Burundi. Le plan Nkurunziza fera des émules à Kinshasa, Brazza, Kigali et Kampala
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Pierre Nkurunziza a gagné sur le terrain du fait qu’il reste le Président du Burundi autour de qui doit s’organiser le dialogue en vue d’une paix de cimetière. Et ce, malgré des élections controversées. Ce n’est plus son passage en force pour un 3ème mandat qui est à l’ordre du jour mais la recherche de la paix dans un dialogue pouvoir –opposition en vue de l’ouverture démocratique du pouvoir aux autres forces en présence. L’opposition pressée de parler avec le régime a fini par accepter le médiateur Yoweri Museveni de l’Ouganda (29 ans au pouvoir) se trouvant dans une position pire que celle de Pierre Nkurunziza. Dans cette région de l’Afrique, la météo politique dessine une carte de dictatures depuis le Congo Brazza (30 ans), le Rwanda (19 ans), l’Ouganda (29 ans) et la RD Congo (15 ans), qui manifestent leur volonté de charcuter la Constitution de leurs pays afin de se maintenir au pouvoir. Tous suivront la stratégie de Pierre Nkurunziza, quitte à y apporter la couleur locale.

Le génie de Pierre Nkurunziza

Le président du Burundi avait affûté des stratégies pour briguer « démocratiquement » le pouvoir. Le pouvoir a d’abord fait voter une loi liberticide sur les libertés publiques soumettant toute réunion à une demande préalable alors qu’avant il fallait simplement en informer l’autorité administrative. Du coup, toutes les demandes de réunion de partis politiques de l’opposition furent systématiquement rejetées. Ainsi, le pouvoir venait de couper l’opposition de sa base notamment à l’intérieur du Burundi. De deux, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD a monté une sorte de milice à travers la jeunesse du parti appelée « Imbonerakure – ceux qui voient de loin », un conglomérat de démobilisés, de jeunes chômeurs pour perturber toute tentative de l’opposition et faire peur. De trois, Le CNDD-FDD a, depuis près de 10 ans, pratiquer une politique de «  nyakurisation – infiltrer les partis d’opposition, les noyauter afin de les diviser ». C’est qu’on nomme à Kinshasa par débauchage. On vit des ailes et tendances se créer dans presque tous les grands partis d’opposition comme le FRODEBU, l’UPRONA, le FNL rendant et accusant un leadership faible. Mais le génie de Pierre Nkurunziza réside surtout dans sa politique de ne réprimer que et essentiellement des Hutu (comme dans le cas des membres du FNL d’Agathon Rwasa. Ce qui explique l’inaction des Tutsi qui pensent qu’il s’agit d’une guerre d’ego entre les Hutu plaçant ainsi le parti au pouvoir au rang prestigieux de celui qui a transcendé le problème ethnique. Le retour d’Agathon Rwasa d’exil de la Tanzanie soulève des inquiétudes au sein du pouvoir et voyant venir le danger, le pouvoir Nkurunziza réussit à diviser les deux ténors de ce parti, à savoir Rwasa et Jacques Bigirimana. Bien plus, il ne faut pas donner prétexte au voisin arrogant qu’est Paul Kagame de brandir l’extermination des Tutsi pour se faire valoir. L’opposition à Nkurunziza n’est pas basée sur des réalités ethniques. Pour preuve Rwasa, Léonce, Ntibantunganya pour ne citer que ceux-là sont tous des Hutu. Cette opposition interne estime que le CNDD-FDD pouvait se trouver un autre candidat Hutu et il y en avait des vertébrés.

Le problème burundais pourrait se définir alors comme un conflit interne au sein du régime Nkurunziza. La plupart de frondeurs sont Hutu et se recrutent au sein même du parti au pouvoir. Le problème est ailleurs occasionnant des tueries et des règlements de compte entre ceux qui ont fait le maquis et ceux qui ont « étudié ». Enfin, le pouvoir a réussi à museler la presse privée accusée de faire le lit des opposants et à la solde des Occidentaux, leurs bailleurs de fonds, coupant ainsi tout relai avec les populations rurales qui n’ont que la radio comme canal d’information. Des stratégies machiavéliques mais profitant comme dans un jeu de dame à qui sait jouer avec les pions. Et nul doute que les autres pays s’en serviront et s’en servent déjà, en les adaptant selon les circonstances et la hargne de l’opposition. Question d’éviter de rébellions ou de tueries de masse.

Les condamnations tardives des Occidentaux

Tout dictateur connait le schéma des Occidentaux lorsqu’il est appelé à opérer un coup de force : des condamnations suivies de menaces de rupture des aides financières au pays. Ils sont habitués. Ils savent aussi que ces sanctions sont contre productives dès lors que c’est la population qui en souffre. Tout le monde veut préserver le statu quo pour autant qu’il crée un équilibre de forces « ethniques » dans la région des grands Lacs. Un président Hutu au Burundi et un président Tutsi au Rwanda, voilà l’équilibre, chacun d’eux tirant à boulet rouge sur l’autre et évitant d’embraser la région. La communauté internationale vit un malaise. Comment condamner Nkurunziza et amadouer Kagame, Sassou, Museveni et Kabila ? Toutes ces dictatures en Afrique centrale semblent le mal le plus beau, entre deux maux : la guerre et le statu quo.

Article tiré du journal « Les Coulisses », Bimensuel francophone indépendant spécialiste des Grands Lacs n°281 du 1er au 25 novembre 2015
Rédacteur en chef : Nicaise Kibel’bel Oka

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Un commentaire
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Emmanuel Neretse / 2 décembre 2015 à 18 h 20 min

Je dois d’abord saluer notre confrère Nicaise Kibel’bel Oka pour ses analyses instructives en rapport avec les événements dans la région des Grands Lacs en Afrique. Son style agréable doublé d’une argumentation solide ont fait que je ne pourrais me passer d’aucune de ses analyses. Qu’il en reçoive ici mes vives félicitations.
Cependant en ce qui concerne cet article intitulé : « Burundi. Le plan Nkurunziza fera des émules… », j’ai quelques divergences de vue avec mon confrère que je ne peux pas taire.
1. En partant du titre même, Pierre Nkurunziza du Burundi ne peut pas faire des émules dans la région car ceux qui se sont frayé ou se frayent encore le chemin vers une présidence à vie l’ont fait ou sont entrain de le faire avec la bénédiction des puissances qui les ont créés et installés au pouvoir. Alors que le pauvre Nkurunziza sorti de nul part s’invite dans ce dîner des grands. C’est sa faute et il devra le payer tandis que les chouchous des puissances vont occulter les manœuvres ridicules de leurs proxies pour se maintenir au pouvoir.
2. La Communauté internationale (entendez ceux là même qui ont créé Museveni et Kagame dans le but de remodeler la Région) ne peuvent pas de se satisfaire de la situation actuelle du Burundi: un pouvoir démocratique ayant pour légitimité la majorité ethnique hutu. Au contraire, ces puissances s’emploient à installer au plus vite un pouvoir à « la Rwandaise » où la légitimité est acquise par une force militaire créée et soutenue par ces puissances et capable de mater et formater les autres composantes de la populations si majoritaire soient-elles.
Dans ce qui se joue dans la région des Grands Lacs, Pierre Nkurunziza s’est retrouvé à un mauvais endroit et au mauvais moment. Dès qu’il a été décidé dans les chancelleries de Bruxelles et Washington que l’exemple de la démocratie intégrale au Burundi constituait un mauvais exemple pour le Rwanda et donc qu’il faudrait le renverser, n’importe quel président hutu qui serait au pouvoir au Burundi actuellement subirait le même sort. Les hutu qui s’agitent ou plutôt que les puissances qui leur ont donné l’asile et les financent agitent ne sont que des marionnettes qui servent à accompagner les véritables héritiers au pouvoir, ou qui comptent assouvir leur soif de vengeance contre leurs ennemis personnels qui sont au pouvoir (du genre d’Alexis Kanyarengwe ou Faustin Twagiramungu a Rwanda des années 1990) ou qui ne sont mus que par leurs intérêts mesquins mais sans aucun idéal politique (du genre Anastase Gasana du Rwanda).

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