Rwanda : arrestations, dénonciations, demandes publiques de pardon…
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Rubrique : Actualité


Publié le 5 Sep 2014 par Gaspard Musabyimana

Depuis quelques temps, la presse rwandaise fait largement écho de l’arrestation de plusieurs hauts gradés de l’armée ainsi que d’autres cadres du parti au pouvoir, le Front Patriotique Rwanda (FPR). Pour en rajouter, le président Paul Kagame, qui est en même temps président du parti-Etat qu’est le FPR, a convoqué le bureau politique de ce parti qui s’est exceptionnellement tenu en public au stade de Kigali le 31/08/2014.

Curieusement, tout ce tapage médiatique savamment orchestré par le régime arrive au moment où des informations concordantes et insistantes font état notamment :

des disparitions quasi quotidiennes des personnes surtout dans les provinces du Nord et de l’Ouest depuis que Paul Kagame lui-même a déclaré que ses agents avaient reçu l’ordre de tuer quiconque serait en contact avec l’ennemi, comme il qualifie les opposants en exil ;

–  des corps de personnes non identifiables repêchés régulièrement dans les lacs et rivières du pays.

– des dignitaires du régime, dont Paul Kagame lui-même, élèveraient des crocodiles dans le lac Muhazi qu’ils nourriraient de la chaire humaine.

Les services de Paul Kagame eux-mêmes ont d’ailleurs admis que plus de 18.000 étudiants avaient disparus sans laisser de traces, tandis que 40.000 anciens prisonniers qui avaient été libérés sous condition ont aussi disparu.

La population hutu croupit dans la misère doublée d’une peur de tout instant d’être arrêté ou simplement assassiné par les agents du régime, sans témoins ni traces. Quelques voix, certes faibles et encore inaudibles, commencent à s’élever au sein de la Communauté Internationale pour dénoncer les crimes et la dérive dictatoriale de Paul Kagame. Certains observateurs, jadis acquis corps et âmes au régime dictatorial qui règne sur le pays depuis 1994, commencent à émettre des critiques et à mettre en doute le tableau idyllique jusqu’ici exhibé à l’opinion ainsi que la trompeuse « réussite économique » du Rwanda. La gestion de son fond de commerce que constitue la soi-disant menace qui proviendrait des réfugiés hutu se trouvant en RDC et défendus par les FDLR commence aussi à lui échapper car certains de ses partenaires ont découvert qu’il verse des larmes de crocodiles et que le problème des FDLR peut être résolu politiquement, ce qu’il refuse obstinément.

Une mise en scène grotesque dans une atmosphère de fin de règne

C’est dans ces circonstances que le régime, pour faire diversion, a cru faire oublier tous les problèmes cités ci haut, qu’il a voulu frapper les esprits en médiatisant l’arrestation de quelques officiers, alors que dans la pratique, ils sont souvent arrêtés, humiliés et après graciés sans que l’opinion ne sache pourquoi.  Le bureau politique du FPR, convoqué en catimini et tenu publiquement, n’a traité d’aucun problème intéressant la vie de la Nation. La parole a été donnée aux femmes qui dénonçaient leurs voisines ou leurs rivales sous les acclamations de l’assistance et les remerciements de Paul Kagame. C’est l’occasion qu’a trouvé Paul Kagame pour menacer tous azimut, même son entourage, en accusant tout le monde de comploter contre lui.

Outre la diversion sur la vraie situation dans le pays que le régime fait à travers cette campagne médiatique, un autre message subliminal est donné comme quoi Paul Kagame n’entend pas abandonner le pouvoir en 2017, car il juge qu’il ne le laisserait pas dans de bonnes mains quand bien même ses proches collaborateurs et compagnons de route ne sont plus sûrs de continuer à défendre les intérêts de l’oligarchie au pouvoir et de maintenir les hutu sous le joug de l’humiliation et de la répression. Le « menu peuple », qui s’était libéré en 1959, est retombé, hélas !, dans les griffes d’une clique maffieuse en 1994. Ce « menu peuple » (rubanda rugufi) reste le plus affecté par cette situation.  Faute de moyens de lui venir directement en aide, toute voix qui s’élèverait pour faire connaître sa souffrance au monde ferait œuvre de grande humanité et de témoignage historique. Cet article s’inscrit dans  cette optique.

Zédoc Bigega
05/05/2014

 

 

 

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