Rwanda : une histoire récente bâtie sur la désinformation!
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Rubrique : Actualité


Publié le 6 Juil 2014 par Gaspard Musabyimana

Suite à l’effondrement de l’URSS à la fin des années 80, la seule superpuissance du moment, à savoir les USA, a entamé le remodelage du monde selon ses visions géostratégiques. En ce qui concerne l’Afrique et plus particulièrement l’Afrique centrale et orientale, il fut question d’asseoir et de consolider l’influence anglo-saxonne dans la région en y évinçant la France avec des contreparties ou même par confrontations armées indirectes s’il le faut. Le fer de lance avait été bien trouvé en la personne de Yoweri Museveni qui venait de prendre le pouvoir en Ouganda en 1986 avec l’appui de ces puissances anglo-saxonnes. Aujourd’hui, plus de vingt ans après la mise en pratique de ce plan, force est de constater qu’il a parfaitement réussi. Car, non seulement l’influence française a été balayée, mais aussi l’Ouganda et son excroissance que constitue le régime du FPR au Rwanda, régentent tout ce qui se passe au Burundi et en RDC voisins, restés, à leurs corps défendant, francophones. Depuis 1994, la « Pax Americana » règne donc dans la région et l’Administrateur-délégué de cette entreprise, Yower Museveni, n’a pas hésité à s’enorgueillir, dans son discours du 7 avril 2014 à Kigali, en osant déclarer publiquement la naissance et l’étendue de l’empire hima-tutsi qui va du sud Soudan devenu état indépendant jusqu’au Burundi et à l’Est de la Tanzanie en passant bien entendu par l’Est de la RDC.

Le régime installé au Rwanda en 1994, un des maillons forts de la stratégie et de la géopolitique anglo-saxonne pour dominer l’Afrique, fête avec faste ses vingt ans d’existence. Rétrospectivement, ce cataclysme géopolitique est historiquement rarissime. Et pour cause : amener de l’étranger une rébellion abhorrée  à l’intérieur du pays, l’installer au pouvoir par la force au prix des milliers de morts, criminaliser la résistance populaire de la population soumise à la conquête et ensuite proclamer ces conquêtes et les horreurs qui l’ont accompagnées comme des actes légitimes ayant eu pour but d’arrêter le « génocide», etc. Pour cela, toutes les ressources et manœuvres en matière de désinformation ont et sont encore mises à contribution.

Une guerre d’agression présentée comme une guerre civile et même comme une « guerre de libération »

Le 1er octobre 1990, sous le commandement direct du vice-ministre ougandais le général-major Fred Rwigyema, les troupes de ce pays envahissent le Rwanda. Presque la presse du monde entier, au lieu de dénoncer cette agression injuste et cette violation du droit international, parlera plutôt de la « naissance d’une rébellion tutsi » ou encore de « guerre civile ». Le gouvernement légitime du pays agressé, à savoir le Rwanda, sera même soumis à de fortes pressions pour d’abord retirer sa plainte contre l’Ouganda pays agresseur, mais aussi pour admettre que les éléments de l’armée régulière de l’Ouganda qui ont envahi le Rwanda étaient des citoyens rwandais. Le gouvernement rwandais a donc dû négocier le partage du pouvoir avec des militaires ougandais au seul motif qu’ils avaient des ancêtres rwandais. Selon cette logique, des pays comme les Etats Unis d’Amérique, dont l’armée est composée des descendants d’esclaves venus d’Afrique ou des migrants latino-américains, devraient réclamer leur part dans le partage du pouvoir dans tous les pays dont sont originaires leurs soldats. Ainsi le général Colin Power aurait été dans son droit d’envahir la Jamaïque, pays de ses ancêtres, quand il était chef d’Etat-major des armées américaines entre 1989 et 1993.

