Guerre à l’Est de la RDCongo : le problème…c’est Paul Kagame !
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Rubrique : Actualité


Publié le 4 Sep 2013 par Gaspard Musabyimana

Il y a une année, le président rwandais, Paul Kagame, avait soutenu que c’est la RDC qui constituait un « problème » pour la sécurité et le développement de la sous-région des Grands Lacs. Il accusait notre pays d’être le réservoir des « forces négatives » qui entretenaient l’insécurité non seulement dans sa partie Est, mais aussi en Ouganda, au Rwanda et au Burundi. D’où, à son avis accusations portées par le panel des experts des Nations Unies contre son pays et l’Ouganda, et les accusant de soutenir  politiquement, militairement et financièrement les rebelles du M23 n’avaient aucun fondement.
 

En d’autres termes, la RD Congo, incapable de gérer ses groupes armés, est devenue un danger permanent non seulement pour ses propres citoyens mais aussi pour ceux des pays voisins, dont elle gêne considérablement les progrès socio-économiques. Dans l’entendement de Kagame, il était injuste d’impliquer l’Ouganda et le Rwanda dans une crise multiforme congolo-congolaise. Il ne cessait de recommander à la communauté internationale de privilégier une solution politique car convaincu que “option militaire, même pilotée par les forces onusiennes, ne donnerait aucun résultat.

Douze mois après une thèse qui paraissait tenir la route, surtout au vu du contentieux politique existant entre Kinshasa et le M23, sur fond de l’Accord du 23 mars 2009 et qui devait être vidé aux négociations de Kampala entre frères ennemis, le masque de Kagame est tombé. Il s’est surpris à présent en train de menacer d’occuper militairement la ville de Goma, sous prétexte de riposter à la pluie de bombes qui tomberaient sur son pays et dont les artilleurs seraient des militaires congolais. Le piège de Kagame est archiconnu : en poussant le M23 à lancer des obus en direction, de Gisenyi et des villages rwandais situés à la frontière avec la RD Congo et en faisant pleuvoir d’autres bombes sur Goma, il compte sur la nervosité des autorités congolaises pour obtenir une situation de guerre entre les deux pays voisins.

Dans un tel scénario, il serait fondé à justifier, auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU et de ses parrains occidentaux, son droit de légitime défense. En fait, depuis que la Brigade d’intervention a commencé à se déployer effectivement dans la partie Est de notre pays et que la Monusco a résolu de faire échec à toute progression du M23 vers Goma, Paul Kagame se sent mal dans sa peau de parrain de ce mouvement rebelle. Son activisme au niveau du Conseil de Sécurité pour bloquer toute résolution en rapport avec la situation sécuritaire de l’Est du Congo a fini par lé trahir et le présenter comme le « problème » qui empêche notre pays de retrouver une paix durable.

Le maître de Kigali au cœur des crises congolaises

En réalité, c’est depuis avril 1994, date de l’invasion du Nord-Kivu par des réfugiés rwandais fuyant les représailles de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) contre l’ethnie Hutu accusée d’être à la base du génocide Tutsi, que Paul Kagame se trouve au cœur des crises congolaises. En effet, sous prétexte de démanteler les camps des réfugiés où auraient trouvé refuge des miliciens Hutu génocidaires, le maître de Kigali avait instrumentalisé la rébellion de l’AFDL (Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo) en vue de renverser Mobutu. Mais, en marge de la chute de Mobutu, il en avait profité pour infiltrer les institutions, l’armée, la police et les services des renseignements congolais et aménager de nouvelles colonies de peuplement pour ses compatriotes au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, sur le flanc de la frontière commune. Il était tellement sûr d’avoir mis dans sa poche Laurent Désiré Kabila et ses compagnons qu’il n’a pas compris leur velléité d’indépendance en 1998.

D’où, l’agression de la RDC à travers plusieurs mouvements rebelles, dont le RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie), dans le dessein inavoué de perpétuer l’occupation militaire du pays et les colonies rwandaises de peuplement. Et, chaque fois que les Congolais tentent de retrouver la fibre patriotique, notamment au retour du Dialogue Intercongolais ou par le biais des élections de 2006 et 2011, Paul Kagame s’organise pour susciter, de toutes pièces, une rébellion animée par ses pions solidement ancrés dans le commandement de l’armée, de la police, des services spéciaux et les institutions de la République. Qu’on se souvienne des feuilletons Nkunda-Mutebusi en juin 2004 à Bukavu, Nkunda-Ntaganda avec la CNDP en 2007-2009 et M23 de Runiga-Makenga depuis avril –mai 2012.

Sommets inutiles 

Au regard de l’instabilité entretenue parle Rwanda dans la partie Est du pays depuis près de 20 ans, avec des forces négatives difficiles à neutraliser, des administrations parallèles, les pillages planifiés des ressources naturelles congolaises, l’élargissement des territoires occupés par des peuplades étrangères, le rêve de Paul Kagame de créer une Républiquette autonome au Nord-Kivu ne fait plus l’ombre d’un doute. En dépit des sommets à répétition organisés tant au niveau de l’Union Africaine, de la CIRGL (Conférence Internationale sr la Région des Grands Lacs), de la SADC (Communauté de Développement de l’Afrique Australe) que de structures informelles  contre la Tripartite RDC-RSA-Angola, rien ne change sur le front militaire de l’Est.

Paul Kagame semble prêt à faire la guerre à tous les pays qui manifestent l’intention de s’investir dans la recherche d’une solution durable à la guerre de l’Est. Présentement, il a pris en grippe la Tanzanie, qui a fourni un important contingent à la Brigade Internationale des Nations Unies et dont le président avait émis le vœu de voir Kigali démocratiser son régime en organisant un dialogue interwandais avec la 5articipation de son opposition intérieure et extérieure, dont les responsables politiques des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda).

Le président rwandais, on le sait, ne met pas les gants lorsqu’il est mécontent d’une initiative ou d’une résolution du Conseil de Sécurité allant dans le sens de la pacification et de la stabilisation de l’Est du Congo. C’est lui donc le principal problème congolais et les autorités congolaises, au lieu de se laisser distraire par des sommets et des résolutions de l’ONU, devraient réfléchir, désormais, aux réponses pratiques qu’exige l’agenda caché du maître de Kigali.

Kimp
02/09/2013

Source : Le Phare

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