Rwanda : quand des mascarades politiques tournent au ridicule
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Rubrique : Actualité


Publié le 27 Mai 2015 par Gaspard Musabyimana

Depuis que le FPR a conquis le Rwanda en 1994, Paul Kagame a innové en matière d’exercice d’un pouvoir absolu et arbitraire. Sous divers prétextes et en usant de multiples astuces, il s’est offert une des longues périodes de transition politique du monde : neuf longues années pendant lesquelles le pays fut géré comme sa résidence privée. Finalement, en 2003, pour présenter l’image d’un dirigeant enfin civilisé, Paul Kagame fit adopter une Constitution taillée sur mesure. Il prit soin d’inscrire un mandat anormalement long de sept ans, et renouvelable une seule fois. Les quatorze ans seront écoulés en 2017 et l’oligarchie au pouvoir constate que 23 ans à la tête d’un pays conquis ne suffisent pas. La décision est alors prise : il faut amender la Constitution avant l’échéance de 2017 en changeant l’article 101 limitant le nombre de mandats présidentiels à deux. Mais pour cela, il faut préparer l’opinion, surtout internationale, car la population rwandaise quant à elle n’aura qu’à suivre moutonnement les directives du redoutable parti au pouvoir. Commence alors une série de spectacles ahurissants.

Expertise des « juristes- griots »

Il y a d’abord des apprentis sorciers présentés comme des juristes, mais pour la plupart des griots du régime, obligés de chanter les louanges du dictateur pour se remplir les poches (s’ils sont tutsi) ou pour ne pas être traités de « génocidaires » (s’ils sont hutu). Après avoir tenté de démontrer que l’article de la Constitution de 2003 limitant le nombre de mandats du président n’était pas si exigeant, ils ont alors eu recours à une désinformation éhontée et méprisante à l’endroit de l’opinion nationale et internationale.

remise des pétitions/igihe.com

Faisant sciemment un amalgame entre un régime parlementaire et un régime présidentiel, ils ont alors prétendu que dans certaines démocraties occidentales, les mandats des chefs de l’Exécutif n’étaient pas limités. Et de citer les exemples de l’Allemagne ou le nombre de mandats du  (la) Chancelier ne sont pas limités par la Constitution. De même pour la Grande Bretagne, la Belgique, Israël, etc. en ce qui concerne les Premiers Ministres. Les « juristes-griots » de Paul Kagame prennent le monde entier pour idiot car le Chancelier ou les Premiers Ministres en Grande Bretagne ou en Belgique  ne demandent pas leurs suffrages directement à la population. Le peuple vote pour les partis et c’est au parti ou à une coalition de partis qui réussit à avoir la majorité au Parlement de désigner le Chef de l’Exécutif. Ce qui fait qu’un parti peut rester au pouvoir avec un même homme ou femme pour plusieurs mandats pourvu que son parti conserve la majorité au Parlement et lui  accorde toujours sa confiance (pas la population). Mais par contre ce Chef de l’Exécutif n’a pas de durée de mandat car il peut être renversé même un mois après son accession au pouvoir, ce qui est impossible dans un régime présidentiel comme en France, aux Etats-Unis et …au Rwanda ! Ils achèvent leur mandat de cinq, quatre ou sept ans sauf circonstance exceptionnelle, car l’ayant obtenu directement du peuple. Les courtisans comme Evode Uwizeyimana devraient avoir honte de se vouloir encore appelés des « juristes ».

Les partis satellites du FPR en compétition

La suite du spectacle consiste à la compétition des petits partis alimentaires et satellites du FPR pour rivaliser de zèle dans le souhait de voir Paul Kagame devenir président à vie du Rwanda. Le parti islamique (PDI) a ouvert le banc suivi du parti des chrétiens (PDC). Celui des Tutsi de l’intérieur (PL) a emboîté le pas tandis que celui des anciens « hutu modérés » (PSD) s’est retrouvé en retard et vient de tenir un congrès extraordinaire en catimini pour demander que la Constitution soit amendée.

Quand les analphabètes découvrent l’écriture juste pour rédiger et signer des pétitions 

Le taux d’alphabétisation au Rwanda surtout dans la campagne reste l’un des plus faibles du monde. Mais chose étonnante, ces temps-ci, l’alphabétisation débute par une notion politique et abstraite que même certains intellectuels en Occident ne pourraient pas maîtriser tout le sens à savoir : la pétition ! En effet, chaque citoyen est prié (obligé) de signer un papier appelé « pétition » qui sera adressé au Parlement et censé exprimer le désir de ce paysan de voir l’article limitant les mandats du président amendé. Plus ridicule, tu meurs !

Un Parlement transformé en centre de tri postal

Ceux qui regardent la télévision rwandaise ou qui lisent la presse de Kigali ont certainement été frappés ces derniers jours de voir des centaines de caisses et de cartons empilés dans les couloirs du Parlement (Chambre des députés et Sénat) et censés contenir des pétitions envoyées par les citoyens demandant la révision de la Constitution en vue de permettre à Kagame de rester président à vie. On se demande comment des hommes et femmes sains d’esprit et de surcroit qui se disent « parlementaires » peuvent passer leur temps à de telles manœuvres ridicules quand tout le monde sait, et la population en premier, qu’il s’agit d’une mise en scène. Mais il paraît que pour la consommation externe, la supercherie marche toujours, surtout si elle est relayée par des puissants lobbies qui contrôlent le monde des médias et tout acquis à Paul Kagame.

Des scènes de « déification » de Kagame rapportées par la presse gouvernementale 

Pour Vénant Ntabomvura, P. Kagame est l'égal de Dieu/izuba-rirashe.com

Le paroxysme du ridicule a été atteint ce 25 mai 2015 quand une délégation de « pétitionnaires » venus du Sud du pays a déposé leurs lettres. Ils ont déclaré souhaiter le maintien de Paul Kagame à la tête du Rwanda parce qu’il serait le Messie. Ils ont déclaré, à l’occasion, qu’ils avaient eu une vision que Kagame était le frère jumeau de Jésus Christ de Nazareth, fils de Dieu né de la Vierge Marie mais conçu du Saint Esprit. Pas moins ! Quel délire !!!

Pourquoi tout ça et qui trompe qui ?

Tous les analystes politiques qui observent ces manœuvres y perdent leur latin. Paul Kagame peut en effet par un claquement de doigts ordonner à son parlement et à son gouvernement de modifier ce fichu article de la Constitution via un « Référendum » gagné d’avance à 100%. Pourquoi alors se ridiculiser davantage en étalant sa capacité de nuisance dans ce qui est désormais connu sous le terme de «  techniquer » propre au FPR ? Que lui disent ses conseillers surtout le vrai gouvernement qui dirige le pays sous le vocable de PAC (Presidential Advisers Commettee) et comprenant d’éminentes personnalités étrangères comme Tony Blair, Rick Warren  ou Andrew Mwenda ? Ces questions restent posées.

Zédoc Bigega
27/05/2015

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