Des ONG présentées comme de défense des Droits de l’Homme mais en réalité mandatées pour servir la cause des puissances conquérantes

Après l’invasion du Rwanda par les militaires ougandais d’origine rwandaise, des ONG soi-disant de défense des Droits de l’homme sont montées au créneau pour dénoncer « les violations des droits de l’homme » dont serait coupable le gouvernement agressé. Certaines de ces ONG comme « Survie » ou « African Rights » n’étaient que des officines du mouvement politico-militaire, le FPR, mises sur pied pour justifier l’agression. Ces ONG se distingueront par des rapports biaisés et politiquement motivés comme celui de janvier 1993 qui  devait servir de prétexte au FPR de quitter les négociations et rompre le cessez-le-feu en février 1993. Après la conquête totale du pays, certains dirigeants de ces ONG sont allés recevoir leurs récompenses à Kigali, comme Jean Carbonare de « Survie » qui devint « Conseiller à la présidence de la république rwandaise ».

Pressions exercées sur le gouvernement légitime jusqu’au dictat présenté comme un accord de paix

De juin 1992 à août 1993, le gouvernement légitime du Rwanda fut « convoqué »  à Arusha en Tanzanie pour avaliser un diktat concocté par les puissances dans leur plan de redessiner la carte géostratégique de la région. Le FPR devant en être le fer de lance, il devait d’abord être installé au pouvoir à Kigali avant de s’occuper du Zaïre de Mobutu. Le diktat connu sous l’appellation d’« Accord d’Arusha » faisait la part belle aux agresseurs : les conquérants venus d’Ouganda avec leurs alliés de l’intérieur devaient détenir la majorité des porte- feuilles ministériels, l’armée et la gendarmerie devaient être commandées à 50% par les envahisseurs, ces derniers pouvaient introduire dans la capitale Kigali même et investir sans combat l’un des lieux symboliques des institutions républicaines : les bâtiments du Parlement !

Un proconsul envoyé pour faciliter la prise du pouvoir par la clique venue d’Ouganda mais présenté comme le commandant d’une « force neutre de l’ONU » : le général Roméo Dallaire

Le même « accord léonin d’Arusha » prévoyait qu’une force neutre des Nations Unies devait se déployer au Rwanda pour veiller au partage du pouvoir. Mais ce qui fut découvert après coup est qu’en réalité le commandant désigné de cette force, le général canadien Roméo Dallaire, avait pour mission d’œuvrer pour que le FPR prenne tout le pouvoir. Cet officier n’a pas hésité à espionner pour le compte du FPR (cartes montrant les positions des FAR), à désinformer sa hiérarchie pour le compte du FPR (faux fax), à laisser se renforcer le FPR dans Kigali contrairement aux accords sur papier : combattants et armements amenés de Mulindi à la frontière ougandaise, en cachette…).

Assaut final pour s’emparer du pouvoir (avril-juillet 1994) présenté comme une campagne « d’arrêter le génocide »

Le 6 avril 1994 vers 20h30, l’avion qui ramenait le président Habyarimana d’un sommet régional de Dar Es Salaam est abattu par un missile. Aussitôt le Haut Commandement du FPR que dirige Paul Kagame donne ordre à toutes les unités de se mettre en ordre de marche et d’attaquer des objectifs préalablement établis. Des milliers de combattants infiltrés dans Kigali ainsi que les « 600 » militaires officiellement hébergés au CND (parlement rwandais) sortent de leurs positions et commencent à assassiner des personnalités politiques ou militaires hutu dans bon nombre de quartiers de la capitale. En même temps, ils fixent par le feu les unités de Kigali qui doivent se défendre dans leurs camps pour ne pas aller stopper l’arrivée des unités ennemis venues d’Ouganda et qui atteindront Kigali dès le 8 avril au matin. Ainsi l’assaut final pour parachever la conquête entamée en octobre 1990 venait d’être lancé. Il durera jusqu’en juillet 1994 quand les derniers résistants de la capitale Kigali rompront l’encerclement laissant ainsi les agresseurs venus d’Ouganda encadrés par des troupes ougandaises, éthiopiennes, tanzaniennes, …, entrer triomphalement dans Kigali le 4 juillet. Mais paradoxalement, cette campagne militaire éclaire dont les vainqueurs devraient s’en orgueillir, est présentée non pas comme une action militaire mais plutôt comme une action humanitaire désormais baptisée « arrêter le génocide » !

