Rwanda : une violence politique séculaire
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Rubrique : Actualité


Publié le 22 Fév 2013 par Gaspard Musabyimana

Au Rwanda, depuis la nuit des temps, la politique fut toujours caractérisée par les coups bas, les complots, des assassinats, des massacres et des représailles. Tout était mis en œuvre pour éliminer physiquement son concurrent politique.

La colonisation est intervenue pour abolir le recours à ces peines inhumaines. Mais elle ne pouvait pas changer le psychisme des hommes dans lequel était ancrée la violence.

Du temps de la monarchie, la délation, les montages, les coups bas étaient légion pour envoyer l’adversaire politique à l’échafaud ou provoquer sa déchéance. Le roi, sitôt intronisé devait nettoyer son entourage de concurrents potentiels par des châtiments inhumains avant qu’ils ne soient abolis par la colonisation.

D’une manière générale, la culture rwandaise fait une apologie de la violence. Il suffit, pour s’en convaincre, de passer en revue les hauts faits déclamés lors des veillées ou les différentes sortes de châtiments en application dans le Rwanda traditionnel. Ceux-ci étaient tellement barbares que leur description donne la chair de poule. Il y avait le ligotage, la bastonnade, la mutilation ou l’empalement. La victime avait des bras liés derrière le dos avec une cordelette fine qui pénétrait dans la chair ou était frappée jusqu’à ce que mort s’en suive. Les mains et les pieds pouvaient être sectionnés à l’aide d’une serpe ou la main droite était plongée dans les flammes. Il y avait aussi l’application des tisons incandescents sur diverses parties du corps de la victime. Pour l’empalement, un bois taillé était enfoncé dans l’anus du coupable.

A la cour royale, les châtiments y étaient encore plus atroces. L’aveuglement par des clous rougis au feu enfoncés dans les deux yeux du supplicié étaient des punitions infligées aux grands chefs et autres hauts fonctionnaires de la cour pour entre autres des crimes de lèse-majesté. La strangulation par deux lattes autour du coup était spécialement réservée aux fonctionnaires ou courtisans de la cour que l’on désirait faire disparaître sans trop de tapage. Quant au gouffre, il servait à réprimer les délits politiques. Il était particulièrement infligé aux détenteurs du code ésotérique qui avaient failli à leurs devoirs et aux personnes accusées de sorcellerie ou de complot contre la famille royale. Le crucifiement était rare tandis le dépeçage était infligé aux personnes sur lesquelles le roi désirait exercer sa vengeance. Il s’agissait d’une peine particulièrement cruel : des morceaux de chair étaient prélevées sur les diverses parties du corps du supplicié ligoté. Des fois, des lambeaux de chair étaient détachés partiellement et les chiens se chargeaient de s’en saisir à même le corps de la victime. Cette peine était accompagnée parfois de l’introduction d’échardes de bambous sous les ongles des doigts qui, par la suite, étaient arrachés. A cette liste macabre, il y a lieu d’ajouter le massacre : tuer la victime à l’aide d’une lance, de glaive ou de serpe, fracasser la tête, couper la gorge ou transpercer le cœur à l’aide d’un long couteau. Il y avait également la castration.

Les peines variaient selon le rang social de la victime et la gravité du crime. Dans la pure tradition, la peine était collectivement applicable à tous les membres du condamné, notamment les enfants mâles.

Ces châtiments s’appliquaient aussi aux membres des familles des concurrents. Il y avait élimination totale des prétendants au pouvoir pour n’en laisser qu’un seul désigné par les détenteurs du code ésotérique. Même quand le nom du nouveau roi était dévoilé, les meurtres ne cessaient pas car tout opposant potentiel devait être éliminé. Le scénario de la succession était macabre.

