Que cachent les discours de P. Kagame et Y. Museveni le 07/04/2014 à Kigali ? – Analyse.
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Rubrique : Actualité


Publié le 9 Avr 2014 par Gaspard Musabyimana

Le 07 avril 2014, plusieurs personnalités du monde s’étaient jointes à Paul Kagame et à son gouvernement pour commémorer le 20° anniversaire du génocide rwandais.

Parmi les chefs d’Etats présents, l’ougandais Yoweri Museveni figurait au premier plan d’autant plus que l’on connaît le rôle qu’il a joué dans la conquête du Rwanda par son ancien officier des renseignements Paul Kagame. Son discours de circonstance, comme celui de son ancien subordonné dans l’armée ougandaise devenu depuis 1994 son collègue, était donc très attendu.

Paul Kagame parlant « français » !

Après sa diatribe contre la France dans une interview publiée la veille dans l’hebdomadaire « Jeune Afrique », le président rwandais a continué sur sa lancée dans son discours public au stade Amahoro. Il avait alors accusé la France d’avoir pris une part active dans la préparation et l’exécution du génocide, ce que le gouvernement français avait alors jugé inacceptable et avait annulé sa participation à ces commémorations où elle devait être représentée par la Ministre de la Justice Christine Taubira. Soulignons en passant que celle-ci est connue pour ses sympathies et son admiration sans bornes au général rwandais Paul Kagame de façon qu ‘elle n’avait pas hésité à aller témoigner à charge contre un journaliste d’investigation bien connu, Pierre Péan, qui avait osé dénoncer, dans un de ses livres les mensonges de Paul Kagame. Il est vrai que madame Taubira n’était pas encore à l’époque Ministre de la République et que le journaliste Pierre Péan a gagné le procès haut la main. Mais cette épisode en dit long sur l’état de l’influence et de la pénétration des lobbies pro-Kagame en France jusqu’aux plus hauts sommet de l’Etat. Sans représentant de la France dans l’assistance car l’Ambassadeur de France à Kigali s’était vu retirer son accréditation par le gouvernement rwandais, Paul Kagame s’est livré à une attaque en règle aux colonisateurs et aux missionnaires à qui il attribue tous les maux dont a souffert le Rwanda depuis leurs arrivées dans la région au 19° siècle jusqu’au génocide de 1994. Faisant allusion aux dénégations françaises quant à sa participation au génocide, Kagame a alors étonné et surpris plus d’un en prononçant dans son discours quatre mots en français : « …Les faits sont têtus ». Sachant que le piètre orateur Paul Kagame qui, même en anglais, sa langue de formation, ou le Kinyarwanda sa langue « maternelle », se fait difficilement comprendre, on s’imagine les énormes efforts qui ont été fournis par les orthophonistes et autres experts en communication pour lui faire lâcher en public ces quatre mots magiques d’une langue que non seulement il ne connaît pas mais aussi que par principe il abhorre.

Les faits sont têtus : Kagame ne croyait pas si bien dire

En reconnaissant que les faits sont effectivement têtus, le président rwandais, qui croyait ainsi intimider la France, ne savait pas qu’il se tirait une balle dans le pied. En effet désormais, chaque fois qu’un de ses innombrables crimes aujourd’hui volontairement occultés sera mis au grand jour, on pourra lui faire remarquer que « les faits sont vraiment têtus ». Quand il ne sera plus tabou de dire que c’est lui qui, venant de l’armée ougandaise, a mené la guerre qui a dévasté le Rwanda depuis 1990, guerre qui a déplacé plus d’un million de pauvres paysans chassés de leurs terres des préfectures de Byumba et Ruhengeri, que c’est lui qui ordonnait les assassinats et les actes de terrorisme sur toute l’étendue de la République depuis les années 1992, quand les preuves de sa mauvaise foi lors des négociations d’Arusha, que sous la complicité de Roméo Dallaire, il a militarisé Kigali après l’envoi d’un bataillon dans la capitale en décembre 1993 en préparation de l’assaut final qu’il allait lancer, qu’il a fait tiré sur l’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais le soir du 06 avril 1994, quand les archives de l’ONU montreront que c’est lui qui a donné l’ultimatum aux forces étrangères de quitter le Rwanda dès le lancement de son offensive en avril 1994, qu’il a envoyé une délégation au Conseil de Sécurité de l’ONU pour demander qu’aucune force ne doit pas être envoyée au Rwanda avant sa prise du pouvoir,…alors on pourra lui répliquer aussi : « Monsieur le président, souvenez-vous de ce que vous aviez dit au stade Amahoro le 07/04/2014 : "Les faits sont têtus !" »

Discours de Museveni ou Acte de naissance « officiel » de l’Empire Hima-Tutsi ?

Dans les années ’60 un document faisant état d’un projet d’installation d’un empire hima-tutsi dans la région des Grands-Lacs a circulé. Mais peu d’observateurs y ont fait attention car il était plutôt considéré comme un tract de mauvais goût provenant des fantasmes de certains intellectuels en mal de sensations. Après la conquête de l’Ouganda par le Hima Museveni épaulé par les tutsi Rwandais (1982-1986), certains se souvinrent de ce projet. Quand le FPR conquit à son tour le Rwanda (1990-1994), les moins sceptiques étaient convaincus que le plan était en train de se réaliser.

Après avoir faits quelques rappels ethno historiques de la dite région, il a souligné que désormais la région est dans les mains des forces patriotiques (entendez par là les hima-tusi-nilo-hamites) et que les autres peuples avaient été définitivement vaincus. Trois décennies après le début de cette aventure de bâtir cet empire, il tire le bilan en disant qu’ils sont plus que jamais forts tant militairement politiquement que économiquement.

Parlera-t-on encore “de mythe d’Empire Hima-Tutsi” ou désormais d’une réalité géopolitique palpable dès lors que son concepteur et batiseur Yoweri Kaguta Museveni vient d’en definer les contours physiques?

Bruxelles le 08/4/2014
Emmanuel Neretse

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