Rwanda : croissance économique ou mirage ?
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Rubrique : Actualité


Publié le 29 Juil 2014 par Gaspard Musabyimana

S’il y a des domaines dans lesquels le Rwanda a réussi, c’est celui de la propagande. Il paye des sommes colossales aux agences de communication pour soigner son image et faire de la publicité outrancière à ses actions qui sont pourtant souvent sans aucune valeur ajoutée pour la population.

Ainsi, bon nombre de journaux parlent du taux de croissance économique de 7% ou même 8%  pour la période 2013-2014! Pourtant, il est facile de voir que rien ne peut justifier cette croissance. Les données fournies par l’Institut National de la Statistique du Rwanda et reprises comme telles par une certaine presse en mal de sensation ou carrément à la solde de Kigali sont souvent manipulées voire arrangées. Le développement ne transparaît-il pas à travers des secteurs de la vie nationale comme l’éducation, l’habitat ou l’accès à l’eau potable ? Quels paramètres sont-ils pris en compte pour dire que le Rwanda a fait des progrès énormes depuis l’installation du régime du Front patriotique Rwandais il y a 20 ans ? Tout observateur avisé ne peut que constater qu’il n’y a que des échecs dans bon nombre de domaines que le régime essaie de camoufler par des slogans qui fusent de partout : Vision 2020,  A Laptop per Child (un ordinateur portable par enfant), Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), etc.

La réalité est que la population rwandaise, dans sa grande majorité, vit dans une misère noire. Seule une clique qui gravite autour du pouvoir baigne dans l’opulence. Le Rwanda est ainsi l’un des pays les plus inégalitaires au monde. Le système de santé est d’une défaillance telle que les statistiques sur la mortalité infantile sont dans le rouge, etc.

Des ordinateurs ou des ardoises ?

Elèves de Gakenke/photo igihe.com mars 2014Le Rwanda a fait valoir, avec tapage excessif,  que chaque élève rwandais devrait avoir, à courte échéance, son ordinateur portable. Or, selon des reportages récents de la presse pourtant proche du pouvoir, il apparaît que dans certaines écoles, les élèves n’ont même pas d’ardoises. Leurs parents recourent à des moyens de fortune. Ils taillent manuellement des morceaux  de bois qui servent d’ardoises à leurs bambins. Avec la rugosité de cette planche, aucun enfant ne saura écrire correctement, sans oublier de signaler qu’ils y écrivent avec du kaolin en lieu et place d’une touche.

  

Elèves de Gakenke/photo igihe.com mars 2014Le paraître est une constante et rentre dans la stratégie de communication adoptée par le Rwanda. En effet, quelques ordinateurs dont il est question ont atterri au pays. Encore une fois, ce fut le couac. Selon le rapport de l’auditeur général, sur 2.334 écoles qui devaient être servies, seules 407 ont pu recevoir ces fameux ordinateurs portables, les autres sont restés dans leurs emballages d’origine pendant 4 ans, quand ils ne disparaissaient pas. Le rapport révèle en outre que les ordinateurs livrés ont atterri dans des établissements qui ne disposaient même pas d’électricité et quelques années après, quand ces établissements furent branchés sur le secteur, les logiciels de ces ordinateurs étaient déjà obsolètes. 

Destruction des huttes pour cacher la misère

Sous les décombres de sa maison détriute/photo igitondo.com 2011Pour que le Rwanda se projette en « Singapour », à partir de 2010, dans bon nombre de coins du Rwanda, de nombreuses maisons couvertes de paille ont été détruites sur ordre des autorités locales. Des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans logis, après la démolition de leurs maisons. Ces sans-abris, désemparés, passaient la nuit à la belle étoile.

  

Une famille devant sa maison détruite/photo igitondo.com 2011La police et l’armée furent mises à contribution. Des hommes en uniforme parcoururent le pays en démolissant des maisons, sans que leurs propriétaires soient prévenus. Plus de 115.000 maisons furent ainsi abattues, sans aucune compensation ou une autre alternative pour leurs occupants. Dans le Sud du pays, la population lésée a fui vers le Burundi car la police brûlait leurs maisons sans sommation. Parti au travail le matin, l’homme trouvait, au retour, sa maison démolie, ses enfants et sa femme sous une pluie battante.

Dans la région Est du pays, les autorités locales ont procédé à la destruction systématique des maisons en chaume. Il a été décrété que tout le monde avait l’obligation d’avoir une maison couverte de tôles ou de tuiles. Après les délais fixés, impossibles à respecter pour des paysans pauvres, les démolitions des maisons couvertes de paille ont commencé.

Abri de fortune pour une victime/photo igitondo.com 2011Les conséquences de cette barbarie sont énormes : des familles dorment à la belle étoile ou cherchent refuge chez des voisins, sans compter de nombreuses maladies dues aux mauvaises conditions de vie dans lesquelles vivent les victimes.

A y voir de très près, de telles pratiques de « clochardisation » de la population sont monnaie courante au Rwanda. Il suffit de se rappeler que dans la ville de Kigali, des quartiers entiers ont été rasés au bulldozer avant que les occupants n’aient eu le temps de retirer les effets personnels ou ne soient indemnisés.

L’approvisionnement en eau potable laisse à désirer

La capitale rwandaise connaît un déficit d’eau potable tel que plus de 40% des habitants de la ville de Kigali ne peuvent en disposer de manière régulière.

Quartier Mageragere (ville de Kigali)/photo

C’est une question récurrente et elle a été encore soumise aux députés en descente sur le terrain en janvier 2014  dans la localité de Nyakabanda, un des quartiers de Kigali. En février 2014, le quotidien "igihe.com" titrait : « Pénurie d’eau potable à Kicukiro ; Véritable casse-tête ». Cette rareté de l’eau expose la population à certaines maladies diarrhéiques et infectieuses.

Même la scission de la parastatale EWSA/Energy, Water and Sanitation Agency en deux branches, celle en charge de l’eau et une autre pour électricité n’a pas remédié à la situation.

La ville de Kigali a vu ainsi l’apparition  de nouveaux emplois lucratifs : la vente de l’eau dans des bidons qui sont montés sur un vélo et vendus dans les ménages. Les jeunes gens de la place en ont profité pour améliorer leurs conditions de vie.

Quartier Mageragere (ville de Kigali)/photo

 A Kigali, il faut y mettre le prix pour avoir de l’eau chez ces vendeurs ambulants. 

Ceux qui ne peuvent pas trouver de quoi acheter quotidiennement cette denrée rare se contentent de puiser des eaux usées des égouts ou  celles de ruissellement des décharges urbaines. Quand il pleut, ce sont des eaux boueuses stagnantes qui sont recueillies. Les flaques d’eau soulagent cette population abandonnée à elle -même.

L’eau devenue une denrée rare à Kigali n’est réservée qu’à l’oligarchie au pouvoir, signe qu’au Rwanda il y a un développement à deux vitesses : ceux qui ont tout et ceux n’ont rien du tout. 

C’est cette première catégorie qui est tenue en compte quand on parle du développement spectaculaire du Rwanda, discours ressassé par des cabinets de communication grassement payés.

Ghislain Mikeno
29/07/2014 

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