Rwanda 1990, Mali 2012 : deux conflits similaires, des réactions différentes. Pourquoi ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 31 Jan 2013 par Gaspard Musabyimana

L’intervention militaire de la France au Mali décidée par le président François Hollande début janvier 2013 pour rétablir la souveraineté du Mali sur toute l’étendue de son territoire en chassant les rebelles qui s’étaient emparés du Nord du pays a été unanimement saluée. Presque tous les Etats africains ont manifesté leur soutien même ceux qui ne portent pas la France dans leur cœur comme le Rwanda de Paul Kagame. Pourtant la même France a été entravée dans ses initiatives d’intervenir au Rwanda dans les années 1990-1994 pour empêcher qu’un groupuscule venu d’un pays voisin ne s’empare du pouvoir à Kigali au détriment d’un gouvernement légitime. Même son intervention tardive en juin 1994 pour sauver quelques vies lui vaut jusqu’à ce jour des sarcasmes et des procès d’intention sans parler des tentatives de salir l’honneur de ses soldats.

Qu’est ce qui a changé ? La France a-t-elle enfin compris que l’abandon du peuple rwandais aux rebelles venus d’Ouganda aurait grandement entamé son prestige en Afrique et opterait désormais pour des prises de position sans équivoque ? Ci-après quelques éléments qui permettent de répondre à ces interrogations.

Rwanda : Le 01 octobre 1990.

A cette date, le Rwanda est attaqué par des éléments qui servaient dans l’armée régulière de l’Ouganda voisin. Ayant aidé Museveni à conquérir militairement l’Ouganda, ils veulent rééditer l’exploit dans le pays de leur ancêtres d’autant plus que le nouveau maître de Kampala se doit bien de leur renvoyer l’ascenceur. Ils ont bien préparé leur coup :

– Dès leur incursion, la presse internationale relaie leur propagande ;
– Les ONG jusque là plutôt clémentes face au régime en place, commencent à dénoncer « les violations massives des droits de l’homme » ;
– Certains alliés traditionnels du Rwanda se désolidarisent et même servent de relais aux conquérants ;

Seule contre tous, la France continue de défendre les positions du gouvernement légitime avec lequel elle était d’ailleurs liée par un accord de défense tout en le mettant sous pression notamment :

– En l’incitant à ouvrir l’espace politique en admettant le multipartisme en pleine guerre ;
– En l’incitant à négocier avec les agresseurs alors que pour ceux-ci ces négociations ne constituaient qu’un temps de répit pour monter en puissance avant de relancer les hostilités.

Mais après coup, il apparaitra que la France aura été dans toute cette histoire, naïve, incomprise et trahie.

– La France n’avait pas compris que les Tutsi voulait le pouvoir, tout le pouvoir et sans partage au Rwanda. Ainsi, en poussant le gouvernement légitime issu de la majorité hutu à faire des concessions, la France n’apparaissait pas aux yeux du FPR, comme un ami du peuple rwandais mais comme une puissance décadente d’un autre âge qui péchait par naïveté.

– En dissuadant le président Habyarimana de ne pas déclarer l’état de guerre, ce qui lui aurait permis  de suspendre les activités des partis politiques et de renforcer le contrôle sur les activités commerciales au pays,  laissant ainsi les partis politiques dont beaucoup étaient des excroissances du FPR la rébellion tutsi venue d’Ouganda, la France a indirectement favorisé l’installation des antennes du FPR au cœur même du pouvoir au Rwanda. La France l’apprendra à ses dépens : c’est un Premier ministre issu de l’opposition favorable au FPR qui s’est précipité à Bujumbura pour signer l’expulsion de tous les militaires du Rwanda en avril 1993 sans même avoir la politesse d’en informer la France officielle avant de l’annoncer dans les médias.

– Lorsque les combattants tutsi venus d’Ouganda rassemblés au sein du  FPR ont lancé leur assaut final pour la conquête totale du Rwanda en avril 1994 après la décapitation des institutions étatiques, la France sera empêchée d’intervenir sinon pour évacuer ses ressortissants alors que les autres puissances montaient en puissances (une compagnie des Marines US en Stand-by à Bujumbura dès le 5 avril 1994) ou avaient des supplétifs déjà sur le terrain : troupes tanzaniennes, burundaises, éthiopiennes…Tout était fait pour laisser le FPR prendre le pouvoir sans gène dans un pays qu’il ne connaissait pas et d’où ses membres et combattants étaient presque des étrangers.

– Lorsqu’enfin, la France fut autorisée à intervenir pour sauver quelques vies en juin 1994, dans ce qui est connu comme « Opération Turquoise », celle-ci fut et reste mal interprétée. Les nouveaux maîtres du Rwanda jugent en effet que la France, en intervenant et en installant une zone « sûre » à l’ouest du pays, a permis la fuite des anciens dignitaires du régime renversé par le FPR alors que Kagamé jure qu’il devait les exterminer. Pire, la propagande et les médias pro-FPR ont monté un scénario fictif comme quoi les Français déployés dans la zone ouest du Rwanda dans le cadre de l’opération Turquoise auraient commis des exactions et même auraient commis le génocide.

En fin de compte, la France est sortie perdante de l’aventure rwandaise. Ces efforts pour établir une démocratie au Rwanda en empêchant une minorité, certes surarmée, de s’emparer de tout le pouvoir politique, mais en prévenant aussi à la majorité de ne pas marginaliser la minorité…cette approche a été rejetée et est devenue la risée des analystes politiques anglo-saxons qui étaient derrière la conquête du Rwanda par le FPR.

Mali : janvier 2012

Dans ce pays sahélien, les Touaregs du Nord du pays lancent une offensive qui va leur permettre de s’emparer des principales villes du Nord Mali à savoir Kidal, Tombouctou, Gao et autres… L’armée malienne est introuvable et les garnisons tombent les unes  après les autres souvent sans combats. Les rebelles installent dans les régions conquises une administration et appliquent la sharia. Militairement, ils sont très forts et peuvent conquérir tout le Mali ou tout au moins s’emparer de la capital Bamako en très peu de temps. Seulement, il faut reconnaître que ces rebelle ne sont que minoritaires au Mali et au cas où ils s’empaleraient de Bamako et donc seraient les maîtres de ce pays, plus de 85 % de la population seraient réduite à l’esclavage par les nouveaux maîtres installés seulement par les armes.

Le 11 janvier 2013 les observateurs ont été étonnés de la fermeté et de la rapidité avec lesquelles le président Hollande est intervenu au Mali pour contrer la prise du pouvoir à Bamako par les tribus minoritaires du Nord. Certains ne comprennent pas comment le France en pleine crise économique, un président socialiste au bas dans les sondages, un gouvernement socialiste infesté de militants gauchistes qui luttent contre le fantôme « Francafrique », pouvait prendre une telle décision.

Moi je réponds : la leçon de la France au Rwanda (1990-1994) commence à être comprise.

Emmanuel Neretse
31/01/2013

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