La condamnation de V. Ingabire : pas de justice équitable au Rwanda
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Rubrique : Actualité


Publié le 16 Déc 2013 par Gaspard Musabyimana

Depuis quelques années, le régime rwandais parvient, ici et là, à berner certains pays, même démocratiques, en leur demandant de lui livrer, mains liées, ses opposants exilés se trouvant sur leurs territoires. Par des campagnes mensongères bien huilées doublées de puissants lobbies grassement rémunérés, le régime de Paul Kagamé est parvenu à semer le doute sur la nature de « sa justice » et dans certains cas, à convaincre les plus naïfs parmi ces pays  que ses Cours et Tribunaux peuvent mener des procès équitablement. Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) sis à Arusha en Tanzanie a apporté de l’eau au moulin du régime quand, dans sa stratégie de fin de mandat, il s’est résolu à transférer à Kigali deux détenus accusés de génocide qu’il ne pourrait pas juger dans les délais. Ce tribunal, mis en place par l’ONU et qui doit fermer ses portes, a aussi transmis à Kigali les dossiers des inculpés encore non appréhendés. Ces transferts pour cause de fin de mandat sont habilement présentés par le régime comme une preuve de reconnaissance par les tribunaux internationaux que son système judiciaire est fiable et que donc les Etats devaient suivre l’exemple du TPIR et livrer les opposants réclamés par Kigali. C’est ainsi que certains pays ont cédé à cette demande. D’autres sont soumis à de fortes pressions pour qu’ils fassent de même.

En 2010, l’opposante politique Victoire Ingabire, rentrée d’exil de son propre gré, fut,  après quelques mois,  arrêtée et détenue dans la sinistre prison centrale de Kigali. Un simulacre de procès fut organisé devant la Haute Cour de Kigali devant laquelle des faux témoins recrutés par les services secrets militaires (DMI)  ont été présentés par le procureur  comme des anciens collaborateurs de l’opposante. Pourtant elle ne les connaissait même pas. Ils sont venus plaider « coupables » et elle fut condamnée à 8 ans de prison. Voulant aller au bout de la procédure, Victoire Ingabire a interjeté appel devant la Cour Suprême, mais sans se faire aucune illusion, car dans un de ses discours, le président Kagame lui-même avait publiquement déclaré, avant même le début du procès, que l’opposante était coupable et que donc elle devait être condamnée. Entre temps, ceux qui ont été  présentés comme des co-accusés de Victoire Ingabire et comme des officiers des FDLR et qui ont plaidé « coupables » de tous les chefs d’accusations portés contre l’opposante, ont été mis en liberté.

Les plus sceptiques ont accordé le bénéfice du doute à la « justice » rwandaise en espérant que la Cour Suprême réparerait l’injustice et laisserait partir libre l’opposante qui n’a commis d’autre délit que celui d’avoir une autre conviction pour l’exercice du pouvoir que celle de l’actuel Président Paul Kagame.  Après plusieurs reports injustifiés, le verdict a été enfin prononcé vendredi 13 décembre 2013. Sans surprise, la Cour Suprême a alourdi la peine infligée par la Haute Cour à l’opposante Victoire Ingabire et l’a condamnée à 15 ans d’emprisonnement.

Avec ce scandale judiciaire du siècle, ceux qui croyaient encore que dans le pays de Paul Kagame pourrait exister un système judiciaire selon les normes en vigueur dans des Etats civilisés, en auront pour leurs grades. Au Rwanda, la Loi c’est Kagame ; la Justice c’est Kagame ; le crime c’est s’opposer à Kagame ; le criminel, le terroriste, c’est l’opposant à Kagame, etc… Pour ceux qui en doutaient encore, le procès inique intenté à l’opposante Victoire Ingabire est là pour les convaincre. Certains pays dits démocratiques devraient rougir de honte, d’autres devraient refuser de céder aux tentations du régime dictatorial au risque de figurer plus tard dans les manuels d’histoire comme ayant été « complices d’une dictature innommable qui régna sur le Rwanda de 1994 à… ».

Honte aux pays qui ont extradé les exilés

Les Etats Unis, le Canada et la Norvège ont facilement cédé aux sirènes du régime de Paul Kagame et ont livré des rwandais qu’il leur réclamait. Cela n’est pas surprenant quand on sait que certaines de ces grandes puissances ont créé et accompagné la rébellion du FPR d’Ouganda jusqu’à Kigali. Il est donc tout à fait naturel qu’elles contribuent à sa pérennisation même si pour ça il faut sacrifier des innocents en foulant aux pieds les principes élémentaires des droits de l’homme. Les autorités judiciaires de ces pays devraient rougir de honte. Le procès de Victoire Ingabire vient de démontrer que le Rwanda actuel ne peut pas rendre justice. Espérons que le scandale de son procès ouvrira les yeux aux naïfs et qu’ils ne vont pas récidiver.

Avertissement aux pays sous fortes pressions pour livrer les opposants

Des pays comme la France, la Grande Bretagne, les Pays Bas, l’Allemagne, la Suède et le Danemark sont soumis à de fortes pressions pour qu’ils livrent les opposants vivant sur leurs sols et réclamés par le régime de Kigali. Ces pressions sont d’autant plus intenses que le régime a réussi à avoir des agents jusque même dans les systèmes judiciaires de ces pays (juges d’instruction, procureurs, policiers,…). Jusqu’à présents, les juges chargés de prononcer la déportation des opposants à Paul Kagame au Rwanda résistent cahin-caha, mais certains seraient prêts à céder aux pressions devenues insupportables. Espérons que le scandale du procès de l’opposante Victoire Ingabire leur donnera le courage de réaffirmer qu’au Rwanda, les déportés ne pourraient pas obtenir des procès équitables et s’y maintenir mordicus malgré les énormes pressions politiques et médiatiques qui continueront de peser sur eux.

Jane Mugeni
16/12/2013

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