2013 peut-elle être l’année de la paix durable à l’Est de la RDC ? Voeux et perspectives
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Rubrique : Actualité


Publié le 26 Déc 2012 par Gaspard Musabyimana

La décennie et demie d’instabilité, de violences, de prédation et de misère en République Démocratique du Congo vient de s’enrichir d’une nouvelle année : 2012. Une année au cours de laquelle la violence (dans la partie orientale du pays en particulier) a pris un nouvel élan avec l’apparition du Mouvement du 23 Mars, la résurgence de nombreux autres groupes armés nationaux et étrangers, et la naissance d’une douzaine d’autres, après une relative accalmie depuis 2009. 

Si la RDC était un pays normal, 2012 aurait été l’année de la véritable relance démocratique, économique et sociale. En effet, si les élections de novembre 2011 s’étaient déroulées correctement, si la constitution votée par référendum en 2005 n’avait pas été tripatouillée, si l’accord de paix du 23 mars 2009 avait été appliqué et régulièrement évalué, si des criminels comme Bosco Ntaganda avaient été arrêtés et jugés, etc., l’année qui s’achève aurait été l’année de la renaissance, avec une paix et une démocratie consolidées, des institutions installées et renforcées, … 

Si au cours de son premier mandat, Joseph Kabila avait fait de la défense nationale une priorité – il s’est réveillé il y a seulement deux semaines pour dire que la défense du pays doit être "désormais" une priorité, comme un aveu qu’elle ne l’avait jamais été depuis 12 ans qu’il est au pouvoir, encore faut-il que dans les actes il se ressaisisse vraiment – , si la réforme de l’armée, la police et les services de sécurité avait été effective depuis 2006, si d’importantes créations d’emplois avaient eu lieu pour absorber les masses de jeunes désoeuvrés qui sont la proie facile des prédateurs au sein des groupes armés, … Si la communauté internationale s’était investi de façon rationnelle et avec toute la bonne volonté requise pour la résolution durable des causes des crises en RDC; si la MONUSCO avait, au lieu de dizaines d’assignations éparses et irréalistes, un mandat clair et concis de rétablissement de la paix et de réforme des forces de sécurité congolaises; si cette MONUSCO avait bénéficié de troupes aguerries et plus familières à la région, à son histoire et à son peuple, au lieu de ces affairistes indo-pakistano-népalais pour qui les Congolais n’ont pas plus de valeur que leurs intouchables, … 

Si tout simplement la RDC avait un président intelligent, visionnaire, rigoureux, compétent et patriote; si la RDC avait des institutions (parlement, Cours Suprême de Justice, Haute Cour militaire, Gouvernement, …) responsables et dévoués à la cause de la nation; si les Congolais étaient plus exigeants, plus enclins à réclamer et à œuvrer eux-mêmes pour leur liberté, leur démocratie, leur paix et leur dignité, l’année qui s’écoule aurait été l’année de la renaissance du géant africain qu’est le Congo. Hélas, remarquez le nombre de "si" dans ces paragraphes ! La réalité est loin, très loin du compte. 2012 laisse la RDC pire qu’elle ne l’a trouvée : deux territoires de l’Est occupés par une rébellion téléguidée par le Rwanda et l’Ouganda (et pour les mêmes raisons qu’il y a cinq ans le CNDP ou quatorze ans le RCD); toute une région suspendue à la seule volonté des rebelles de progresser ou non (car l’armée congolaise est obsolète et les forces étrangères – Monusco ou "force internationale neutre"; aussi imprévisibles qu’inefficients); des généraux de criminels présumés (tels Amisi Kumba, John Numbi,  Laurent Nkunda, Bosco Ntaganda, …) courent des jours paisibles à Kinshasa, dans les collines du Nord-Kivu ou au Rwanda; la corruption a atteint des proportions inédites; les petits fonctionnaires de l’Etat sont toujours clochardisés pendant que les députés et autres "honorables" ont doublé leurs émoluments; la pauvreté et la promiscuité ont atteint des nouveaux records; des sommes faramineuses sont dépensées comme "effort de guerre" pour une guerre qui n’est menée que dans sur les micros des radios, tandis qu’un demi-millions de nouveaux déplacés errent dans la nature au Nord-Kivu

