L’article ci-dessous est tiré d’un document d’une dizaine de pages intitulé « Réflexions sur le Burundi« . Au vu de la situation qui règne dans ce pays, ce texte est d’un grand intérêt pour tous ceux qui s’intéressent sur la géopolitique de la région des Grands Lacs.
Il y a beaucoup de points communs entre ces deux pays : pratiquement la même superficie habitable (un peu plus pour le Burundi par rapport au Rwanda) ; pratiquement le même problème de pression démographique (un peu plus au Rwanda qu’au Burundi), des frontières communes, un enclavement des deux pays par rapport à l’accès à la mer, les mêmes ressources naturelles presque inexistantes des deux côtés, une langue et une culture très proches dans ces deux pays, et on pourrait en ajouter pour donner une image concrète. Bref, deux frères jumeaux acculés à s’entendre. Les puissances coloniales s’y sont laissés prendre, puisque le désir, spécialement de la Belgique, était de faire de ces deux entités géographiques un seul et même pays, avec Bujumbura comme capitale. Eh bien, non, cela ne fut jamais possible ! Pourquoi ? Peut-être parce que précisément ces deux pays étaient très semblables, trop semblables.
Et maintenant encore, sans doute même plus que par le passé, les antagonismes refont surface, au point qu’on est en droit de se demander si une guerre civile ne risque pas de mettre le Burundi à feu et à sang, un feu qu viendrait du Rwanda et qui répandrait le sang des Barundi.
Certes le Burundi fait tout pour que cette guerre se trouve légitimée devant l’opinion internationale : Nkurunziza tient absulument à garder le pouvoir en faisant changer la constitution à son profit. Mais au Burundi, contrairement au Rwanda, l’oppostion s’est organisée et refuse ces élections-bidon. Par contre, au Rwanda, Kagame, comme expliqué ci dessus s’est arrangé pour être rééligible jusqu’en 2.034 ! Et personne, jusqu’à ce jour, n’ose le lui reprocher, et cela durera jusqu’au jour où, hélas, cette opposition silencieuse se traduira par un déclenchement de violence qui sera peut-être encore plus grave que ce qui s’est passé en 1994 lors du génocide.
Deux réflexions m’ont interpellé récemment : l’une émanant du Président Rwandais qui avertissait son homologue Murundi que le Rwanda n’accepterait jamais que les troubles qui se manifestent au Burundi entachent la paix au Rwanda. L’autre réflexion, émanant d’un homme politique belge député européen disait exactement la même chose. L’opinion internationale risque de faire la même erreur fatale que fit, entre autres, la Belgique en 1994, en vilipendant le régime de Habyarimana pour embrasser la cause des partisans de Kagame.
Tout ceci ne signifie absolument pas que j’approuve le génocide de 1994. Ce fut un drame affreux, et qui laisse encore à l’heure actuelle, des plaies très lentes à cicatriser, si un jour (dans combien d’années? Ou faut-il parler d’un siècle?) les plaies guérissent.
Et je ne dis pas non plus qu’il y eut deux génocides, l’un causé par les Interahamwe Hutu, l’autre par les Inkotanyi Tutsi. Non, il y eut un seul génocide, mais également de part et d’autre des massacres de personnes innocentes qui ne demandaient qu’à vivre en paix et en bonne entente.
Car, que ce soit au Rwanda ou au Burundi, les populations cohabitent harmonieusement, tant au plan des ethnies que du point de vue des régions. Les difficultés viennent des dirigeants politiques de tous bords, qui ne cherchent qu’à accroître leur pouvoir et leur prestige aux plans économique, politique, social et culturel. Espérons contre toute espérance que la raison l’emportera des deux côtés de la frontière commune, et que les deux frères jumeaux cesseront de se regarder en frères ennemis. La population « de la base » est partante pour un partage de l’amitié, mais vous, politiciens véreux et avides de pouvoir absolu, cessez donc de manipuler les masses.
Tel est le vœu que je forme en finale de ces réflexions que je souhaitais partager avec vous.
Michel Donnet, aumônier de la Maison Marie Immaculée, 7063 Neufvilles.
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