Le Rwanda : un exemple de bonne gouvernance ?
+
Rubrique : Actualité


Publié le 10 Juin 2015 par Stanislas Bucyalimwe Mararo

Le Rwanda est dirigé de main de fer par Paul Kagame depuis juillet 1994, soit près de 21 ans. Pasteur Bizimungu n’a été qu’un président de façade face à un vice-président décrit comme l’homme fort du pays.

Les réfugiés dits de 1959 auraient rejeté les accords signés sous Grégoire Kayibanda et Juvénal Habyarimana pour régler leur question; ils ont  pris le pouvoir par la force après quatre ans de guerre meurtrière et dévastatrice (01 octobre 1990- 04 juillet 1994) facilitant ainsi le retour d’un « nouveau Mwami, Paul Kagame » (Bernard Debré, Le retour du mwami, 1998). Celui-ci a non seulement  mis une croix sur les accords d’Arusha (l’accord du 04 août 1993 et les autres qui l’ont suivi), mais aussi il a instauré une monarchie tutsi de style nouveau.

Le document complet en fichier PDF attaché, ci-dessous.

Si la différence est qu’il appartient à une lignée différente de celle qui a dirigé le Rwanda de 1896 à 1959 dans l’ombre des administrations coloniales allemande et belge, il a repris des monarques nyiginya la méthode de diriger que Alison Des Forges appelle « le droit de tuer » : « … governing  through the court and notables became enshrined as the central tenet of Belgian administration. As one of the officials wrote ‘only this framework for the traditional system  can assure us of  having the indispensable instrument for the progress, an authority extending its control to all the elements of the society. As such, it is irreplaceable and we cannot destroy it or compromise it without creating chaos’… The mwami’s power was built upon his right to kill and enrich… The Belgian administration maintained the principle that the mwami could kill » (Alison Des Forges, Defeat is the Only Bad News. Rwanda under Musinga, 1896-1931. 2011). Le nouveau mwami du Rwanda, Paul Kagame,  se croit donc investi de droit de vie et  de mort  sur les Hutus, probablement partout où ils sont car, aux dires de Yoweri Kaguta Museveni, ceux-ci sont leurs ennemis régionaux et doivent être traités comme des cibles militaires dans leurs expéditions extraterritoriales (Partenariat- Intwari, Rwanda-Génocide. Le peuple crie justice, 2007).

Les anciens membres du FPR entrés dans  la dissidence donnent régulièrement des témoignes émouvants dans leurs écrits et de nombreux médias ; et il n’y  a pas des raisons pour ne pas les croire. Au clair, le Rwanda est devenu, selon bien d’observateurs, une prison ouverte et un cimetière. La société rwandaise est tellement militarisée qu’aucun secteur de la vie n’échappe au contrôle du nouveau monarque rwandais. La loi c’est lui et tous les officiels qu’il nomme l’appliquent sans sourciller ou avec un zèle qui frise l’irrationnel. A la promulgation de la Constitution de  2003, le Professeur belge Filip Reyntjens parlait de « nouveaux habits de l’empereur». Aujourd’hui, ce sont ses habits que Paul Kagame veut renouveler en utilisant ses griots et en forçant la main du peuple rwandais.

Si quelques Tutsi peuvent encore s’exprimer (tout leur est permis, sauf remettre en cause ou lui contester le pouvoir), les Hutu sont contraints de se taire,  d’accepter, comme je l’entend souvent, les crimes qu’ils n’ont jamais commis. Ils n’ont qu’un choix  entre « submit or die ».Comme le dit si bien une dame rwandaise, « Abahutu batishwe, bapfuye bahagaze » (« Ni Iki Cyihishe Inyuma ya Ndi umunyarwanda ».https://www.youtube.com/watch?v=0YagMiqnvXQ). L’image de « poussins qui dansent en dessous du nid d’un épervier » que donne Mr l’abbé Thomas Nahimana est le vrai miroir de l’horrible statut des Hutus dans le Rwanda du FPR, un statut qui tend à se généraliser au Nord- Kivu (RDC) où les fosses communes des Hutu sont légion malgré le discours sur l’unité hutu-tutsi distillée sous les vocables tantôt d’ubumwe, tantôt de « rwandophonie ».. Le refus de dialoguer avec ses opposants, notamment les combattants des FDLR accusés à tort ou à raison « d’être foncièrement anti-tutsi et de véhiculer le venin ethnique et génocidaire» par le régime du FPR et ses soutiens occidentaux, est une autre preuve que  Paul Kagame n’est pas prêt à travailler pour la réconciliation ethnique et politique,  l’établissement d’un Etat de droit au Rwanda. Ne dit-il pas à ceux ou celles qui veulent l’entendre qu’il craint non pas l’opposition tutsie, mais plutôt l’unité des Hutus ? La désunion des Hutu et la « tutsisation » des institutions rwandaises compliquent énormément la réconciliation tant la méfiance entre les Rwandais est très forte.

