Rwanda : Assassinat du Colonel Patrick Karegeya. Quels enseignements ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 6 Jan 2014 par Gaspard Musabyimana

Le 01 janvier 2014 dans l’après-midi, la nouvelle de l’assassinat du colonel Patrick Karegeya qui vivait en Afrique du Sud fut répandue comme une trainée de poudre. Son corps inanimé venait d’être retrouvé dans une chambre de l’hôtel Michelangelo Towers sis dans le quartier huppé de Johannesburg. Ces proches révéleront qu’il s’était rendu à cet hôtel le soir du 31 décembre 2013 pour y rencontrer un de ses contacts venu du Rwanda,  un certain Apollo Kiririsi et avec qui ils s’étaient donnés rendez-vous. La police sud africaine se contenta de dire que les enquêtes se poursuivaient mais précisait que le colonel Patrick Karegeya avait été retrouvé étranglé et que son corps inanimé était étendu sur le lit de cette chambre de l’hôtel Michelangelo Towers où il était descendu la veille. Il avait été dépouillé de ses téléphones portables.

Qui était Patrick Karegeya ?

Jusqu’en 2014, Patrick Karegeya avait été Chef des Renseignements Extérieurs du régime du Front Patriotique Rwandais (FPR) qui a conquis militairement le pouvoir en 1994 venant d’Ouganda. Comme la plupart des combattants tutsis du FPR, Patrick Karegeya avait servi dans l’armée ougandaise avant de rejoindre le FPR en 1990. Il gravira alors tous les échelons de la hiérarchie militaire de façon qu’en 2004 il avait atteint le grade de colonel. Il faisait donc, jusqu’à cette date,  partie du cercle restreint de l’élite tutsi née ou ayant grandi en Ouganda et qui contrôle le pouvoir tant politique qu’économique et surtout militaire au Rwanda d’après 1994. Il est subitement tombé en disgrâce sans que l’on sache exactement pourquoi et a  subi plusieurs sévices dont des détentions dans des lieux secrets, la dégradation, avant d’être  rayé des cadres militaires. Il parviendra à quitter le pays et trouver asile en Afrique du Sud. C’est d’Afrique du Sud qu’avec un autre ancien officier du FPR le général Kayumba Nyamwasa, lui aussi exilé dans ce pays, avec d’autres anciens dignitaires du FPR, ils fondèrent le « Rwanda National Congress »  (RNC) un parti politique qui entend mener un combat démocratique pour débarrasser le Rwanda de la dictature du FPR personnifiée par le général-président Paul Kagame. Dès le lancement de leur mouvement politique, le RNC, les deux compagnons d’infortune connaîtront des ennuis divers de leur exil sud africain. Le général Kayumba Nyamwasa, ancien Chef d’Etat-major de l’Armée Patriotique Rwandaise échappera à deux tentatives d’assassinat. L’affaire est toujours en cours devant les tribunaux sud africains mais les premiers éléments d’enquêtes montrèrent clairement que le régime de Kigali fut le commanditaire de ces tentatives d’assassinat. Ce 31 décembre2013, le colonel Karegeya n’a donc pas eu autant de chance que son collègue Kayumba Nyamwasa et est donc tombé dans les mains des tueurs téléguidés de Kigali.

Qu’implique cette croisade meurtrière contre les anciens collaborateurs de Paul Kagame ?

