Rwanda : Kagamé, Demolition Man
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Rubrique : Actualité


Publié le 7 Juil 2014 par Gaspard Musabyimana

Paul Kagamé a fêté, au Caterpillar, ses 20 ans de pouvoir. L’Homme mince de Kigali a en effet fait raser le Centre culturel français sis dans la capitale rwandaise. C’était le 2 juillet dernier.

Démolition Centre Culturel FrançaisMotif officiel invoqué : cet édifice ne répond pas au nouveau schéma directeur d’aménagement, et la France ne se serait pas suffisamment secouée pour un changement architectural des lieux. "Nous avons laissé assez de temps à l’ambassade de France pour réaliser son projet.

Elle n’a pas respecté les délais qu’elle s’était fixé elle-même. Le gouvernement rwandais a confisqué le terrain en respectant les procédures, comme dans n’importe quel cas de ce genre. Nous leur avons laissé un mois pour quitter les lieux. Aujourd’hui, le terrain appartient au gouvernement rwandais", a pudiquement annoncé le maire de la ville.

Mais personne n’est dupe. Comme on le sait, depuis son arrivée au pouvoir sur les charniers du génocide, le président rwandais s’est fait fort d’entretenir des relations orageuses avec l’Hexagone. Il accuse ce pays d’avoir, à tort ou à raison, créé les conditions de la survenue du pogrom des Tutsis en 1994 et même d’y avoir participé activement.

Et depuis lors, pour montrer qu’il ne veut pas voir la France même en peinture, le Pays des milles collines a quitté avec fracas la francophonie, a fait la fine bouche à la langue de Molière au profit de l’anglais, s’est tourné vers de nouveaux horizons, comme la Grande Bretagne et les Etats-Unis, et s’est même offert le luxe de refuser d’accréditer un diplomate français envoyé par Paris à l’occasion de la commémoration du 20e anniversaire du génocide. Ce fut le cas, en 2011, pour l’actuelle conseillère Afrique de l’Élysée, Hélène Le Gal.

Ne nous voilons donc pas les yeux : cette démolition n’est que le dernier épisode d’une série d’actions antifrançaises, et le Centre culturel français n’est qu’une victime collatérale de ces relations sulfureuses.

Mais avait-on vraiment besoin de faire parler les pelleteuses ? Ce Centre est-il le seul bâtiment non en règle à Kigali ? Pendant qu’on y est, ce genre de lieu, par sa nature et son originalité, doit-il forcément ressembler aux gratte-ciel environnant où seul le béton est roi ?

Rendons à Kagamé ce qui est à Kagamé : il a contribué à l’essor économique et social de son pays. Mais le développement peut-il tout excuser ? Le génocide doit-il être un viatique qui autorise toutes les frasques et dérives en jouant au Demolition Man (1) contre une institution appartenant à un Etat tiers et qui a longtemps comporté l’unique bibliothèque publique de la capitale, l’unique cinéma et l’unique grande salle de spectacles ?

La bonne gouvernance économique et le génocide subi peuvent-ils autoriser l’installation d’un régime autocratique, l’embastillement à tour de bras de journalistes et l’élimination physique d’opposants exilés ?

A notre sens, c’est non ! Et il se dégage la nette impression que l’Homme fort de Kigali se trompe de combat, en s’acharnant sur la France. Et pourtant, il faut qu’il pense à faire son deuil un jour, ne serait-ce que pour avoir la paix du cœur.

L’Observateur Paalga

1) Film de science-fiction sorti en 1994 et réalisé par l’Italien Marco BRAMBILLA avec pour acteur principal Sylvester Stallone

Source : http://www.afriscoop.net

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