Rwanda-ONU : les dessous de la nomination du général Kazura à la tête de la MINUSMA*
+
Rubrique : Actualité


Publié le 18 Juin 2013 par Gaspard Musabyimana

La MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali). est cette force des Nations Unies qui doit être déployée (en partie déjà déployée) au Mali pour maintenir la paix dans ce pays sahélien après l’opération militaire menée par la France depuis janvier 2013 pour chasser les islamistes qui s’étaient emparés de la partie nord de ce pays et qui étaient en mesure de conquérir tout le pays.

La mise en place de cette force onusienne concoctée par les diplomates newyorkais continue de réserver des surprises aux observateurs. La première surprise fut la nomination de l’ancien président burundais (auteur de deux coups d’Etat réussis en moins de deux décennies), le Major Pierre Buyoya comme le Chef Suprême de cette MINUSMA. Le plus consternant fut l’annonce de celui qui a été désigné comme Commandant Militaire de cette force à savoir le général rwando-burundais Jean Bosco Kazura.

Qui est Jean Bosco Kazura ?

Jean Bosco Kazura est né au Burundi au début des années 60 où ses parents s’étaient repliés en 1959 lors de la Révolution populaire qui a mis fin à la monarchie féodale et instauré la République Rwandaise. Il a grandi dans ce pays où il était intégré et même avait des droits auxquels ne pouvaient même pas rêver la majorité de Burundais de souche d’origine hutu. C’est ainsi qu’il fut même admis dans le très fermé ISCAM (Institut Supérieur des Cadres Militaires), le vivier de l’élite militaire tutsi. Bien évidemment pour des motifs politico-diplomatiques, cette partie de son CV est escamotée. A l’époque, le Commandant en Chef de l’armée burundaise et Chef de l’Etat était un certain…Pierre Buyoya. Kazura a mis pour la première fois le pied au Rwanda après la conquête du pays par le FPR en 1994. Il a alors gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire, avec au passage quelques scandales retentissants notamment la faillite de la Fédération Rwandaise de Football (FERWAFA) dont il était un tout puissant président. Plus grave encore, on murmure dans les milieux sécuritaires qu’il serait impliqué dans la tentative d’assassinat du général Kayumba-Nyamwasa en Afrique du Sud. L’on se souviendra qu’au retour d’Afrique du Sud où il était allé pour assister à la coupe du monde de Football, il avait été mis aux arrêts « officiellement » pour avoir quitté le pays sans autorisation. Mais certaines sources indiquent qu’en réalité il aurait été sanctionné pour avoir raté la mission à savoir tuer Kayumba-Nyamwasa alors qu’il en avait reçu tout le nécessaire notamment des milliers de dollars. Voici le général que l’ONU a choisi pour ramener la paix au Mali !

Kazura : un CV tronqué et mensonger ?

Pour que le régime de Buyoya ne soit pas accusé d’avoir aussi formé des officiers tutsi qui allaient reconquérir le Rwanda en 1990, les  officiers ayant reçu leurs formations de base au Burundi comme Jean Bosco Kazura se doivent de présenter un CV tronqué. Pour le cas de Kazura, il est dit qu’il fut formé à l’Ecole d’Etat-major de Zambie et à l’Ecole de Guerre du Nigéria. Or, il est connu que ces formations sont destinées aux officiers supérieurs au moins du grade de major. On ne signale nulle part où JB Kazura aurait reçu sa formation de base. Et pour cause, c’est à l’ISCAM du Burundi. Il est aussi dit que Kazura est né au Rwanda en 1963. Or, il est connu que ses parents vivaient au Burundi depuis 1959. Sa maman serait-elle spécialement revenue au Rwanda en 1963 pour donner naissance au petit Kazura et retourner avec le bébé au Burundi?

Un « clan burundais » à Bamako ?

