Rwanda : Décès de M. Pochet, dernier conseiller belge du roi Rudahigwa
+
Rubrique : Actualité


Publié le 25 Jan 2013 par Gaspard Musabyimana

Marcel Pochet est né au fin fond des Ardennes belges, à Rochehaut sur Semois (Bouillon), le 12 août 1921. Après sa licence en sciences commerciales et coloniales (FUCAM – MONS), il est engagé comme fonctionnaire de l’administration de tutelle belge et envoyé au Rwanda. II fut administrateur à Ruhengeri (1948/1955), Kibungo (1955/1957) et Butare. Il a rejoint Nyanza comme Conseiller[1] du Mwami (roi) du Rwanda de 1958 à 1960. A son retour en Belgique, il est affecté au Ministère des Affaires étrangères et termine sa carrière comme Administrateur Général de la Coopération au Développement (AGCD).

Il prit sa retraite et s’installa dans sa maison à Bruxelles où il est décédé le 17 janvier 2013. Son inhumation a eu lieu le 24 janvier 2013 dans le cimetière de son village natal après une messe célébrée par l’Abbé Joseph Sagahutu en l’Eglise St Firmin de Rochehaut et qui avait réuni bon nombre de Rochehautois et de ressortissants de la région des Grands-Lacs africains (RDC, Rwanda, Burundi).

La messe a été ponctuée de témoignages dont ceux de sa fille Christine, de ses collègues de travail et de l’ancien ambassadeur du Rwanda en Belgique, Ildefonse Munyeshyaka. Celui-ci a souligné que l’un des souvenirs qu’il garde de Mr Marcel Pochet est que, en tant que patron de l’AGCD, il a usé de son influence pour débloquer le dossier de cogestion de l’aide bilatérale accordée par la Belgique au Rwanda

L’une des dernières actions de Macel Pochet est la mise à la disposition du public de ses archives sur le Rwanda, rassemblées tout au long de sa carrière dans ce pays et intitulées « Rétrospective : le problème rwandais ». La présentation qu’il en a faite est éloquente :

« Rétrospective : le problème rwandais »[2] est constituée « de reproductions de mes archives d’Administrateur de Territoire au Ruanda de 1948 à 1962 et de Conseiller du Mwami en 1959, année charnière.

C’est ce passé cinquantenaire que fort modestement grâce à « Rétrospective », j’ai choisi de ramener au jour, à l’intention de ceux qui ne l’ont pas connu – en particulier les jeunes – et au motif que ceux-ci n’auront sans doute jamais l’occasion d’y avoir accès autrement.

Depuis des années, quand on entend parler du Rwanda ou qu’on cherche à s’informer à son sujet, chaque fois, inévitablement, surgissent des questions concernant les événements du printemps 1994, de leurs causes, circonstances et conséquences.

Comme si le Rwanda n’avait pas existé avant le règlement de compte politique général de 1994 dont tous les groupes ont souffert, surtout le groupe Hutu.

Comme si ce n’était pas dans leur passé dont on ne se souvient pas ou dont on ne veut pas se souvenir qu’on doit chercher les racines des désastres successifs qui ont saigné les milles collines et les Kivu voisins durant les décennies 1990 et 2010 (sans parler du Burundi – 1972).

Volontairement, ces reproductions sont présentées dans leur sécheresse et nudité, sans aide pour le lecteur, sans note explicative, ni commentaire.

A l’opposé des livres qu’on écrit à partir d’autres livres ou qui "racontent" ce qu’on a "raconté", sinon "soufflé", à leurs auteurs – et qui nourrissent abondamment des polémiques en égarant l’HISTOIRE -la présente rétrospective ne "raconte pas",… elle restitue.

Elle restitue, à l’authentique, les faits et gestes de l’époque concernée, à travers des textes d’acteurs – responsables politiques – et via des dossiers spécifiques qui leur sont consacrés.

"Rétrospective" se veut apolitique ; elle est indépendante des protagonistes de l’histoire; elle ne "roule" pour personne, mais n’a, non plus, personne à ménager.

Son objectif étant de servir à l’histoire réelle de la période de la fin de la tutelle belge, il a paru opportun d’en publier des "sous-jacents", inconnus du public en général, d’en rappeler, une fois pour toutes les vrais déterminants et donc ainsi, de s’opposer aux falsifications que certains voudraient lui faire subir.

Le caractère analytique des textes et, partant, leur longueur et difficultés décourageront peut-être certains lecteurs. Qu’à cela ne tienne, l’important est que ceux qui éprouveront le besoin de connaître la vérité sur l’époque, y trouvent ce qu’ils attendent : la réalité d’un passé estompé ressurgissant dans le détail des jours.

Puisse ce retour aux sources aider les lecteurs intéressés à se réapproprier l’histoire authentique des Mille collines pour la période considérée ».

Et pour terminer, il cite l’ex président Français François Mitterrand : « Il ne faut pas laisser l’oubli prendre place de l’histoire » et il conclut : « …ni laisser une histoire falsifiée s’installer à la place de l’histoire réelle ».

Gaspard Musabyimana
25/01/2013


[1] Les différents conseillers du roi Rudahigwa furent successivement : Drijvers, Dens, Kirssch et Pochet.

[2] Publié aux Editions Sources du Nil (Lille-France).

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire