France-Rwanda : nouvelle plainte à Paris
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Le colonel BEM Luc Marchal dénonce une interprétation abusive de son témoignage relatif à l’action des militaires français à Kigali au Rwanda en avril 1994.

La presse française a largement commenté le dépôt d’une plainte contre X déposée par l’association SURVIE et visant la possibilité que la France se soit rendue complice du génocide contre les Tutsi en livrant des armes au régime rwandais début 1994. Plusieurs documents et déclarations dont celles du colonel belge Luc Marchal qui commandait le secteur Kigali dans le cadre da la MINUAR, étayent cette plainte. Contacté, le colonel Marchal a tenu à faire une mise au point suivante :

« L’association SURVIE vient d’introduire, ce 02 novembre, une plainte à l’égard de responsables français (sans les citer nommément) et ce, pour avoir livré des armes et des munitions au régime rwandais avant avril 1994, alors que le risque de génocide était déjà connu. Ces livraisons se sont même poursuivies après le début des massacres.

Parmi les différents documents, sur lesquels SURVIE se base pour étayer sa plainte, figure l’extrait d’un article paru dans le journal Le Monde, le 23 août 1995, sous la signature de Jean de la Guerivière et faisant référence à un témoignage de ma part. Il est question dans cet extrait que des munitions ont été déchargées d’un avion [français], la nuit du 08 au 09 avril 1994 [à Kigali], et transportées par des véhicules de l’armée rwandaise au camp de Kanombe.

Je n’ai rien à redire quant au contenu de l’extrait dont j’ai pu prendre connaissance. Il correspond à ce que j’ai écrit à ce sujet dans mon livre « Rwanda : la descente aux enfers », pages 246 et 247. Ci-après le passage en question pp. 246 & 247 :

« Des Paras et des Rangers veillent au grain
Le 8 avril, en début de nuit, le général Charlier m’annonce l’imminence d’une opération franco-belge d’évacuation des expatriés. Elle devrait se mettre en place dès le lendemain à l’aube avec l’arrivée des Français et 24 heures plus tard avec celle des Belges. Aucune indication sur la durée de cette opération, mais elle ne devrait en rien hypothéquer la poursuite de la participation belge à la MINUAR. À mon grand étonnement, je reçois aussi l’ordre de mettre la  » compagnie aérodrome  » de Kibat sous le contrôle direct du colonel Jean-Jacques Maurin de la coopération technique militaire française, avec pour conséquence directe que des véhicules belges frappés du sigle des Nations Unies serviront à transporter des parachutistes français. Ce mélange peu judicieux suscitera des tensions entre le général Dallaire et moi, mais surtout entre le FPR et la MINUAR. Depuis la mi-janvier, je réclame des éclaircissements sur mon statut en cas de troubles. J’y suis en plein et mes autorités nationales choisissent la solution assez contestable de l’immixtion directe, sans considération aucune pour les conséquences locales.

Le temps d’informer Jo Dewez de ce qui se prépare et de lui donner quelques directives, le chef de l’équipe des observateurs installés à l’aérodrome de Kanombe me signale l’arrivée du premier Transal C-160, suivi à quelques secondes par deux autres. Tout se passe en parfaite coordination avec les FAR. D’un des trois avions sont déchargées des caisses de munitions qui prennent aussitôt la direction du camp de Kanombe. Il est 3 heures 45 de la nuit et je n’ai même pas eu le temps de mettre le général au courant de l’opération en cours. D’autres avions suivront toute la journée, amenant personnel et matériels. Sans tarder et sans la moindre coordination avec la MINUAR, mais à bord de ses camionnettes, les Français commencent leur opération dès le début de la matinée. Les premiers à bénéficier de l’hospitalité française sont les membres de la famille présidentielle, accompagnés de certains proches de l’akazu. C’est un effectif d’un peu plus de 500 hommes qui est à pied d’œuvre, soit un gros bataillon sous les ordres du colonel Poncet. Quelle ironie ! Le 24 mars dernier, il y a quelques jours à peine, en compagnie des colonels Cussac et Maurin, nous avions finalisé le plan d’évacuation des expatriés. Le scénario du pire, mis au point ce jour-là, prévoyait précisément une reprise générale des hostilités entre les FAR et le FPR, avec des combats dans Kigali.

C’est aussi en début de matinée du 9 avril, que David Rawson, l’ambassadeur des États-Unis, vient me trouver pour arrêter les derniers détails de l’évacuation des ressortissants américains. Nous sommes voisins. Sa résidence est à quelques mètres du QG Secteur. Déjà la veille, il m’avait fait comprendre que les Américains ne s’éterniseraient pas au Rwanda. Pour lui, pas question d’un pont aérien, mais d’une évacuation par la route vers le Burundi, avec la présence de quelques observateurs comme convoyeurs. Je m’inquiète de la méthode choisie qui me semble risquée, mais il me rassure sans hésitation :  » Au moindre problème, 250 Rangers et des hélicoptères de combat sont prêts à intervenir pour nous protéger à partir de Bujumbura.  » Et d’ajouter :  » En cas de nécessité, n’hésitez pas à les appeler !  » Décidément, les Américains ne cesseront jamais de m’étonner. »