On l’a vu, l’UA avait déjà choisi le burundais Pierre Buyoya pour être le chef de l’ancêtre de la MINUSMA (Pierre Buyoya restera à la tête de la MISMA qui se muera en MINUSMA en juillet 2013). Il va s’entourer de fonctionnaires et d’officiers tutsis burundais surtout dans son Etat-major particulier dont il a la latitude de composer. Comme si cela ne suffisait pas, Buyoya vient de réussir l’exploit de faire nommer un officier burundais (aujourd’hui rwandais) qui fut son subordonné au Burundi, cette fois-ci comme encore son subordonné au Mali. Le général Kazura va lui aussi débarquer à Bamako avec son Etat-major particulier composé de militaires tutsi triés sur le volet et lui et son patron Pierre Buyoya n’auront qu’à faire la pluie et le bon temps au Sahel aussi, après avoir soumis la région des Grands Lacs depuis plus de 20 ans !

Un pied de nez à la France mais surtout au Tchad

La récupération du succès de la France au Mali par Paul Kagame qui parvient à imposer son officier pour commander les troupes qui se sont vaillamment battus dans une opération dont il était pourtant hostile et dans laquelle il n’a engagé ni n’engagera aucun soldat illustre comment la naïveté des puissances comme la France, tiraillée par les lobbies au service des intérêts anglo-saxons, peut tourner au ridicule. La France doit avaler les couleuvres jusqu’à accepter qu’un de ses officiers soit subordonné à un officier rwandais moins ancien et de surcroît qui fut témoin de la cruauté des rebelles de l’Armée du FPR (ayant conquis le Rwanda en 1994) dans laquelle Jean Bosco Kazura était un officier subalterne. En effet, le général français Grégoire de Saint-Quintin, qui sera Chef d’Etat-major de Kazura, a été, dans les années 90, coopérant militaire à Kanombe. Comme officier supérieur, il était encore là le 6 avril 1994 et avait le grade de « commandant » (équivalent de major dans le système anglo-saxon) et fut parmi les premiers à se rendre sur le lieu de chute de l’avion présidentiel qui venait d’être abattu par un missile tiré par un commando du FPR.

Le pauvre Tchad, qui fournit le gros des effectifs de la MINUSMA et dont les soldats se font tuer dans le désert, n’a même pas le droit de commander ses propres hommes car on préfère confier cette « délicate tâche », celle de commander aux seuls hommes prédestinés à commander et qui naissent « le bâton de commandement dans la main ». Ce mythe d’un tutsi « naturellement chef » encré dans l’entendement des arcanes de l’ONU est en train d’être imposé à tous les pays en commençant par la France qui ne peut pas lever le petit doigt même quand son action doit être tournée au ridicule. Ce n’est donc pas le Tchad ni encore moins le Niger qui feraient le poids devant les tous puissants lobbies pro-tutsi qui dominent l’ONU.

Le « machin » comme le Général de Gaulle appelait l’ONU vient encore une fois de mériter ce qualificatif. Il avait montré son vrai visage quand en 1993 il envoya un général canadien qui venait à peine de localiser le Rwanda sur une carte, avec pour consigne d’aider les « bons, les gentils » (la rébellion du FPR) à chasser les « mauvais , les méchants » (le gouvernement légitime). La suite on la connaît. Le « machin » s’est encore ridiculisé en désignant un général rwandais (déjà) pour commander une force des Nations Unies au Darfour, alors que cet officier était recherché par la justice internationale pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Le « machin » vient de récidiver en installant un « Akazu » (clique) burundais à Bamako et en donnant le commandement à un officier rwando-burundais dont le gouvernement et le président n’approuvent pas l’intervention française  pourtant à la base de la MINUSMA. Vous avez dit « incohérences de l’ONU » ? Nous n’avons encore rien vu.

Ghislain Mikeno
18/6/2013.
——————————————————————

*Cet article est une mise à jour d’un billet publié sur www.echosdafrique.com sous le titre : « Rwanda- ONU : l’incohérence du «machin» conduit à son instrumentation. Le cas de la MINUSMA ».

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire