Le groupe ethnique tutsi livré aux bourreaux par la décision du Conseil de Sécurité du 21/4/1994
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Rubrique : Actualité


Publié le 22 Avr 2014 par Gaspard Musabyimana

Lettre ouverte

Bonn, le 6 avril 2014

Dr. Frank-Walter Steinmeier

Ministre Fédéral  des Affaires étrangères

Werderscher Markt 1

D-10117 Berlin


Monsieur le Ministre,

Vendredi dernier, vous avez parlé dans un discours impressionnant, du début du génocide au Rwanda il y a 20 ans. C’est à juste titre que vous avez rappelé à la communauté internationale de veiller à ce que les évènements du 6 avril au 14 juillet 19994 ne se reproduisent jamais.

Ce fût un génocide, mais il n’est pas admissible – et vous aviez raison de rappeler cela – que cela soit utilisé en Allemagne pour relativiser l’extermination des juifs par l’Etat allemand.

Vous êtes à remercier pour avoir rappelé que le génocide aurait pu être évité. Le groupe ethnique tutsi a été sciemment livré aux bourreaux par la décision du Conseil de Sécurité des Nations Unies du 21 avril 1994 avec le retrait des casques bleus. C’est la décision la plus honteuse de cette organisation mondiale depuis sa création.

Mais il serait utile de clarifier et d’informer les Allemands des évènements sur la façon  dont cette décision a été prise. Sur ordre de l’administration Clinton et avec la participation active de la Grande Bretagne – comme il ressort des documents qui ont été divulgués par Linda Melvern – les voix mettant en garde contre cette décision dans les séances informelles et confidentielles du Conseil de Sécurité ont été étouffées. Le coup de fil de l’ambassadrice américaine à l’ONU – effectué pour le compte de la postérité – à partir d’une cabine téléphonique publique pour obtenir des nouvelles instructions à ce sujet, ne peut convaincre personne.

L’administration Clinton savait ce qu’elle faisait. Dans l’intérêt d’une victoire militaire rapide de son allié Paul Kagame, elle a accepté que des Tutsi sans défense soient massacrés en masse et que rien ne soit fait pour établir un armistice sur base duquel les assassins auraient pu être stoppés.

Le monde occidental a également couvert les massacres exécutés par les troupes de Kagame sur les Hutu pendant cette même période. Ce n´était pas seulement les Hutu dits modérés qui ont été massacrés en masse, comme il a toujours été déclaré en dissimulation de la vérité.

Je ne peux qu’espérer, que vous aurez le courage de demander publiquement qui sont les vrais responsables pour l’acte terroriste du 6 avril 1994, la clarification duquel a été empêchée par les Clinton et d’autres cercles intéressés jusqu’aujourd’hui.

Monsieur le Ministre, vous savez aussi bien que moi qui est le responsable de cet attentat, qui fait partie des attentats les plus raffinés de l’histoire du monde et dans lequel deux chefs d’Etat et le commandement d’une armée ont été évincés par la destruction d’un avion par un tir de roquettes. Des anciens proches collaborateurs de Kagame ont entretemps attesté la responsabilité de Kagame pour cet attentat.

Le 1er avril 2014, Jean-Marie Micombero, l’ex Major de l’armée rebelle et plus tard Secrétaire d’Etat au Ministère de la Défense sous Kagame, a déclaré lors d’un colloque au Sénat français, qu’il avait participé personnellement aux préparatifs de l’attentat.

Je voudrais ici témoigner mon respect à l’australien Michael Hourigan, décédé récemment, qui après avoir quitté le service actif à la Police, décrit dans une attestation de témoin (affidavit) du 27 novembre 2006, comment il a été enlevé de son poste en tant qu’enquêteur de la Cour Pénale International pour le Rwanda par le Secrétaire Général des Nations Unies en février 1997, parce qu’il voulait examiner des indications de trois informateurs qui lui avaient signalé ainsi qu’à ses collègues leur participation à l’attentat.

Quiconque ignore la relation entre l’attentat et l’abandon des Tutsi sans défense aux massacres se fait coupable. On se rend également coupable quand on ne tire aucune conséquence des massacres de centaines de milliers de Hutu par les militaires rwandais et ougandais dans les forêts du Zaïre en 1997. Que le rapport sur le soi-disant Mapping Exercise, établi par la Commissaire des Droits de l’Homme des Nations Unies Navanethem Pillay en octobre 2010, corresponde à la vérité, n’a été, à ce que je sache, mis en cause par personne, sauf par le Président du Rwanda, l’allié des Allemands.

(formule de politesse) 

Signé
Helmut Strizek

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