Des négociations entamées à Kampala entre le gouvernement et la rébellion du M23 ont permis aux habitants de Goma, la plus grande agglomération du Nord-Kivu, de passer la fin de l’année dans un état de quasi-paix, pourtant elles ne promettent rien de significatif. Déjà que c’est la cacophonie totale au sein du gouvernement, par rapport à leur objectif. Le président de la République a son opinion, différente de celle de son ministre des affaires étrangères, différente de celle du ministre de la communication, différente de celle du "Facilitateur", pour ne pas parler de celle des représentants de la rébellion. Il faut être fou (comme ces hommes?) pour attendre une quelconque solution de ces assises qui, au passage, coûteront une bagatelle somme d’argent à l’Etat congolais qui paie, en plus de ses propres factures, celles des délégués de la rébellion et de certains journalistes, en raison de plus ou moins 500 dollars par jour. Calculez pour une soixantaine de personnes, un mois durant… Or, personne ne sait encore combien de temps ça va durer. Certains doivent être au regret que Noël et le Nouvel an les aient obligés de rentrer temporairement chez eux ! 

2013 peut être différente, mais non sans conditions

Il n’est jamais trop tard pour se ressaisir. Il faut seulement comprendre la nécessité et l’opportunité d’un changement, ce qui suppose au préalable que l’on a identifié ses problèmes. Pour ce qui est de la RDC comme pays et comme nation, il y a avant tout un problème d’hommes (dirigeants comme dirigés), un problème d’intérêts, et un problème de vision ou d’objectif. La question des intérêts étrangers, de la géopolitique régionale ou internationale, etc., ne se poseraient qu’à titre secondaire si au niveau interne il y avait une certaine cohérence, un certain vivre-ensemble, rêver-ensemble et agir-ensemble parmi les Congolais.

En 2013, les questions de l’intégrité des frontières congolaises héritées de la Conférence de Berlin, celle de l’intangibilité de la constitution, de la légitimité des institutions issues des élections de novembre 2011, de l’impunité ou non des criminels, de la corruption et des pratiques assimilées, de la vie démocratique, des droits de l’homme, et bien sûr de l’économie et des conditions de vie sociale vont continuer à se poser avec acuité. Il faut songer à les adresser une à une. Malheureusement, le lamentable discours du président de la République le 15 décembre dernier n’a rien auguré d’optimiste, bien au contraire. On a entendu un président complètement déboussolé, surpassé par les évènements, sans inspiration ni autorité aucune. On aurait dit un syndicaliste se plaignant d’une situation sur laquelle il n’a aucune emprise. 

Un dialogue national inclusif, ou si l’on veut une "Conférence Nationale Souveraine II" de toutes les forces-vives de la nation sera nécessaire pour, non pas porter des accusations ou se distribuer des postes, mais pour trouver des solutions réalistes et durables aux différents problèmes que connaît le pays dans tous les domaines. Il faut redéfinir la Nation congolaise, lui donner un contenu, lui assigner des objectifs quantifiables et lui imprimer des valeurs et des symboles rassembleurs. Et ça, ce n’est pas à Kampala, avec une "force négative" et une poignée d’hommes à la solde de l’étranger que ça va se régler. Le problème des groupes rebelles à l’Est de la RDC ne sera pas résolu par les armes – et des armes étrangères de surcroît. C’est mal connaître le problème que de vouloir le résoudre de cette manière là. 

Mon vœu le plus cher aux Congolais, c’est qu’ils s’éveillent enfin. S’éveiller prendre conscience du rôle qui doit être le leur pour le renouveau de la RDC, et réaliser que jamais la paix, la démocratie, le développement et rien de ce dont ils rêvent ne leur viendra des autres, des étrangers, mais qu’ils doivent y œuvrer eux-mêmes, avec tout leur cœur et toute leur force. S’éveiller pour cesser de pleurnicher et de se plaindre; pour cesser d’être des complices de leur propre malheur en servant aveuglement des politiciens cupides et prédateurs, en les applaudissant à longueur des journées, en s’adonnant bêtement à leurs jeux de la haine et de l’exclusion. S’éveiller pour s’enrôler dans l’armée et d’autres services de sûreté, exiger énergiquement (par des manifestations publiques, des sit-in, des grèves) le départ des corrompus et autres imposteurs où qu’ils se trouvent, demander leurs comptes aux élus, cesser de tout tolérer, tout supporter, tout justifier, et exiger d’être regardés et dirigés avec respect et dignité. S’éveiller pour se discipliner eux-mêmes, abandonner les mauvaises pratiques, les attitudes rétrogrades ou anti-patriotiques. 