Restauration d’un régime féodal sous des formes républicaines et la présenter comme un nouveau régime issue de la « libération nationale »

Les descendants des féodo-monarchistes à qui les superpuissances ont offert le Rwanda en 1994 n’ont pas restauré dans les formes le régime féodal de leurs ancêtres. Dans les premières années, ils ont même gardé les symboles forts de la République comme le drapeau et l’hymne national. Mais dans le fond, le régime installé à Kigali en 1994 est une restauration de la féodalité. Une clique détient tout le pouvoir politique et économique, la majorité de la population hutu doit faire allégeance aux chefs tutsi ou croupir dans la misère sinon être emprisonnés. Mais une certaine presse parle de la catastrophe de juillet 1994 comme d’une libération !

Destruction des camps des réfugiés au Zaïre et chasse des Hutu à travers ce pays et présentées comme une « chasse aux génocidaires » et une libération du Congo

En 1996, l’armée de Paul Kagame, celle-là venue d’Ouganda en 1990 et qui s’est rendue maître du Rwanda en 1994, est allée détruire les camps des réfugiés hutu  installés à l’Est du Zaïre. Plusieurs milliers de femmes, de vieillards et d’enfants périrent sous les bombes tirés sur les abris de fortune par les soldats de Paul Kagame. Ces crimes de guerre et contre l’humanité, au lieu d’être dénoncés et condamnés avec la plus grande fermeté, ont été présentés par la même presse mondiale comme « des opérations légitimes ayant pour but de pourchasser les génocidaires ! »

Pillage systématique de la RDC dont les résultats sont présentés comme « un miracle économique »

Dans sa mission de mettre la main sur le riche Congo, Paul Kagame se livrera à un pillage systématique de la RDC faisant du Rwanda le plus grand exportateur de minerais rares comme le coltan, le diamant, l’or… alors que tout géologue amateur peut affirmer que le sous-sol rwandais n’en resserre pas. Au lieu de dénoncer ce scandale, la même presse s’extasie sur ce qu’elle appelle « le miracle économique rwandais » pour désigner les villas cossues que se sont construites les dignitaires du régime.

Instrumentalisation des femmes dans le cadre d’éviter tout débat contradictoire, comme une première dans le monde dans la promotion du genre féminin

Le régime installé à Kigali depuis 1994 est machiavélique. Les anciens militaires de l’armée ougandaise au pouvoir font tout pour que les forces vives ne puissent s’exprimer librement et fait tout pour les maintenir dans une situation de dépendance. C’est ainsi que le FPR a voulu que le centre de gravité de la famille ne tourne plus autour du mari qui, traditionnellement, était considéré comme chef de famille, mais sur la femme. Pour cela, il a suffi que le parti-Etat mette en place une politique de faire en sorte que la femme soit la seule qui ait des revenus de la famille. Ainsi, quand une femme devient député ou maire, son mari doit non seulement la boucler mais pour la plupart du temps, il n’a pas d’occupation lucrative. Il vit donc pendu aux basques de sa femme. Ainsi, en nommant un nombre impressionnant de femmes hutu comme députés, Paul Kagame s’assure d’un coup qu’il n’aura pas de problème à l’Assemblée nationale, car ces députés avaliseront, sans les lire, tous les projets du gouvernement en guise de reconnaissance, mais aussi leurs maris dépendant d’elles ne parleront jamais politique. Au lieu de dénoncer cette supercherie, la presse mondiale, qui n’y voit que du feu, parle d’une performance exceptionnelle quant à la représentation de la femme au Parlement !

Bref, le cas du Rwanda amène à se poser des questions et à douter de la version que livre à l’opinion la « fameuse presse internationale » sur par exemple ce qui se passe en Syrie, en Irak,… ou ce qui s’est réellement passé en Libye, en Egypte ou en Tunisie.

Zédoc Bigega
06/7/2014

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