Aussi paradoxale que ceci peut paraître, Paul Kagame craint plus les opposants issus des rangs du FPR et de ce cercle restreint des tutsi venus d’Ouganda que toute autre opposition surtout hutu. Il sait qu’il peut à tout moment se débarrasser de n’importe quelle personnalité hutu sans même devoir faire recours à son élimination physique mais tout simplement en l’étiquetant « génocidaire ». On sait que par le passé il n’avait pas hésité à éliminer les Hutu ayant appartenu au FPR avant de s’en écarter comme l’ancien ministre Seth Sendashonga ou le colonel Théoneste Lizinde tous les deux abattus dans les rues de Nairobi la capitale du  Kenya à la fin des années 90. Il semble que depuis lors, Paul Kagame ait réservé à ses opposants des deux bords (les Hutu comme les Tutsi) de les éliminer pour les uns par l’accusation de « génocidaires » et s’il le faut physiquement et pour les autres purement et simplement physiquement car l’accusation de « génocidaires »  ne prendrait pas pour ses frères tutsi. La seule mesure pour les faire taire est de les tuer. Au-delà des divergences politiques qui opposent Kagame à certains de ses anciens camarades et qui le pousserait à vouloir coûte que coûte les faire taire, il faudrait aussi y voir la dimension internationale du cas rwandais. Certaines puissances ayant été complices de Paul Kagame et craignant que certains secrets ne soient révélés par certains qui les détiennent et qui ne sont plus sous le contrôle de leur poulain, le pousserait à tout faire pour faire taire ces voix. Ce n’est peut-être pas Kagamé seul qui a intérêt à ce que ses anciens proches qui l’ont fui soient éliminés avant qu’ils ne parlent. Ainsi depuis deux ans, le colonel Patrick Karegeya clamait partout qu’il voudrait témoigner devant le juge français dans le cadre de l’attentat du 6 avril 1994 car il affirmait connaître exactement le « tracing » des missiles jusqu’à leur site de tir… mais en vain. Il a été tué le 31 décembre 2013 et donc ne parlera jamais.

D’où le dictateur Paul Kagame tire-t-il son impunité et pourquoi le silence de la communauté internationale face à ses crimes ?

Paul Kagame est dans ce domaine particulièrement bien conseillé. Il s’est, pour ce faire, fait entourer de personnalités du monde de la presse et des finances , deux domaines qui à eux seuls mènent le monde au bout de leur baguette. Il a mis la presse internationale sous son boisseau en achetant certains organes connus pour leurs rapports avec l’argent (comme Jeune Afrique) ou en engageant directement des journalistes chargés de promouvoir son image (comme l’ougandais Andrew Mwendwa) ou alors en associant dans son fameux « Presidential Advisers Council » (PAC), le véritable gouvernement qui dirige le Rwanda, des magnats de la presse internationale. C’est dans ce gouvernement-bis (PAC) que l’on retrouve les milliardaires qui sont à la tête de la finance internationale, ou des anciens dirigeants des puissances capitalistes comme Bill Clinton ou Tony Blair. Avec une protection pareille, toute critique contre le dictateur Paul Kagame sera inaudible et quand bien même elle passerait, elle serait qualifiée de non sérieuse et traitée comme telle par les décideurs de ce monde.

Des précédents

Face à ce sombre tableau, les Rwandais peuvent penser que leur cas est unique et qu’ils sont donc condamnés à subir la dictature de Paul Kagamé jusqu’à la fin des temps.  Pourtant, l’histoire nous apprend que plusieurs dictateurs ont bénéficié du même traitement de la part des puissances occidentales avant d’être lâchés par ces mêmes puissances. Sans remonter plus loin dans l’Histoire, le maréchal Mobutu du Zaïre fut, pendant une longue période, choyé par les mêmes puissances qui ont précipité sa fin dans les conditions que nous savons. De même Saddam Hussein ne pouvait jamais s’imaginer qu’il serait un jour pendu sur ordre de la même Amérique qui fut longtemps son allié contre ses voisins. Plus près de nous, l’égyptien Moubarak se demande encore s’il est tombé sur la tête quand il découvre que c’est l’Occident, qui a encouragé et applaudi sa chute, lui qui a œuvré pour ce même occident contre vents et marrés au Moyen Orient pendant quatre décennies.

Un cri d’espoir

Paul Kagame est une créature de l’Occident. A lui seul il ne peut rien ni au Rwanda et encore moins dans la région. Il n’est pas de la trempe d’un Mobutu, ou d’un Saddam Hussein et encore moins d’un Hosni Moubarak lâchés par les mêmes Occidentaux laissant les peuples conduire leurs destinées. Il n’arrive même pas à leurs chevilles. Le moment n’est donc pas au défaitisme mais le peuple doit garder l’espoir que l’accident de l’histoire que constitue le FPR de Paul Kagame sur le chemin du peuple rwandais sera bientôt surmonté et qu’il ne sera plus qu’un triste souvenir.

Emmanuel Neretse
06/10/2014

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