Admonestation pour Pierre Nkurunziza, des réactions mesurées pour Paul Kagame !
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Alors que l’opinion mondiale est braquée sur la crise politique au Burundi, le président Paul Kagame du Rwanda au pouvoir depuis 1994 a entamé le processus qui doit aboutir à lui permettre d’être président à vie ou même à instaurer une monarchie héréditaire qui ne dit pas son nom. Les pays occidentaux tirent à boulets rouges, depuis avril 2015, sur le président Nkurunziza du Burundi qui, aux yeux de ces pays, ne devrait pas rempiler pour un nouveau mandat.

Rappelons que Pierre Nkurunziza accéda à la magistrature suprême de son pays en 2005 par un vote du Parlement mais que par après une Constitution fut adoptée qui spécifiait que le président de la République devait être élu au suffrage universel pour seulement deux mandats de cinq ans. Il fut élu au suffrage universel pour la première fois en 2010. Et la Cour Constitutionnelle a donc jugé qu’il pouvait encore briguer un mandat lors de ces élections de 2015.

Malgré cette salve de condamnations, Pierre Nkurunziza a appelé les Burundais aux urnes le 21 juillet 2015. Sans surprise, il fut réélu avec 69,44% selon la Commission Electorale. Aussitôt les résultats annoncés, l’opposition et les puissances occidentales ont annoncé ne pas reconnaître ce qui est sorti de cette élection. Même le Président américain Barack Obama en visite au Kenya a déclaré, le 25/7/2015, que ces « élections n’étaient pas crédibles ». Dans ces conditions l’on peut se demander si le « brave » Nkurunziza pourra tenir seul contre tous et de quelle marge de manœuvre dispose-t-il pour esquiver les tirs croisés qui convergent sur sa personne.

Nature du régime de Paul Kagame

L’on se souviendra que Paul Kagame est de fait au pouvoir au Rwanda depuis juillet 1994. Il s’est offert le plaisir d’établir un record en matière de période de transition politique : NEUF ans, pas moins ! Même en 2003 quand il a daigné enfin admettre de régner selon des institutions légales, il s’est taillé une constitution sur mesure en instaurant un long mandat de SEPT ans renouvelable une fois. Il croyait que pour avoir régné pendant neuf ans et pour ensuite rempiler pour 14 ans, il sera satisfait et pourrait remettre le pouvoir à d’autres. Mais voilà qu’il se rend compte que les 21 ans ne suffisent pas mais qu’au contraire ils ont aiguisé son appétit et que donc il doit enlever les obstacles qui l’empêcheraient de rester au pouvoir notamment le foutu article 101 de la Constitution.

Attitude des puissances occidentales

Les pays qui ont aidé Paul Kagame à conquérir le Rwanda à partir de l’Ouganda ont fermé les yeux sur ses crimes abominables qu’il a commis avant et après la prise de Kigali. Il a continué de bénéficier, depuis plus de vingt quatre ans (1990-2015), de la plus grande tolérance et compréhension de la communauté internationale. Paul Kagame a fini par croire qu’il pouvait tout se permettre.

Depuis sa conquête du Rwanda en 1994 sur fond de massacres, le régime de Paul Kagame a bénéficié des aides directes et indirectes des puissances occidentales : que ce soit pour le budget direct de l’Etat, ou à travers des ONG et des multinationales, tout a été fait pour que le régime reçoive des fonds sans condition. Se retrouvant enfant gâté de la communauté internationale, Paul Kagame s’est alors senti la vocation de devenir le faiseur des rois dans la région des Grands Lacs et même dans toute l’Afrique. D’où ses agressions incessantes en RDC et ses provocations envers la Tanzanie ou le Burundi.

Parallèlement, par le truchement des puissants lobbies qui contrôlent les médias du monde, et dont il s’est acquis on ne sait à quel prix, l’image de Paul Kagame, au lieu de paraître à l’opinion comme celle d’un dictateur anti-démocratique, est au contraire présenté comme celle d’un « héros, visionnaire, panafricaniste, … ».

Cas du Burundi : deux poids, deux mesures

Paul Kagame vient de donner du fil à retordre à ses mentors au moment où ils étaient occupés à pourfendre le président Pierre Nkurundiza du Burundi. Après avoir déclaré que Nkurunziza devait quitter le pouvoir parce que le peuple n’en voulait plus, allusion aux manifestations violentes dans certains quartiers de la capitale Bujumbura, le président rwandais a offert au monde un spectacle qui pourrait être qualifié de hilarant s’il ne mettait pas en jeu le sort de tout un peuple. Pour montrer à ces sponsors occidentaux qu’il doit se plier au vœux du peuple et rester au pouvoir jusqu’à sa mort, il a fait sillonner toutes les collines du Rwanda par ses agents pour faire signer des « pétitions-bidons » dont beaucoup de signataires avouent ne pas savoir leur contenu. Même les prisonniers pourtant privés des droits politiques ont signé cette fameuse pétition ! Ce sont ces millions de feuilles de papier qui furent acheminés au Parlement comme preuve que le peuple souhaite que la Constitution soit amendée afin de permettre à Kagame de rester au pouvoir après 2017.

Réaction au forcing de Paul Kagame

Comme le laisse entendre cette dépêche de RFI, les pays occidentaux ont été gênées par ce coup de force du président Paul Kagame au moment même où ils étaient occupées à admonester le pauvre Nkurunziza qui, pourtant, après cinq ans de transition, ne vient d’exercer qu’un seul mandat de cinq ans, ce qui est loin d’égaler les 9 ans de transition de leur poulain et de ses quatorze ans de mandats soi-disant qu’il fut élu de manière régulière. Face à cette contrariété, ces mêmes pays rivalisent de prouesse pour « marcher sur les œufs » afin d’essayer de paraître in fine cohérentes avec eux-mêmes. Le palme d’or revient entre autres à l’Union Européenne qui, au passage laisse entendre que la décision d’amender la Constitution revient au peuple rwandais. Une façon de dire que le moment venu, ils vont présenter la mascarade de la campagne des « pétitions- bidons » à laquelle vient de se livrer Paul Kagame, suffit pour légitimer son maintien à vie au pouvoir au Rwanda. On peut se demander si pour trouver grâce aux yeux de ces même occidentaux, il suffirait que le nord-coréen Kim Jong Un obtienne trois millions de signatures de ses citoyens souhaitant son maintien, lui qui pourrait en un tournemain en obtenir le quadruple, cela suffirait à le rendre fréquentable par l’Occident !

Crédibilité des prise de position de ces puissances auprès des Africains

Face à ce constat, la seule question que l’élite africaine devrait se poser est de savoir quelle crédibilité accorder aux médias et surtout aux prises de positions publiques de certains pays occidentaux quand ils se prononcent sur ce qui se passe dans tel ou tel pays d’Afrique. Malheureusement beaucoup de ces Africains prennent prêches comme « Parole d’Evangile » surtout quand ces positions ou propagandes caressent leur égo ou leur garantissent l’accès au pouvoir auquel ils ne pourraient autrement accéder.

Jane Mugeni

 

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