Afandie : honte, constitution et porteurs de cruches
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Rubrique : Actualité


Publié le 5 Juin 2015 par Gaspard Musabyimana

Que n’aura-t-on pas vu au royaume du général Kagame ? Au commencement était le verbe et celui-ci n’était que mensonge : « nous nous battons contre la dictature » ; faux, ils avaient en tête l’instauration du totalitarisme. Des compatriotes qui ont démasqué cette supercherie parlent aujourd’hui de « igisuti », un terme nouveau désignant un régime beaucoup plus féroce, plus cruel et finalement plus inhumain que la dictature. « Nous rentrons d’exil », clamaient-ils ; non, ils voulaient principalement la peau et la place du général Habyarimana. Et de sa place (la présidence de la république), ils font en même temps mieux et pire que lui. Ils, on l’aura bien deviné, ce sont les éminences de la clique qui règne actuellement sur le Rwanda et qu’un juriste lunatique appelait jadis « amabandi » !

Bien sûr, ils ont repris les travaux communautaires (umuganda) que leurs idéologues avaient pourtant décrié. Ils ont aussi repris le culte de la personnalité et l’ont porté à un point jamais atteint au Rwanda. Très bientôt, la Corée du Nord fera pâle figure à côté des performances totalitaires de la nébuleuse Kagame (lui-même, sa tendre moitié, ses mercenaires, ses boursiers et ses adorateurs du dimanche). Alors que grâce à la télédiffusion de la dernière retraite à Gabiro, l’on s’était cru témoin de la décrépitude morale des collaborateurs présidentiels (nta wundi mugabo uretse Kagame !), personne n’aurait pensé que le blasphème irait trop loin : la comparaison avec le Christ… Excusez du peu. Il est vrai que Fred Rwigema, celui à qui l’imagination populaire octroie le rôle de Moïse, a été assassiné et que ce vide symbolique est en passe d’être comblé en suggérant un prétendu caractère christique de Kagame. 2017 arrive en effet à grande vitesse.

Parlant justement de cette échéance électorale, comment ne pas s’interroger sur l’issue de ce cirque schizophrénique dans lequel le premier concerné assure et répète qu’il n’a nullement besoin d’un troisième mandat et ses lèche-bottes sillonnant le pays, forçant le peuple à signer des pétitions appelant à la révision de la constitution ? La toute dernière – et non des moins ridicules – est l’histoire de cette citoyenne de Gatsibo qui raconte ses tribulations : ne sachant ni lire ni écrire, la pauvre dame a été soudoyée par des espèces sonnantes et trébuchantes du régime et a « signé » pour que son président rempile pour un troisième mandat (à vrai dire, le quatrième). Questionnée, la paysanne déclarera que tout cela ne la concernait vraiment pas, mais que les autorités voulaient et insistaient pour que soit amendé l’article 13 !! de la constitution. La honte.

Et c’est alors que commencent, à travers tout le pays, ces cirques dégoûtants de sous-fifres déambulant, tels les légendaires porteurs de cruches, avec des cartons pleins de listes techniquées de gens ayant « cautionné » la révision de l’article 101 de la constitution limitant les mandats présidentiels. On aura tout vu, écrivais-je ! Tout entendu aussi. Une dame qui avoue son intention de se suicider si le général Kagame venait à arrêter sa carrière politique ! Des prisonniers qui « signent » pour que leur bourreau puisse maintenir son joug, etc. Sur la chaîne Contact FM, le journaliste (pro Fpr) Marcel Museminali a beau critiquer ce tripatouillage constitutionnel en préparation, rien n’y fait. Ces hyènes, comme il appelle ceux-là qui en veulent à l’article 101, semblent ne vouloir reculer devant rien. Est-il dès lors futile de rappeler que « même les hyènes apprivoisées mangent de la charogne » ? Puisse cette dernière n’être pas (encore une fois) mon peuple.

Cecil Kami
DHR, 04/06/2015

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