Ce passage est le seul et unique où je fais allusion à un débarquement de munitions françaises. Il n’est donc pas question, comme cela a été dit ou écrit par divers média, que d’autres munitions furent débarquées par les militaires français au cours de l’opération Amaryllis dont l’objectif était l’exfiltration des expatriés du Rwanda.
Au-delà de cette narration plutôt concise, il est des considérations que j’ai toujours tenté d’exprimer à mes interlocuteurs afin de resituer cette livraison de munitions dans le contexte de l’époque. Ces considérations étaient au nombre de trois :

  1. La France avait des accords d’assistance avec le Rwanda. Elle a honoré ses engagements à l’égard d’un pays ami faisant l’objet d’une agression extérieure. Ce ne fut malheureusement pas le cas de la Belgique qui abandonna la mission des Nations unies au Rwanda ainsi que la population rwandaise en pleine tourmente.
  2. Le génocide n’a pas été perpétré à coups de bombes mortiers. Ces munitions étaient vitales pour les troupes de l’armée rwandaise sur la ligne de front.
  3. Etant donné le poids d’une caisse de bombes mortiers ou de munitions pour armes automatiques, la capacité d’emport d’un avion Transal est toute relative.

C’est également ce que j’ai dit à la BBC dans son premier reportage sur le génocide et si mon souvenir est correct, seul mes propos au sujet du débarquement de munitions, la nuit du 8 au 9 avril, ont finalement été repris dans le reportage final. Je vais faire des recherches pour voir si je ne dispose pas d’un CD de cette émission.

Il est interpellant de constater que dans cette quête de la vérité concernant les tragiques événements de 1994 on ne mentionne même plus, ou si peu, le fait que c’est bien le Front patriotique rwandais qui a mis un terme au processus de paix en vigueur en déclenchant, à partir du nord du Rwanda, une offensive majeure dans les heures qui suivirent l’attentat du 06 avril 1994 et en reprenant les hostilités à Kigali dans l’après-midi du 07 avril. De toute évidence, certains ont une mémoire très sélective.

Quoi qu’il en soit, ce n’est pas une phrase de quelques mots qui peut tout expliquer. Ce serait trop simple. Mais à force de tirer des conclusions réductrices, c’est la vérité elle-même qui en pâtit.
Luc Marchal ».

On le voit, ce nouveau dossier (comme tous les précédents du reste) est une fois de plus destiné à faire du vent afin d’entretenir la désinformation sur les véritables responsabilités dans la tragédie des Grands Lacs.

La Rédaction
05/11/2015

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Un commentaire
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COMMENTS

CESAR / 9 novembre 2015 à 0 h 37 min

Par sa plainte de l’association Survie contre les dirigeants français imaginaires s’inscrit dans le droit fil de la désinformation colportée à grande échelle relativement aux causes réelles de la tragédie rwandaise et ce, depuis sa créaction.Il convient de rappeler que cette association est une excroissance du FPR en France, qu’elle est alimentée en euros en liquides via l’amabassade du Rwanda en France pour échaper au Fisc français, qu’elle a été créée par le feu Jean Carbonare, ex-conseiller spécial de Pasteur Bizimungu alors président en droit du Rwanda et qu’elle oeuvre pour le parti-Etat FPR et le régime Kagame en France. Cette association agit pour le compte de gouvernement tutsi rwandais. Il s’ensuit qu’en réalité, il ne s’agit pas de la plainte de Survie mais celle du gouvernement Kagame contre la France. Pour étayer son action, elle cite maladroitement et avec une extrême mauvaise foi les dires du Colonel Luc Marchal. Or, celui-ci vient de préciser ses affirmations qui sont équivoques. Par la précision sur les affirmations de ce Colonel Belge, la plainte de Survie devient une coquille totalement vide, même si au regard de la chronologie des faits notoires, elle l’était effectivement.Elle subira le même sort que celle qui a été portée contre le Père Wenceslas Munyeshyaka et autres.
Au vu de son auteur, cette plainte ne mérite pas de commentaire. Car cela revniendrait à donner une importance à cette association. Pour les Rwandais qui ne connaissent pas l’association Survie de Carbonare, après la prise du pouvoir au Rwanda par Kagame, cette association a fait le tour de France pour collecter les fonds au bénéfice des « rescapés tutsi rwandais », disaient ses dirigeants. Les Français et étrangers bienfaiteurs a donné.En tout, elle a récolté plus de 500 mille anciens francs français.Or, aucun rescapé et encore moins l’association qui gère leurs intérêts n’a reçu même un centime émanant de Survie. les faitsson réels car les donateurs peuvent confirmer mes affirmations et les Tutsi dits rescapés peuvent témoigner qu’ils n’ont reçu aucun sous de Survie. L’affaire rwandaise est donc pour elle une vache à lait. La question que tout Rwnadais sérieux peut raisonnablement se poser est de savoir pourquoi une association qu’est Surive, dirigée par les individus à moralité notoirement douteuse se livre impunément à la diffamation contre leur pays et les dirigeants français de l’époque des faits dont l’ambassadeur de France à l’ONU et le premier ministre Balladur qui, au nom de la France, a matériellement asphyxié le Rwanda en l’occurrence son armée au bénéfice du FPR. Ce qui est étonnant, cette association n’a jamais cité Sarkozy comme un des auteurs français du génocide des Tutsi alors qu’il était Ministre du Budget et Porte-parole du gouvernement Balladur.

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