Rwanda : Paul Kagame, un homme extra-ordinaire ? (Réaction de H. Strizek)
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Rubrique : Actualité


Publié le 13 Mai 2013 par Gaspard Musabyimana

Comme d’habitude Gaspard Musabyimana nous fourni avec son article du 12/05/2013 intitulé „Paul Kagame : L’homme dont le parcours, les performances et les réalisations sont autant «extraordinaires, fabuleux» que inquiétants“ une analyse pertinente. Je voudrais juste ajouter un élément complémentaire. De par sa personnalité Kagame ne fait pas partie « des grands conquérants » de l’histoire. Il n’a jamais disposé d’un pouvoir réel. Il est seulement le résultat d’une mauvaise appréciation des intérêts stratégiques par certains milieux occidentaux incarnés par – pour simplifier certainement – les clans Clinton-Albright-Blair.

J’ai eu l’occasion d’assister en 1999 à une conférence que Kagame a donnée  devant un auditoire d’environ 30 personnes. Ce personnage ne m’a pas impressionné du tout. J’ai seulement constaté qu’il ment courageusement. A ma question de savoir s’il veut tenir parole à la promesse donnée à François Misser d’entamer une investigation concernant l’attentat du 6 avril 1994 il m’a répondu par l’affirmative. Il m’a dit que je ne serais pas bien informé de ce qu’il avait déjà entrepris et que ce serait avant tout une affaire des Nations Unies. (A la sortie j’ai évité de « serrer la main du diable ».) 

Ses guerres ont été conçues par les spécialistes à Washington. Sans le soutien stratégique crucial du Pentagone – fourni via Kampala – Kagame n’aurait pas pu conquérir ni le Rwanda ni le Zaïre.

Par ailleurs on sous-estime souvent le rôle que le Tribunal d’Arusha a joué pour le protéger contre tout opposant susceptible de mettre en cause son pouvoir. Malheureusement il n’y avait pas mal de « fellow travellers » blancs et noirs – comme on appelait souvent les « sous-marins » soviétiques sur la scène internationale pendant la guerre froide –  qui ont facilité cette tâche. Je ne veux citer que quelques exemples « de Blancs de service ». Me viennent à l’esprit : Roger Winter, Jean Carbonare, Alison Des Forges, William Schabas, Louise Arbour  et même Carla del Ponte avant son « limogeage » par Washington en 2003. Du côté africain je voudrais juste mentionner à titre non-exhaustif Kofi Annan, Hassan Jallow  et les juges William Sekulé et Navanethem Pillay malgré le fait d’avoir cautionné le « Mapping exercise » plus tard. (Elle était déjà juge au TPIR pendant la conquête du Zaïre par le APR et s’est tue sur les  massacres des réfugiés Hutu.)

Tous ces amis de Kagame « pilotés » jusqu’à présent par Bill Clinton ont garanti que ce tribunal le protège bien contre l’opposition démocratique. S’il le fallait les gouvernements occidentaux – parmi eux le mien – étaient également prêts à intimider toute velléité d’opposition en tirant à la demande de Kagame quelques Rwandais devant leurs tribunaux.

En conclusion : Je suis tout à fait d’accord avec Gaspard Musabyimana que Kagame est dangereux. Mais il ne faut pas lui attribuer des capacités dont il ne dispose pas. Ce n’est pas par hasard que j’ai mis sur la couverture de mon livre intitulé « Clinton au Lac Kivu » la fameuse photo d’un Clinton souriant  « serrant la main du diable ».

Helmut Strizek
Bonn, 13/05.2013

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