Saint Dallaire (partie 6)
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Rubrique : Actualité


Publié le 3 Juil 2014 par Gaspard Musabyimana

Ce sont les preuves contenues dans le dossier constitué par le juge français Bruguière quipoussent le FPR et ses agents étrangers à lancer constamment des écrans de fumée à propos du prétendu rôle de la France dans le génocide. Et la fable des missiles français reprise par Roméo Dallaire s’inscrit parfaitement dans la rhétorique du FPR. Kagame sait pertinemment que, si sa culpabilité était démontrée dans un procès impartial, concernant l’attentat du 6 avril, l’histoire convenue du génocide rwandais s’effondrerait comme un château de cartes. Il est donc dans son intérêt de s’activer sans relâche sur le front de la désinformation, pour éviter que son cauchemar ne devienne réalité.

C’est ainsi que, grâce à ses puissants commanditaires à Washington — qui commencent néanmoins à le trouver encombrant depuis quelques années –, Kagame a réussi à obtenir de l’homme de Washington à Paris, Nicolas Sarkozy, que deux juges qui allèrent se montrer plus malléables, Marc Trévidic et Nathalie Poux, soient nommés en remplacement de l’incorruptible Bruguière. À la grande joie de Kagame et de ses aficionados médiatiques, Trévidic et Poux ont commandé un rapport d’expertise qui leur a été livré le 5 janvier 2012. Mais tous les rapports n’étant pas créés égaux, que dit exactement celui-ci? Peut-on vraiment le qualifier de « rapport qui change tout »?

En fait, ce rapport d’expertise est très peu crédible et ne remet en question ni les preuves contenues dans les mandats d’arrêt du juge Bruguière ni les témoignages des anciens acteurs de premier plan du FPR, comme Théogène Rudasingwa. Les experts ont eu accès à des documents et des témoins sélectionnés à l’avance, au lieu d’avoir accès à l’ensemble des pièces et des témoignages. Ainsi, on est parvenu à faire dire à l’un des experts, un acousticien qui ne s’est même pas rendu sur les lieux, que le tir devait venir du camp Kanombe occupé par les FAR, et non de la colline de Masaka, où les tubes lance-missile ont été retrouvés le 25 avril 1994.

L’acousticien est arrivé à sa conclusion sans tenir compte de l’écho. De plus, alors que l’expertise balistique démontrait que les missiles utilisés étaient bien des SA 16, tel que déterminé par le juge Bruguière, l’acousticien n’a pas mesuré le nombre de décibels produits par un missile SA 16 près de l’aéroport de Kigali. Il a plutôt mesuré la puissance sonore émise par un propulseur de roquette équivalent sur le terrain d’essais de La Ferté Saint-Aubin, en France. Enfin, il semble qu’au lieu de se servir des témoignages recueillis en 1994 par l’auditorat militaire belge, à chaud et sur place, l’acousticien ait plutôt choisi de se servir de témoignages beaucoup moins fiables recueillis 17 ans plus tard.

Tant qu’à commander d’obscures analyses acoustiques, les juges Trévidic et Poux auraient sans doute mieux fait de demander aux Nations Unies de leur remettre la boite noire de l’avion abattu. Pendant des années, on a prétendu qu’il n’y avait pas de boite noire, jusqu’à ce que Charles Onana retrouve le rapport de l’inspection de l’avion effectuée par Dassault Falcon Service le 5 février 1993, rapport qui confirme la présence d’une boite noire (La France dans la terreur rwandaise, 2014, p. 468).

Par ailleurs, au lieu de gober tout rond les balivernes de Roméo Dallaire qui ressemblent étrangement aux écrans de fumée du FPR, il serait intéressant que les journalistes québécois soient désormais suffisamment informés du dossier pour poser à ce faux héros les questions auxquelles il devrait répondre :

  • Pourquoi le « fax du génocide » du 11 janvier 1994 est-il introuvable dans les archives de l’ONU?
  • Pourquoi Dallaire dit-il que les Hutus ne voulaient pas de la démocratie, alors que c’est le FPR qui refusait de participer aux institutions transitoires, en 1994?
  • Quelles sont les « informations secrètes » qui prouvent que les missiles étaient français?
  • Pourquoi Dallaire a-t-il refusé l’invitation du colonel Marchal de réclamer avec lui une enquête sur l’attentat du 6 avril 1994?
  • Pourquoi a-t-il caché aux ambassadeurs qui le questionnaient le fait qu’en mars 1994, le FPR était en train de faire entrer des armes sur le territoire rwandais?
  • Pourquoi a-t-il montré les cartes d’état-major de la MINUAR au FPR?
  • Quelle est la nature exacte de ses relations actuelles avec les autorités rwandaises?
  • Que penser des innombrables victimes qui font partie du « plan de match » du FPR?
  • Pourquoi Dallaire a-t-il refusé de témoigner dans le procès de Bernard Ntuyahaga, accusé d’avoir participé au massacre de 10 soldats belges, le 7 avril 1994?
  • Pourquoi, le 7 avril 1994, n’a-t-il pas informé immédiatement le colonel Bagosora du massacre des soldats belges qui était en cours et dont il venait d’être témoin?

En ce qui me concerne, la dernière fois que j’ai écrit et téléphoné au bureau de Roméo Dallaire, il y a une dizaine de jours, il n’a pas cru bon de me rappeler.


01/07/2014

Source : Le Huffingto Post

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