Hommage à Georges-Henri Lévesque, fondateur de l’UNR
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Rubrique : Actualité


Publié le 5 Nov 2013 par Gaspard Musabyimana

Il y a cinquante ans était fondée, à Butare, une petite ville du sud du pays, l’Université nationale du Rwanda (UNR).

Nous sommes  à l’automne 1961. Le Rwanda est encore sous l’autorité coloniale belge mais  prépare son indépendance dans le cadre d’un régime d’autonomie interne qui confère certaines responsabilités à des acteurs politiques nationaux. Profitant de la visite pastorale que le Révérend Père Rondeau, alors Provincial de l’Ordre des Dominicains, rendait à la petite communauté des Dominicains canadiens établis depuis quelques années au Rwanda, les nouvelles autorités rwandaises, à l’initiative de Grégoire Kayibanda, à l’époque Premier ministre et ministre de l’Éducation, lancent un appel pressant à l’ordre des Dominicains pour les épauler dans l’organisation de l’enseignement supérieur, alors inexistant. Un clin d’œil est  ici adressé non seulement à un pays de culture francophone et chrétienne, mais aussi à un pays sans passé colonial, ces deux aspects étant perçus par les autorités rwandaises comme un gage pour un lancement rapide d’une université d’État, de type non-confessionnel mais s’inspirant de l’humanisme chrétien.

Le projet est confié au Père Georges-Henri Lévesque. Mettant à profit son vaste réseau de contacts dans les milieux académiques, techniques et financiers mais aussi politiques et de coopération internationale, le Père Lévesque se met à l’œuvre. Il quitte son Québec natal et débarque au Rwanda en janvier 1963, quelques mois seulement après l’accession du pays à l’indépendance. Le 3 novembre 1963, l’Université nationale du Rwanda ouvre ses portes. Tout naturellement, le Père Lévesque en devient le premier Recteur. Il le restera jusqu’en 1972.

La mission que se voit confier la jeune université est comprise dans cette devise que lui choisit son père fondateur, de concert avec les autorités politiques du pays : Illuminatio et Salus Populi. Lumière et salut du peuple, c’est-à-dire un savoir qui soit intégré dans son milieu pour servir la cause du mieux-être du peuple. Cela se traduira, notamment, par les organismes de recherche appliquée qui, dans la suite, vont se créer autour de ce creuset du savoir.

Dès sa fondation, l’UNR bénéficie d’une aide aussi généreuse que multiforme de la part du Canada : corps professoral, appui technique et financier. Au Canada et tout particulièrement au Québec, plusieurs établissements universitaires seront associés à la coopération avec l’UNR, notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil des étudiants venus parfaire leur formation au niveau des deuxième et troisième cycles. Il est juste d’appeler l’UNR, un projet rwando-canadien et les mots « Canada » et « Québec » – et en particulier le nom du Père George-Henri Lévesque – resteront à jamais associés à ce projet.

Le bilan de ce projet est largement positif. Qu’il nous suffise d’en relever deux ou trois aspects.  D’abord au niveau de la formation. Sur cinquante ans, l’UNR a formé plusieurs milliers de lauréats et a essaimé dans plusieurs secteurs: santé, économie, développement rural, enseignement, entreprenariat, pratique de droit, recherche scientifique etc. Ces lauréats œuvrent dans tous les domaines et à différents niveaux : politiciens; cadres de l’administration publique et du secteur privé. Ensuite au niveau de la préparation de la relève. À l’ouverture de la première année académique, l’UNR ne compte qu’un seul professeur rwandais. Tout le personnel administratif et technique est composé d’expatriés. À son dixième anniversaire, 20% du corps professoral sont des nationaux; le Père Levesque lui-même passe le témoin à un Rwandais. À son vingt-cinquième anniversaire, tout le corps professoral est pratiquement rwandais et toute l’administration de l’université est assurée par des nationaux. Aujourd’hui, le Rwanda compte plus d’une dizaine d’établissements d’enseignement supérieur dont une grande partie du corps professoral sont des lauréats de l’UNR. Mais le bilan de ce projet ne serait pas complet si l’on ne parlait pas de son effet indirect : la coopération canado-rwandaise elle-même. Peu de gens se rappellent que la coopération entre le Canada et le Rwanda s’est développée à partir du projet « Université nationale du Rwanda ». Ce projet était promis à un bel avenir. D’embryonnaire en 1963, cette coopération a connu un essor soutenu et s’est diversifiée au cours des trois décennies suivantes. Au milieu des années 80, le Rwanda était devenu pour l’ACDI (l’ancienne Agence canadienne de développement international), un pays modèle. Le Canada était passé au premier rang des donateurs du Rwanda devant les pays comme la Belgique, la France ou l’Allemagne et même devant la Banque mondiale.

Alors que nous célébrons les festivités marquant le Cinquantenaire de sa fondation, il convient de rendre un hommage soutenu aux gouvernements du Québec et du Canada, aux établissements d’enseignement supérieur du Québec, ainsi qu’aux nombreux Québécoises et Québécois qui se sont investis sans compter dans l’œuvre de coopération avec l’Université nationale du Rwanda.

Dans la perspective de faire bénéficier les jeunes générations de cette générosité et ainsi pérenniser l’œuvre du Père Lévesque, les ancien-ne-s étudiant-e-s de l’UNR vivant au Canada portent le projet de mettre sur pied un fonds de bourse d’études « Georges-Henri Lévesque » à l’intention des jeunes étudiant-e-s rwandais-e-s poursuivant leurs études universitaires au Rwanda.

Puisse ce Jubilé d’or être un tremplin vers un avenir radieux qui verra se concrétiser d’autres  projets tournés vers un horizon porteur de progrès et d’innovation, en harmonie avec la devise en lettres d’or que le Père Lévesque a assignée à l’UNR.

Dr. Augustin Baziramwabo, fonctionnaire au Ministère des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada, Président du Comité de coordination des festivités du Jubilé d’or de l’UNR

Dr. Donatille Mujawamariya, professeure à l’Université d’Ottawa, Co-présidente du Comité de coordination des festivités du Jubilé d’or de l’UNR.

Une version de cet article a été publié sur  : Le devoir

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