Rwanda : P. Kagame continue de faire chanter la Communauté Internationale
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Rubrique : Actualité


Publié le 11 Fév 2013 par Gaspard Musabyimana

Le régime du général Kagame vient de nouveau de faire un pied de nez à la Communauté Internationale en déclarant deux des membres du nouveau Groupe d’Experts de l’ONU sur la RDC « persona non grata » au Rwanda alors qu’ils venaient à peine d’être désignés par le Secrétaire Général de l’ONU.

Ainsi donc, le régime militaire installé à Kigali par les armes en 1994 doit encore une fois déployer son “bouclier fétiche” à savoir le chantage qui jusqu’à présent l’a épargné des critiques quant à sa nature dictatoriale, des sanctions suite à ses graves violations des droits de l’homme ou ses menaces à la paix dans la région. En refusant l’accès d’une partie du Groupe d’Experts des Nations Unies sur son territoire, Kagame anticipe sur le travail de ce groupe et indique clairement que seuls ceux qui s’engagent à fermer les yeux sur ses activités en RDC ou à reprendre ses thèses mensongères dans leurs rapports seront désormais les seuls bienvenus. Nous pouvons parier que le reste du groupe à qui Kagame vient de donner l’agrément n’osera pas publier une ligne qui incrimine le régime rwandais. Car, l’usage du chantage a toujours marché pour Paul Kagame de 1994 jusqu’à maintenant. On ne voit pas pourquoi ça ne marcherait pas cette fois-ci. La question est seulement de savoir pourquoi et comment cette Communauté Internationale en est arrivée là jusqu’à se faire chanter par un régime criminel qui devrait plutôt être mis hors-la loi.

Le chantage une pratique née avec le régime et bien rodée

Après sa prise du pouvoir en juillet 1994, l’armée de Paul Kagame s’adonna aux massacres sélectifs des Hutu à travers tout le pays. Lorsque les ONG qui opéraient sur le terrain ont commencé à dénoncer ces massacres, celles qui avaient trop parlé furent interdites d’exercer au Rwanda et les autres acceptèrent de fermer les yeux et de se taire sur les crimes de l’APR. Comme par enchantement, le chantage fonctionna : par exemple Kagame put ainsi massacrer « sans témoin » plus de 8000 personnes (pour la plupart femmes et enfants) dans le camp des déplacés de Kibeho au Sud du pays en avril 1995. Il fit de même dans les préfectures de Ruhengeri et Gisenyi en 1998-1999 où il a même pris le plaisir de murer, au vu et au su des ONG locales et des représentants des grandes puissances, une grotte dans laquelle s’étaient réfugiées des centaines de personnes vulnérables. On n’entendra jamais ni dénonciation ni encore moins de condamnation venant de la fameuse Communauté Internationale.

Après la mise en place du Tribunal International pour le Rwanda (TPIR), une juridiction censée juger les crimes commis au Rwanda entre le 01 janvier et le 31 décembre 1994, les premiers enquêteurs du Procureur ont voulu faire leur travail en enquêtant sur les crimes commis de part et d’autre des deux belligérants d’alors à savoir la rébellion dite : Armée Patriotique Rwandaise (APR) de Paul Kagame et les Forces Armées Rwandaises (FAR), l’armée régulière jusqu’en juillet 1994. C’est alors que Kagame a vu rouge ! Il a usé du chantage en menaçant de ne plus permettre aux enquêteurs du TPIR de mettre les pieds au Rwanda et de ne plus collaborer avec ce tribunal, si jamais ils s’obstinaient à enquêter sur les crimes commis par ses soldats surtout sur l’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie au Président Juvénal Habyarimana et à son homologue burundais Cyprien Ntaryamira. Du coup, les rapports qui mettaient en cause Kagamé et son armée furent enterrés (rapport Gersony) ; les enquêteurs trop curieux furent remerciés (Hourigan) et la Procureure qui avait eu le culot de s’attaquer à cet aspect des crimes commis au Rwanda, la courageuse suissesse Carla Del Ponte, fut tout simplement limogée.

