Que cachent les manœuvres du Rwanda en voulant devenir un acteur incontournable au Mali ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 22 Juil 2013 par Gaspard Musabyimana

Depuis que le Rwanda est devenu anglophone et que l’anglais a été adopté comme langue d’enseignement au détriment du français, le seul petit lien qui pouvait unir le Rwanda au Mali, à savoir la francophonie, a été ainsi rompu.

Depuis 2012, le Mali traverse une crise politique et militaire qui a motivé l’intervention de certains Etats africains à envoyer des troupes dans ce pays pour l’aider à recouvrer sa souveraineté. Sous la houlette de la France, les troupes envoyées par ces pays de l’Afrique de l’Ouest ont entamé la reconquête des zones du nord du Mali qui avaient été conquises par des Islamistes.

En juin 2013, l’intégrité du territoire du Mali était rétablie et la force multinationale qui a mené les opérations devait se muer en une force de l’ONU (MINUSMA) qui doit assurer la stabilisation du Mali. Le Secrétaire général des Nations Unies devait alors nommer un nouveau commandant de cette force qui devait prendre le relais de celui qui commandait celle de la CEDEAO (MISMA). Et patatras ! L’ONU nomme, à la surprise générale, un illustre inconnu général rwandais sorti tout droit du chapeau de Ba-Ki-Moon, du nom de Jean Bosco Kazura, et dont le pays n’avait aucun soldat engagé au Mali. Pourtant, le Tchad et le Nigéria, qui ont les plus grands contingents au Mali et qui ont pris part aux combats de façon valeureuse, avaient postulé au commandement de cette MINUSMA. Comme si cela ne suffisait pas dans la marginalisation et l’humiliation des unités combattantes des  pays ouest-africains engagés, le Rwanda vient de déclarer qu’il n’enverra pas de troupes combattantes au Mali mais qu’il a obtenu que la sécurité des installations des Etats-majors et des personnalités à Bamako la capitale et ses environs, soit  assurée par les 150 policiers qu’il va envoyer.

Le Rwanda intéressé par la sécurité du Mali ou par les 17 de Koulikoro ?

Cet engagement du Rwanda pour s’impliquer au Mali tout en évitant le front militaire peut paraître incompréhensible pour les non initiés. Mais il faut rappeler que le Mali est un des rares pays qui ont accepté d’accueillir les condamnés du TPIR qui doivent purger leurs peines. Etant entendu que Kigali ne reconnaît pas les sentences prononcées par ce tribunal et donc qu’une personne condamnée ou acquitté par le TPIR qui serait livrée au Rwanda serait directement rejugée et condamnée plus lourdement ou pour d’autres chefs d’accusation, le TPIR avait compris qu’il devait trouver des pays d’accueil où ces prisonniers devaient purger leurs peines. Le Mali en a accueilli une vingtaine mais certains ont déjà purgé leurs peines et il ne reste que 17 personnes dans la prison de Koulikoro dans les faubourgs de Bamako. Parmi ces prisonniers se trouve l’ancien Premier ministre Jean Kambanda  qui fut torturé psychologiquement pour qu’il plaide coupable et qui, aujourd’hui, crie haut et fort qu’il n’est pas coupable ainsi que le colonel Bagosora qui est toujours considéré par Kigali et la presse à sa solde comme « cerveau du génocide » alors que le TPIR l’a acquitté du chef  « d’entente en vue de commettre le génocide ».  Si le Rwanda de Paul Kagame parvient à récupérer ces personnes ou à les « neutraliser », ce serait  un coup de génie.

Des signes avant-coureurs

Les observateurs ont été alertés par une protestation du gouvernement de Kigali adressée au TPIR comme quoi les prisonniers du Mali étaient « trop bien traités » et que leur lieu de détention était assimilable à un hôtel de plusieurs étoiles. Comme toujours le tribunal de l’ONU a cru sur parole les allégations de Kigali et a instruit le Mali de serrer les vices et de rendre les conditions de vie de ces prisonniers plus dures contrairement aux normes des Nations Unies. Il y a eu ensuite un très fort lobbying pour que le régime rwandais garde un œil vigilant, directement ou indirectement sur les événements du Mali pour enfin aboutir au noyautage total de tout le système sécuritaire du Mali (Commandement de la MONUSCO, Mission de Police à Bamako et ses environs). Signalons que la prison de Koulikoro où sont détenus les prisonniers hutu condamnés par le TPIR est situé dans la même localité qui abrite le Quartier Général de la force des Nations Unies que commande désormais le rwandais Kazura et donc qui devra être sous le contrôle des policiers rwandais.

Complicités en haut lieu

Il est clair que Paul Kagame bénéficie des complicités en haut lieu dans le système des Nations Unies pour que tous ses desiderata soient chaque fois honorés. Tout récemment, même le Président du nouvel organe qui a pris le relais du TPIR, « The Mechanism for International Criminals Tribunals » (MICT), le juge Theodor Meron, a exprimé, devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies, son inquiétude quant à la sécurité des 17 prisonniers hutu détenus au Mali. Mais rien n’y a fait, et c’est la voix de gouvernement de Paul Kagame qui a été entendue. Par contre, le Rwanda a demandé officiellement sa démission et nous pouvons être sûrs qu’il sera limogé sous peu suite à cette injonction de Paul Kagamé !

En définitive, nous noterons qu’au delà de la polémique soulevée après la désignation du général Kazura, dont le CV a été gonflé à dessein pour écarter les candidats tchadien et nigérian dont pourtant les troupes payent journellement un lourd tribut sur le terrain, le machiavélique régime du FPR est encore une fois parvenu à trouver une brèche dans laquelle il va passer pour se débarrasser des pauvres prisonniers hutu détenus au Mali et parmi lesquels se trouvent des symboles de ses forfaitures qui selon lui devraient disparaître sans laisser de traces. Mais hélas ! Malgré les alertes des familles de ces détenus ainsi que celles des organisations de la Société civile rwandaise, la raison du plus fort a remporté et désormais les 17 anciens responsables hutu sont aux mains de Paul Kagame grâce à la complicité de l’ONU. Cet article est destiné à avertir l’opinion que d’ici  quelques années, quand ces prisonniers seront kidnappés et ramenés au Rwanda ou éliminés  à Koulikoro même, que personne ne puisse oser dire qu’il ne savait pas la menace qui pesait sur eux!

Ghislain Mikeno
22/07/2013

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