[…]

Une autre facette de la violence politique est illustrée par les rites cruels de la royauté. En témoigne par exemple le supplice réservé aux rois et aux pays vaincus dans l’ancien Rwanda. La tête du roi vaincu était coupée, ainsi que ses testicules. Celles-ci étaient déposées dans une corbeille et aspergées d’eau chaude afin qu’elles se dérident, puis, divisées en deux dans le sens de la longueur en évitant de séparer complètement les deux parties, …

L’histoire rapporte que les femmes de Ndahiro II Cyamatare furent crucifiées par Ntsibura, roi du Bunyabungo (Congo) lors d’une expédition qui coûta la vie à Ndahiro et à toute sa suite. Ce mode cruel de répression a connu une grande vogue parmi les pasteurs non seulement au Rwanda mais aussi au Bunyoro et chez les Hima.

Une autre pratique royale inhumaine est la castration. Le cas illustratif eut lieu sous le règne de Kigeri Rwabugiri : un serviteur d’un grand chef fut dénoncé par l’épouse de ce dernier, pour proposition de relation sexuelle. Le serviteur se vit condamné par la cour du Mwami à l’amputation du sexe. Ce monarque n’hésita pas à faire castrer également son beau-frère Kabare quand les sorciers de la cour prédirent qu’il engendrerait un roi.

D’une manière générale, la royauté faisait l’apologie de la violence. Des cérémonies étaient organisées pour récompenser quiconque s’était montré le plus cruel sur le champ de bataille. Celui qui avait tué 21 personnes était félicité dans une fête en son honneur appelée « gucana uruti » (la crémation du javelot). Pour avoir tué 14 ennemis, la personne recevait la médaille dite « impotore » (le bracelet de la torsade) ; pour 7 victimes tuées, il était accordé « umudende » (le collier de la septaine). Lors des veillées, ces hauts faits étaient déclamés sous formes de poèmes épiques.

Une autre caractéristique de la royauté rwandaise était le sacrifice par le sang. Cela s’apparente au phénomène du « héros libérateur ». Celui-ci devait trouver la mort sur le terrain de l’ennemi pour que son armée remporte une victoire sur son adversaire. Le héros libérateur était un prince de sang ou un des commandants d’une armée. Sa désignation était opérée après des cérémonies divinatoires.

La cour royale grouillait de courtisans de toutes sortes. Le roi était au centre de toutes les intrigues. A la cour, l’espionnage et la délation étaient, à l’état endémique. Ils occasionnaient régulièrement des disgrâces voire des exécutions sommaires.

[…]

A la cour de Rwabugiri, les délations, les disgrâces, les exécutions étaient des événements de tous les jours de telle sorte qu’il n’y avait aucune famille du pays dont Rwabugiri n’ait pas tué au moins un membre.

A l’arrivée des colons blancs, le droit de vie et de mort du roi fut aboli. Mais la violence continua à caractériser l’accession au pouvoir par un coup d’Etat, qui est la prise du pouvoir dans un Etat en utilisant la force accompagnée ou non de la violence au fi des règles établies.

Le premier coup d’Etat au Rwanda fut celui de Rucunshu au centre du pays. Le roi Mibambwe Rutarindwa fut renversé en 1896 par le trio Kabare, Ruhinankiko et Kanjogera. Ils mirent Musinga au pouvoir. Celui-ci fut déposé en 1931 par l’administration belge et déporté à la frontière du Rwanda à Kamembe, face à Bukavu. Son fils Rudahigwa fut intronisé. Ce fut le deuxième coup d’Etat. Son successeur, son jeune frère J.B. Ndahindurwa Kigeri V fut écarté du pouvoir par le coup de force des congressistes, membre du PARMEHUTU et de l’APROSOMA, réunis à Gitarama le 28/01/1961. Après la confirmation de cette décision par le référendum du 25/9/1961, la république fut présidée par Grégoire Kayibanda qui fut à son tour destitué par un coup d’Etat du général-major Juvénal Habyarimana le 05/07/1973. Celui-ci mourut dans un attentat contre son avion le 6/04/1994 et remplacé par le général Paul Kagame qui prit aussi le pouvoir par la force en juillet 1994.

[Tiré du livre de Gaspard Musabyimana, Dictionnaire de l’histoire politique du Rwanda, Editions Scribe, 2011 (amazon.fr)].

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