Plus près de nous en 2010, sortait un rapport des Nations Unies, rapport plus connu sous l’appellation de « Mapping Report » qui détaillait les crimes commis en RDC par l’armée de Paul Kagamé, crimes tellement graves « qu’ils pourraient être qualifiés par une instance habilitée de génocide » selon ce rapport. Là encore, Kagame sortit son joker. Il menace alors l’ONU de retirer ses soldats opérant au Darfour soudanais comme « Casques bleus de l’ONU ». Le stratège retors de Kigali avait de toute évidence pensé à cette éventualité lorsque quelques années auparavant il « suppliait »   les mêmes Nations Unies de bien vouloir accepter d’utiliser des troupes de son APR dans de telles missions pour ainsi occuper et rémunérer une partie de sa pléthorique armée. Et ça a marché ! Le « Mapping Report » fut mis au frigo.

En 2012, un Groupe d’Experts de l’ONU chargé d’appliquer les résolutions du Conseil de Sécurité concernant l’Est de la RDC rendait un rapport très clair et fouillé qui indiquait que le Rwanda était bien derrière la nouvelle rébellion du M23 qui mettait à feu et à sang le Nord Kivu depuis avril 2012. De nouveau, le maître de Kigali va réagir par le chantage. Il va accuser le coordinateur du Groupe d’Experts, l’américain Steve Hege, d’être « un génocidaire et un négationniste » en se basant sur une analyse antérieure que ce spécialiste avait faite et dans laquelle il disait que les FDLR avaient peut-être des revendications politiques légitimes dont il serait sage de connaître la nature. Kigali exigea que cet expert soit limogé et que le Conseil de Sécurité ne cite pas le Rwanda dans sa résolution consécutive aux conclusions de ce rapport. Sinon…il menace de retirer ses troupes du Darfour et du Sud-Soudan. Cette fois-ci encore, ça marche ! L’ONU se garda bien de citer le Rwanda et encore moins de prendre la moindre sanction. Seuls quelques pays isolés scandalisés par les actions du régime de Kigali en RDC ont pris quelques mesures symboliques comme la suspension de l’aide financières directe…Mais le régime parviendra facilement et très vite à ramener dans les rangs les « récalcitrants » qui avaient trop vite suspendu les aides. 

Le 1er février 2013, le Secrétaire Général des Nations Unies a nommé un autre « Groupe d’Experts » chargé de poursuivre la mission de l’ancien. Le nouveau groupe est composée de : Emilie Serralta (France) : Finances et Coordinatrice, Nelson Alusala (Kenya) : Armes, Berbard Leloup (Belgique) : Affaires régionales, Henry Fomba (Cameroun) : Douanes et Aviation, Marie Plamadiala (Mordavie) : Groupes armées. Aussitôt annoncé, le Rwanda, par la voix de son bouillant et très opportuniste adjoint au Représentant Permanent du Rwanda à l’ONU Olivier Nduhungirehe, cria haut et fort que la composition du groupe n’avait pas l’agrément de son gouvernement. Profitant de sa nouvelle tribune au sein du Conseil de Sécurité dont il est membre non permanent depuis janvier 2013, Kigali fit savoir que trois membres du nouveau groupe étaient déjà de l’ancien et parmi eux, deux (la moldave Plamadiala et le belge Bernard Leloup) avaient par le passé émis dans la presse ou dans leurs rapports des réflexions critiques envers le régime rwandais (pour tout membre de la nomenklatura de Kigali, émettre une réflexion critique au régime constitue un crime de lèse-majesté). Kagame exigeait donc leur remplacement. Le Conseil de Sécurité vient de passer outre en confirmant leur nomination. Réponse du berger à la bergère : Kigali vient de déclarer les deux experts « persona non grata » ce qui signifie qu’ils ne sont pas autorisés à mettre les pieds au Rwanda.

Un nouveau chantage qui risque aussi de marcher comme les premiers : le groupe va être bloqué dans ses travaux sur le terrain, et va demander ou bien que les deux collègues soient remplacés pour calmer Paul Kagamé ou bien va négocier en lui promettant de produire un rapport final qui lui serait favorable même quand il serait pris la main dans le sac.

Jusqu’à quand et pourquoi le régime du général Paul Kagame continuera à faire chanter la Communauté Internationale ? « That is the question ».

Zédoc Bigega
11/02/2013

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