Saint Dallaire (partie 3)
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Rubrique : Actualité


Publié le 20 Juin 2014 par Gaspard Musabyimana

Le 13 avril 2014, à l’émission Tout le monde en parle, Roméo Dallaire a déclaré ceci, à propos de Paul Kagame :

Lui, il a décidé […] d’avoir une main très, très ferme sur le pays. [Ce] qui veut dire que, des élections démocratiques, bien qu’il y en a… Tu ne peux pas avoir une élection ou 98 % de la population vote, puis, lui, il gagne 97 % des votes. Tu sais, je veux dire, il y a tout de même une limite. Donc, oui, il se peut que ces autorités-là utilisent la force extrême, comme vous venez de décrire, pour tenir loin l’opposition, pendant qu’il est en train, lui, de faire son plan de match pour avancer son pays.

La force extrême pour éloigner l’opposition et appliquer un plan de match? Traduction : le Rwanda est une féroce dictature où tout opposant ou dénonciateur est emprisonné ou assassiné. Ce qui n’empêche pas le gentil monsieur Dallaire « d’utiliser le Rwanda comme base d’opération » encore aujourd’hui pour ses bonnes œuvres en Afrique.

La vache à lait de Roméo Dallaire

Après y avoir bien réfléchi, vous vous dites peut-être que les accointances rwandaises de l’ex-général sont gênantes, malgré sa bouille sympathique et les grandes tapes que lui assènent dans le dos ses sympathisants attendris par ses histoires de syndrome de stress et de « bonne dope ». Serait-ce qui fait que Roméo Dallaire a décidé de démissionner du Sénat, en fin de compte?

Lucratives? Bien sûr! Grâce à son image de héros, M. Dallaire a été nommé sénateur, ce qui lui permet de toucher, en plus de sa pension de général à la retraite, une généreuse rémunération de sénateur de 138 700 $ par année, à laquelle s’ajoutent les indemnités pour les déplacements et pour le logement à Ottawa. Il touchera une pension de sénateur une fois qu’il aura abandonné son siège.

Roméo est aussi un grand écrivain, comme chacun le sait. Encore une fois, il a pu monnayer sa réputation de héros savamment entretenue par les médias nord-américains. Il a publié deux livres à succès en anglais et en français, J’ai serré la main du diable et Ils se battent comme des soldats, ils meurent comme des enfants, qui se sont vendus sans doute à des centaines de milliers d’exemplaires et qui lui rapportent des droits, de même que le film tiré du premier livre.

Roméo Dallaire s’est vu décerner des prix, et, grâce à sa grande notoriété, est assuré de toujours se faire offrir des engagements de conférencier ou divers petits boulots humanitaires grassement rémunérés. Bref, le génocide rwandais lui a certainement rapporté de quoi se payer sans difficulté une confortable BMW.

Il n’est donc pas étonnant que, pour des raisons alimentaires, Roméo Dallaire fasse chaque année, autour du 7 avril, une campagne de promotion sur le thème du génocide. Dallaire inc. continuera de prospérer tant que le public aura sa dose régulière d’images de cadavres tutsifiés et tant que les contradicteurs « négationnistes » qui répandent « l’idéologie génocidaire » se verront refuser systématiquement tout droit de réplique aux heures de grande écoute.

Kagame : un bon devenu méchant?

Mais la « force extrême pour appliquer un plan de match », verdict prononcé par Dallaire en 2014, tranche nettement avec la conclusion que l’on retrouve dans le générique approuvé par Dallaire du film J’ai serré la main du diable, paru en 2007 : « Depuis juillet 1994, le FPR gouverne le Rwanda dans un esprit de pardon et de réconciliation ». Dictature impitoyable ou gouvernement miséricordieux? Faudrait savoir.

C’est sans doute ce qui a amené Guy A. Lepage à demander au sénateur Dallaire s’il se pouvait que « Paul Kagame, qui avait rétabli l’ordre dans le pays en quatre-vingt-quatorze, soit devenu un bourreau vingt ans plus tard ». Paul Kagame se serait-il découvert une vocation tardive d’assassin en série quelque part entre 2007 et 2014? Évidemment, la réponse est non puisque nous avons d’abondantes preuves que Paul Kagame a commencé à massacrer des Rwandais dès 1990 et que, loin d’être le sauveur des Tutsis, il a été particulièrement sanguinaire en 1994. Depuis ce temps, la liste de ses victimes n’a cessé de s’allonger.

Mais, comme bien d’autres, Guy A. Lepage ne semble pas être capable de faire le lien entre les antécédents macabres de Paul Kagame, qui remontent à au moins un quart de siècle, et ses crimes les plus récents. Alors, j’aurais une question à poser à Guy A. Lepage et à son invité vedette auquel il réserve l’exclusivité de l’interprétation du drame rwandais.

Le 17 septembre 1994, lorsque le père Claude Simard a été assassiné à coups de marteau par le FPR, le Rwanda était-il gouverné « dans un esprit de pardon et de réconciliation »? Et le 2 février 1997, lorsque ce fut le tour d’un autre prêtre québécois, Guy Pinard, de tomber en pleine messe sous les balles d’un assassin envoyé par le lieutenant-colonel Karake Karenzi, du FPR, Paul Kagame était-il « en train de rétablir l’ordre » dans son pays ou de se comporter en « bourreau »?

19/06/2014

Source : Le Huffingto Post

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