.

Dans ce contexte, on voit mal comment l’opposition sera capable de se préparer aux prochaines élections qui risqueront, au final, de constituer un nouveau recul du processus démocratique au Burundi. EurAc rappelle que le Burundi a un passé politique caractérisé par des violences massives. Il est donc vital en ce moment historique que les développements politiques récents ne deviennent pas une raison pour reprendre les armes et déstabiliser le pays tout entier. 

Pour ces raisons, EurAc lance un appel aux partenaires du Burundi en général, et à l’Union européenne en particulier, à exercer une plus grande pression sur les acteurs politiques burundais afin que chacun puisse jouer son rôle. De façon particulière, le gouvernement doit déverrouiller l’espace politique et rétablir les libertés des membres de l’opposition.

Donatella Rostagno
Secrétaire Exécutif d’EurAc

Bulletin EurAc en fichier attaché

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