Rwanda : Le FPR, un parti politique ou une organisation mafieuse ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 24 Juil 2013 par Gaspard Musabyimana

L’ancienne rébellion formée par les militaires rwandais qui faisaient partie de l’armée ougandaise et qui ont envahi le Rwanda dès 1990 pour le conquérir entièrement en 1994 s’était donné comme appellation : « Front Patriotique rwandais : FPR ». Après la conquête militaire du pays et l’installation d’un pouvoir qui restaurait le régime tyrannique cette fois-ci sous une forme républicaine, des seigneurs tutsi qui avaient été chassés du pouvoir par la révolution populaire de 1959, le FPR se mua officiellement en parti politique. Mais dans les faits, il  resta une organisation politico-militaire mafieuse. Près de 20 ans après ce hold-up opéré sur le Rwanda par une clique venue d’Ouganda mais pilotés et supportés par les puissances anglo-saxonnes, celle-celle-ci apparaît plus comme une bande de mafieux que des leaders politiques. Leur organisation, le FPR, est plus riches que l’Etat rwandais. Toutes les entreprises, tant étatiques que paraétatiques, appartiennent à l’organisation mafieuse qu’est le FPR. Ses dirigeants, civils ou militaires, sont les plus riches du pays et peuvent à tout moment faire main basse sur n’importe quel  bien de n’importe quel citoyen. Comme si cela ne suffisait pas, depuis quelques années, le FPR lève des impôts plus lourds que ceux de l’Etat rwandais et donc possèdent des rentrées fiscales plus importantes que celles du fisc officiel. Dernièrement, une autre trouvaille a été imposée à la population : « L’Agaciro Developpement Fund ». Ce fonds, dans lequel toute personne physique ou morale doit verser de l’argent en compétition avec ses voisins ou ses collègues de service (ou des entreprises de même taille), au risque d’être classé dans la catégorie des « inciviques » ou carrément des « ennemis du Rwanda ».  

Pour gérer son énorme butin de guerre pris tant au Rwanda qu’en RDC, l’organisation mafieuse qu’est le FPR a créé des holdings qui changent régulièrement de noms selon les époques et le souci de brouiller les cartes. C’est le cas des sociétés comme « Tristar Investissements, »  qui  à un certain moment a fait main basse sur tout ce qui compte comme richesse au Rwanda. Ces sociétés du FPR ont investi dans diverses activités : dans des banques, dans le commerce du café, dans les brasseries, dans le secteur du bâtiment, dans le secteur des assurances, dans les télécommunications, dans le secteur minier pour couvrir les pillages effectués en RDC. Toutes ces sociétés et les « hommes d’affaires » sont la propriété ou sont eux-mêmes des politiciens et militaires proches de Paul Kagame et qui se sont enrichis par le détournement des fonds publics , des aides internationales et  l’appropriation des biens privés.

Et si comme si cela ne suffisait pas, le Parlement rwandais – une simple caisse de résonnance du dictateur Kagame – est sur le point d’adopter une loi qui stipule que les biens immeubles (bâtiments et terrains) appartenant aux personnes qui vivent en dehors du pays et qui se réclament être  des réfugiés politiques, doivent être saisis  et non plus être exploités ou occupés  par les proches de ces opposants pourtant dûment mandatés par les propriétaires. Le critère qui est proposé pour exproprier cette catégorie de Rwandais est simple : être perçu comme un opposant au régime du FPR de Paul Kagame et de vivre à l’étranger.

A quoi sert toute cette fortune ?

