Rwanda. Les femmes parlementaires, instrument de marketing politique ?
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La phrase est devenue comme un slogan : « Le Rwanda est le seul pays au monde où les femmes constituent la majorité au parlement ». Dans les articles sur  internet, dans les rencontres internationales, à  l’ONU, ..,  l’exemple du Rwanda  est cité à profusion.

Il est vrai qu’après les dernières élections de septembre 2013, les femmes constituent 63,5% des parlementaires, soit 51 sièges sur 80 députés. Le Rwanda se place ainsi au premier rang d’après le  classement mondial établi par l’Union Interparlementaire (UIP). La moyenne mondiale tourne autour de 20 %.

Mais ce record cache d’autres réalités.

D’abord la majorité de ces femmes parlementaires ne sont pas élues. Elles sont nommées par le pouvoir politique, détenu d’une main de fer par le général Paul Kagame. Elles lui obéissent au doigt et à l’œil sous-peine d’être démises. Et pour cause, le tri pour cette nomination obéit aux règles occultes dont seul le FPR (parti au pouvoir) garde le secret.

Un autre fait patent est l’inexpérience voire l’incompétence. Certaines femmes choisies viennent du fin fond de l’arrière pays. Elles sont débarquées dans une ville et bombardées de tous les attributs que confère ce statut. Elles ne pensent d’abord qu’à louer celui qui est à la base de leur métamorphose. N’allez pas leur demander d’élaborer un projet de loi ou de proposer un contrôle gouvernemental. Non seulement elles ne savent pas grand chose sur ces procédures, mais aussi, elles sont nommées par le pouvoir exécutif qu’elles ne peuvent se permettre de le mettre en question sous peine de perdre ces avantages.

A voir ces chiffres, on croirait que le pouvoir politique est détenu au Rwanda par des femmes. Loin de là. Le pouvoir est entre les mains du président Kagamé et d’une poignée d’hommes autour de lui. Si les femmes avaient voix au chapitre, elles auraient fait voter des lois améliorant la condition de leurs consœurs qui végètent dans la misère. Ces jours-ci, la presse rwandaise parle de centres de santé qui utilisent des lampes torches pour opérer des femmes qui ont  des complications lors de l’accouchement; des hôpitaux qui ont des coupures d’électricité pour n’avoir pas payé leurs  consommations de courant, entraînant la mort d’un certain nombre de prématurés dans les couveuses; des femmes seules dont les maisons sont détruites sur ordre des autorités locales que ces femmes n’ont pas pu soudoyer,… Aucune voix de ces femmes parlementaires n’a été entendue. Et pourtant, elles sont majoritaires au Parlement.

Un autre exemple montrant que ces femmes parlementaires ne sont là que pour amuser la galerie est la loi de n° 86/2013 portant statut général de la fonction publique. Elle prévoit qu’une femme qui accouche a droit à la totalité de son salaire pendant les six (6) premières semaines de son congé de maternité. Si elle ne reprend pas son travail  dans les six (6) dernières semaines suivantes, elle ne va bénéficier que de vingt pourcent (20%) de son salaire.

Cette loi a fait des dégâts jusqu’à ce que la question soit soulevée, non par les femmes parlementaires, mais par les participants au Dialogue national de 2014.

Le Parlement s’est alors saisi de la question. La nouvelle loi prévoit que les employeurs vont s’acquitter de la moitié du salaire tandis qu’un fonds de sécurité sociale, constitué de cotisations de l’employé et de l’employeur, prendra en charge les 50 % restants. La loi pouvait aller loin et augmenter non seulement la durée du congé de maternité, mais également garantir la totalité du salaire aux femmes allaitantes. Les femmes parlementaires, malgré leur majorité, n’ont pas pesé de tout leur poids pour faire pencher la balance en faveur de leurs consœurs fonctionnaires ou employées. Les Suédoises, qui ne sont pas majoritaires au parlement, ont droit à 56 semaines de congés de maternité et à 100´% de leur salaire.

Que les femmes soient largement majoritaires au Parlement rwandais résulte d’un calcul politique. Non seulement la promotion du genre est génératrice des aides de toutes sortes notamment de l’ONU- Femmes et des ONG diverses, mais aussi c’est une tribune pour redorer l’image du pays gangrenée par des violations systématiques des droits de l’homme.

Le FPR a donc réussi son calcul : instrumentaliser la femme à des fins de marketing politique.

Marie-Providence Muhongayire
14/09/2015

 

 

 

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Nkabura Jabo / 14 septembre 2015 à 19 h 47 min

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