Comme Museveni, il a mis en place une structure du pouvoir telle que rien n’échappe à son contrôle ; il utilise tous les outils de violence propres à l’Etat pour intérêt personnel. Tous les Rwandais sont muselés et se surveilleraient mutuellement jusque dans les foyers. Même les Tutsi sont divisés et  traités différemment : Tutsi venant des pays anglophones versus Tutsi venant des pays francophones ; Tutsi venant de la diaspora versus Tutsi étant restés au pays. Les clivages régionaux et claniques rendent aussi fragile la cohésion intra-Tutsi, même si, dans l’ensemble, les Tutsi font un front commun contre les Tutsi.

Comme Museveni, Paul Kagame sert aussi d’écran à la déstabilisation de la RDC par les Etats-Unis. Ses fréquentes expéditions militaires en RDC qu’il envoie sous prétexte de combattre les FDLR et protéger les Tutsi, s’inscrit en réalité dans  une double logique à lui : barrer la route au retour des réfugiés hutu comme le fait le gouvernement israélien pour les réfugiés palestiniens, brandir constamment le spectre de la menace ou du « péril hutu » (« idéologie et pratique génocidaires » dans la région) pour maintenir le pouvoir entre les mains des militaires, piller les richesses de la RDC pour payer les dettes contractées par le FPR durant la guerre 1990-1994, s’enrichir, enrichir les membres de son clan et les hauts officiers de son armée (sécuriser ainsi son régime et soutenir leur vie luxueuse des dignitaires du FPR, ces « nouveaux conquistadors » du 21ème siècle africain), la révision des frontières RWANDA-RDC (Berlin II) au nom des « droits dits historiques »..

Décrit par ses fanatiques comme le David Ben Gourion africain et Hitler l’Africain par ses détracteurs, Paul Kagame ne s’en offusque pas. Il vante même ses prouesses en matière d’assassinat et de tuerie à la télévision et ce, avec un cynisme étonnant. Il a une seule spécialité : couper les têtes des gens. Les Occidentaux ne sont pas obligés d’aller au Moyen- Orient pour palper de visu la nature de cette barbarie. Ce que Museveni et Kagame font n’est pas différent de ce que font les islamistes ; la seule différence est que ceux-ci n’ont pas l’autorisation  des maîtres du monde. Même ici, je force la note car les fondamentalistes musulmans sont aussi formés, financés et armés par les Etats-Unis et Israël (Robert Dreyfus, Devil’s Game. How the United States Helped Unleash Fundamentalist Islam. Henri Holt and Company, 2006 ; « IRAK – L’Etat islamique est une création de la CIA des Etats Unis et d’Israël », https://www.youtube.com/watch?v=Jne-h_viCbo); « Boko Haram, le bras armé de l’Occident pour détruire le Nigéria et chasser la Chine du Golfe de Guinée », Le Journal de l’Afrique n°°3, 24 octobre 2014).. Si, en fait, les Américains et les Israéliens parviennent à dénoncer leurs actes, c’est pour camoufler leurs actes ou détourne l’attention de l’opinion internationale de leurs actes. Arrogant et peu diplomate, Paul Kagame ne respecte pas les Rwandais et les homologues de la région (« umushumba » au vrai sens du mot), à l’exception de son mentor Museveni probablement. Il est un leader particulier en ce sens qu’il est prêt à raser tout sur son passage pour servir son ego. Bref, le Rwanda est aujourd’hui dirigé par quelqu’un qui se prend pour un « monarque éclairé » venant de la cuisse de Jupiter. Le Rwanda et la région ne devraient pas en être fiers.

Voir tout le document ci-dessous, en fichier PDF attaché.

Related Files

Pas de commentaire

COMMENTS

Repondre

Laisser un commentaire