Mon vœu aux politiciens congolais (de la majorité comme de l’opposition), c’est que 2013 soit pour l’année de la reconversion civique. J’ai parfois prié Dieu qu’un coup d’Etat se produise à Kinshasa, et qu’un homme plus compétent, plus rigoureux et plus entreprenant s’empare du pouvoir pour amener le pays vers une porte de sortie de l’instabilité et de la misère. Mais il est peut-être préférable que Joseph Kabila reste là jusqu’en 2016 pour éviter une aggravation de la situation. Cependant, mon voeu serait que de la Conférence Nationale Souveraine II que je préconise, il ressorte des résolutions pour entourer le président de personnes intègres et compétentes susceptibles de le conseiller et de l’orienter positivement de sorte que le pays en tire le meilleur parti; que les institutions politiques et judiciaires soient renforcées et jouissent de leur pleine autonomie, loin de ses interférences malheureuses; qu’une vraie opposition émerge, en lieu et place des petits (ou grands) égoïstes qui ne semblent avoir d’autre préoccupation que de prendre le pouvoir afin de "manger" à leur tour.

Mon vœu pour la communauté internationale, c’est qu’elle prenne enfin la vraie mesure de la situation que nous vivons et arrête d’observer lâchement. Au Rwanda, en 1994, des personnes courageuses ont alerté sur les évènements qui étaient entrain de se produire, mais le monde a préféré regarder ailleurs. A l’Est de la RDC, cela fait des années que l’alerte est donnée, mais les réponses qui sont données ne sont jamais efficientes : envoie d’une force d’observation, distribution de l’aide "humanitaire" aux réfugiés et déplacés, arrestation d’une poignée de criminels. Et c’est tout. Il serait temps que le monde aide le Congo a atteindre la résilience, ou lieu de le tenir sous perfusion permanente, sans que les résultats soient jamais satisfaisants. Le mandat de la Monusco devrait être clarifié et limité au rétablissement de la paix et à la réforme de l’armée. Les européens et les américains (en particulier la Belgique et la France) doivent prendre le courage d’engager leurs troupes au sein de la MONUSCO, étant donné leur connaissance de la région, les liens historiques et culturels, et leurs compétences humaines et techniques. Ensuite, il faut soutenir la jeunesse politiquement propre qui se bat jour et nuit pour que les choses bougent. Il faut la renforcer, l’appuyer, peut-être même l’écouter tout simplement. Enfin, il faut forcer par tous les moyens le Rwanda à nous laisser tranquilles; à cesser son implication dans la déstabilisation de la RDC. Quoique l’on dise, il y a toujours moyen de le faire. Le Rwanda a beau être tenu par des personnes orgueilleuses, voire têtues, il est trop dépendant de l’aide que l’Occident lui alloue pour qu’il puisse s’en passer complètement. Et ce ne sont ni le génocide des Tutsi de 1994, ni la présence de quelques milices hostiles Hutu dans le Kivu, ni la performance des soldats rwandais dans les missions de maintien de la paix, ni le fait que le Rwanda utiliserait efficacement l’aide qu’il reçoit, qui doivent l’exonérer de reproches et de sanctions lorsqu’il trouble son voisin. Certes le Congo a des problèmes internes graves à régler, mais les interférences rwandaises ne l’aident pas du tout. Et elles sont trop néfastes pour être négligées. 

Le Congo n’est pas l’Afghanistan, ni le Pakistan, et encore moins la Syrie : l’instabilité peut être jugulée en quelques mois, si seulement les Congolais et leurs partenaires posent les bons actes, de la bonne manière, et au bon moment. J’espère que 2013 sera ce moment, pour que règne enfin la paix !

J-M N’Senga
26/12/2012

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