Une décision courageuse mais périlleuse
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Rubrique : Actualité


Publié le 14 Jan 2013 par Gaspard Musabyimana

Huit mois après son élection, le président François Hollande semble être résolu à engager fermement la France dans la lutte contre les menées djihadistes terroristes, tant au Mali qu’en Somalie. Il était temps. L’attentisme de la France n’était plus compris et risquait de passer pour de l’indifférence, voire de la complaisance.

Ceux qui ont pris en otage les deux tiers nord du Mali ne sont pas des rebelles maliens en lutte pour une cause malienne. Ce sont des terroristes algériens qui, après avoir commis les pires atrocités à l’encontre de leur propre peuple, dans les années 90, ont dû se replier au Sahara. Ce sont aussi des mercenaires du salafisme, venus d’horizons divers tels que le nord du Nigeria. La chute de Kadhafi et l’ouverture des arsenaux libyens leur ont donné les moyens de s’implanter durablement aux confins désertiques du Mali, du Niger et de l’Algérie. Ils ont prospéré grâce aux trafics en tous genres (cigarettes, drogue, immigrants clandestins) et aux prises d’otages occidentaux. Depuis leur conquête du Mali septentrional, où ils ont établi un régime de terreur envers les populations et s’en sont pris aux monuments, héritages d’une brillante civilisation, pourtant islamique.

La menace que ces groupes armés fait planer ne concerne pas le seul Mali, mais aussi tous les pays de la région sahélienne, depuis la Mauritanie jusqu’au Tchad, depuis la Libye jusqu’au Nigéria et au Burkina Faso. La période de l’élection présidentielle française n’a pas permis à la France de réagir lorsqu’il aurait fallu le faire. De plus, les gangsters djihadistes exerçaient un chantage ignoble en menaçant la vie des otages français qu’ils détenaient et détiennent encore, malheureusement. Un temps précieux a été perdu. On parlait de négociations, de mise sur pied d’une force africaine, de résolutions de l’ONU. Tout cela a été mis à profit par les terroristes pour se renforcer et, on l’a vu ces derniers jours, pour gagner du terrain.

Il convient à présent d’agir vite, très vite. Agir vite pour tenter de sauver les otages français. Agir vite pour permettre au Mali de recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Pour cela, il faudra soutenir logistiquement et matériellement la force africaine qui se met en place actuellement, mais trop lentement. Il faudra appuyer le président par intérim afin que ce dernier ait les moyens nécessaires pour restructurer l’armée nationale malienne et pour reconstruire la démocratie dans son pays en associant l’opposition et la société civile à cet effort de redressement national. Il conviendra de travailler en étroite collaboration avec l’Algérie, concernée au premier chef par la situation au Sahara et par les agissements de ses ressortissants terroristes. La récente visite du président Hollande dans ce pays a créé un climat plus serein entre les deux rives de la Méditerranée. Cela devrait permettre à cette collaboration d’être menée à bien, sans ambiguïté ni arrière-pensées.

La décision d’intervention prise hier par le président Hollande est courageuse. Elle a été bien accueillie au Mali et dans la région. Mais cette intervention s’annonce à bien des égards périlleuse. Elle devra être conduite avec détermination, en faisant appel à tout ce que la France compte en termes d’intelligence et de connaissance du terrain. L’action diplomatique menée en parallèle devra être poursuivie avec doigté et résolution. Il faudra qu’elle fasse l’objet d’un consensus national, qu’elle ne soit pas minée par des querelles politiciennes qui, face à un tel enjeu, n’ont pas leur place. Pour cela, le président français devra savoir impliquer l’opposition. La France a là une occasion unique de redorer son blason, particulièrement sur la scène africaine.

Espérons que les autorités françaises sachent se montrer à la hauteur du défi…

Hervé Cheuzeville, 12 janvier 2013

(Auteur de trois livres: "Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale", l’Harmattan, 2003; "Chroniques africaines de guerres et d’espérance", Editions Persée, 2006; "Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé", Editions Persée, 2010)

Hervé Cheuzeville   

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