Toute cette économie parallèle au circuit officiel a permis à cette organisation mafieuse qu’est le FPR qui se trouve en même temps détentrice du pouvoir d’Etat de disposer d’une fortune incommensurable et qui échappe à tout contrôle légal. Force est alors de se demander à quoi elle pourrait servir, hormis au bien-être de la clique au pouvoir. Les observateurs avisés noteront que le régime du FPR mènent régulièrement des actions très couteuses et dont les coûts n’émargent pas sur le budget officiel votés par le Parlement ni même légalement approuvés par lui car il ne peut en avoir connaissance. Ainsi, les opérations pour kidnapper ou assassiner des opposants exilés coûtent très cher, et certaines peuvent aller jusqu’à absorber le quart du budget national. Mais le régime du FPR en est passé maître alors que son budget national est financé à plus de 50 % par l’aide étrangère. Pour kidnapper un ancien ministre et l’emmener à Kigali dans un jet privé avec la bénédiction des autorités du pays où il vivait comme l’a été Madame Ntamabyariro Agnès qui était ministre de la justice en 1994, ou l’assassinat du ministre Seth Sendashonga au Kenya précédé par celui du Colonel Théoneste Lizinde et de l’homme d’affaire Bugirimfura à Nairobi, il faut débourser des millions. Toutes ces opérations coûtent très cher surtout pour les couvrir après leur commission car les services de polices locaux ont vite fait de classer sans suite ces affaires alors que certains meurtriers avaient été pris en flagrant délit et identifiés comme des agents des services secrets rwandais. Plus récemment, la tentative d’attentat contre le général Kayumba-Nyamwasa, ancien Chef d’Etat Major de l’armée de Kagame actuellement  exilé en Afrique du Sud n’a pu être entreprise que moyennant des dépenses énormes qui ne seront comptabilisées nulle part car provenant de la caisse de l’organisation mafieuse que constitue le FPR qui désormais est plus riche et plus puissante que l’Etat rwandais. Il en est de même des actes dénoncés par la police britannique que les agents de Kagame s’apprêtaient à commettre dans ce pays dont la gravité a justifié le fait que la police prévienne les cibles possibles et les mette en sécurité. De telles opérations menées de surcroît loin de leurs bases coûtent énormément cher. Mais le FPR n’est pas regardant quand il faut délier les cordons de la bourse tellement celle-ci est bourrée de trésor acquis indûment : butin de guerre, biens publics détournés, rackets, impôts illégaux et intempestifs, etc.

Lobbies et « contrats de communication » 

L’autre destination de la fortune amassée par le parti FPR est la corruption des médias internationaux dans ce qui est appelé par euphémisme « contrat de communication ». Le régime Kagame n’est pas regardant quand il s’agit de s’assurer qu’un média peut vendre son image ou répercuter sa propagande. Certains organes de presse l’ont compris et se sont engouffrés dans la brèche. Comme cet hebdomadaire parisien qui rivalise avec les publications du FPR lui-même pour encenser Kagame et son régime. Mais cet organe de presse connu pour être coriace dans la négociation des « contrats de communication » en est grassement rétribué que l’on le surnomme désormais « Jeune à Fric ». De même, depuis qu’il a découvert la puissance des lobbies surtout dans le monde anglo-saxon, Kagame et son parti-Etat dépensent sans compter pour les acheter. Aux Etats Unis, ces lobbies lui organisent à coup de millions de dollars des conférences-bidon dans des institutions prestigieuses comme des célèbres universités pour ne rien y dire, ou ils lui négocient un quelconque « doctorat honoris causa ». Les lobbyistes sont impressionnés par la largesse de Kagame et de son parti-Etat qu’ils se bousculent à Kigali pour obtenir des contrat de vente de son image. Aucune institution ne résiste aux effets des contrats de communication et des lobbies du régime : le PNUD et la Banque Mondiale, sans parler des institutions africaines, publient sans relire les chiffres trafiqués par Kigali concernant le nombre de la population, le PIB, le taux de croissance, la production minière (la plus forte de la région !!!),…,  chiffres tous archifaux car avancés pour des motifs politiques. Ceux qui essaient de résister à cette mascarade sont pointés du doigt par le FPR et broyés médiatiquement et professionnellement par la machine tentaculaire du FPR que constitue ses lobbies et la presse à sa solde (voir le sort de l’ancien chef du groupe des Experts des Nations Unis en RDC, Steve Hege).

Un avenir sombre

Tout indique que ce trésor de guerre de l’organisation désormais mafieuse qu’est le parti FPR, un parti qui est plus riche que le pays sur lequel il règne, serait utilisé et mal utilisé en cas de compétition politique au Rwanda. Pour s’accrocher au pouvoir sans partage, le FPR utiliserait son butin de guerre pour « neutraliser », au propre comme au figuré, ses challengers éventuels ou en cas d’alternance démocratique réussi, il aurait  tout le loisir de mettre les bâtons dans les roues du nouveau régime démocratique ayant plus de moyens que l’Etat rwandais lui-même. On ne peut donc pas penser à l’avenir du Rwanda positivement sans aussi penser comment l’hydre que constitue l’organisation mafieuse du FPR serait décapité.

Jane Mugeni
24/07/2013

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