Rwanda, urgence d’une justice pour toutes les victimes
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Rubrique : Actualité


Publié le 21 Mar 2014 par Gaspard Musabyimana

Je suis convaincu que si le FPR l’avait voulu, le génocide n’aurait pas dû avoir lieu. Je suis convaincu que si même le gouvernement et les Interahamwe avaient envisagé d’exterminer les Tutsi dans le cadre du génocide, l’APR venait d’acquérir la puissance qui lui permettait de réduire les dégâts d’un million de morts à moins de cent mille. Ce témoignage d’Abdul Ruzibiza (paix à son âme), a le mérite de souligner la responsabilité partagée des uns et des autres dans le génocide rwandais. Il résume clairement la thèse du double génocide des Tutsi et des Hutu au Rwanda. L’assassinat du président Habyarimana (fait banal et non bénévole) et le déclenchement du génocide sont deux événements malheureux qui se tiennent comme le pantalon et la ceinture. Cyniquement, la formule est claire et nette : « si Habyarimana a planifié le génocide, Kagame a permis sa réalisation ».

Aujourd’hui plus qu’hier, les assassinats des proches du président Paul Kagame depuis le colonel Théoneste Lizinde jusqu’à Patrick Karegeya en exil et la récente attaque manquée du domicile du général rwandais Kayumba Nyamwasa en exil en Afrique du Sud sont des éléments probants qui concourent à la thèse de la machine FPR qui massacre les gens de toutes les ethnies au Rwanda.

Le décor ayant été planté, vingt (20) ans après le génocide (le 6 avril 1994) quel bilan établir ? Plutôt que le bilan, la réflexion devrait porter sur l’avenir (le devenir) du Rwanda, vingt années après. Mais l’avenir du Rwanda ne saurait se construire sans la prise en compte de la politique de (bon/mauvais) voisinage dans ses relations transfrontalières avec ses voisins.  Car, le régime Kagame a causé plus du mal que le seul génocide, dans sa politique d’expansionnisme militaro-économique, adoptant une posture victimaire poussée à l’extrême.

Vingt après le génocide rwandais, qu’a-t-on entrepris pour que les Rwandais se réconcilient avec eux-mêmes et avec leurs voisins ? Vingt ans après, la politique et l’attitude de la communauté internationale envers le Rwanda n’a jamais changé ni évolué, celle de considérer tout Hutu comme potentiel génocidaire honni, pourchassé par les Cours et tribunaux pour lui donner un visage humain et de respect ou par des obus et des roquettes comme du gibier. Se faisant, éloignant et excluant volontairement toute possibilité de dialogue et de réconciliation. Le régime à Kigali est adulé, dorloté et adoubé par les Grandes puissances anglo-saxonnes.

La culpabilité et le parti pris d’une certaine communauté internationale en faveur du régime Kagame lui ont permis d’aiguiser l’appétit, déstabilisant ainsi la RDCongo à travers des milices armées instrumentalisées sous couvert des luttes identitaires.

Vingt ans après le génocide qui a fait officiellement 800 mille morts au Rwanda, la justice des vainqueurs agissant, les populations congolaises comptent indéfiniment, à leur tour leur morts. Plus de 6 millions, dit-on. Toute la partie est du Congo, livrée à la violence inouïe, vit entre les déplacés, les réfugiés, les ONG et les Casques bleus. Un cocktail impossible pour imposer la paix. Le régime Kagame a semé la haine dans la région devenant une terre de conflits permanente où l’économie criminelle prospère allègrement.

Une réconciliation véritable dans la justice pour toutes les victimes

Se réconcilier, écrivait un homme politique rwandais, c’est se dire la vérité et déboucher obligatoirement sur la contrition chez le vrai coupable et au pardon chez la vraie victime.

Vingt ans après, il nous semble que l’urgence s’impose pour mettre fin à ce terrible cauchemar fait des massacres et qui creuse davantage le fossé entre Rwandais au lieu de les rapprocher mais également entre Rwandais et Congolais. Mais la première urgence ne serait-elle pas le droit de savoir et de dire toute la vérité sur les causes du drame, les responsabilités des uns et des autres afin de s’engager résolument sur la voie de la réconciliation ?

Vingt ans après le génocide, le Rwanda a besoin de la réconciliation entre les différentes composantes de son peuple. Et il ne peut y avoir une réconciliation véritable au Rwanda tant qu’il n’y a pas de justice pour toutes les victimes. Faire autrement c’est feindre d’oublier que le régime Kagame vit dans un confort éphémère. Le mensonge et l’hypocrisie doivent cesser d’être le socle de la justice. Livrer cent combats et remporter cent victoires, c’est bien mais ce n’est pas le meilleur, enseigne Sun Zi, (car) jamais le ciel n’approuva l’effusion du sang humain.

Nicaise Kibel’Bel Oka
21/03/2014

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