PRISE DE POSITION D’EURAC CONCERNANT LA SITUATION AU BURUNDI
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Le Réseau européen pour l’Afrique centrale (EurAc) et ses membres condamnent l’inquiétante escalade des violences ces derniers jours au Burundi et tiennent à exprimer leur solidarité aux organisations de la société civile burundaise. Ils appellent la Communauté Internationale, et l’UE en particulier, à répondre avec fermeté à la dégradation alarmante de la situation politique et sécuritaire au Burundi, et à prendre des mesures fortes afin de prévenir le glissement vers une guerre civile qui aurait inévitablement des répercussions dramatiques sur la région des Grand Lacs.

Les assassinats ciblés menés dans la nuit du 11 au 12 décembre par les services de sécurité burundais ont fait plus de 200 victimes[1], la plupart provenant de quartiers de Bujumbura qualifiés de contestataires par le pouvoir depuis le début des manifestations contre le troisième mandat présidentiel de Pierre Nkurunziza en avril 2015. Ces assassinats font suite aux attaques armées perpétrées le vendredi  11 décembre contre trois camps militaires situés dans les faubourgs de Bujumbura. Bien qu’inacceptables et fortement condamnables, ces attaques ne peuvent en rien justifier les représailles des forces de sécurité à l’encontre de la population civile (assassinats et enlèvements) résidant dans les quartiers de Bujumbura considérés comme contestataires par le pouvoir.

L’ouverture, le 8 décembre, par l’Union Européenne (UE) des consultations au titre de l’article 96 de l’Accord de Cotonou afin d’examiner la situation au Burundi et les possibles solutions pour assurer le respect des éléments essentiels visés à l’article 9(2) de l’Accord (c’est-à-dire les droits humains, les principes démocratiques et l’État de droit) n’a manifestement pas abouti aux résultats escomptés.

Lors des consultations tenues le 8 décembre, le Gouvernement burundais a prétendu que la situation sécuritaire du pays était sous contrôle. L’UE de son côté a déclaré le même jour qu’elle « considère que les positions exprimées ne permettent pas de remédier globalement aux manquements des éléments essentiels de son partenariat avec la République du Burundi. Ces positions ne permettent pas non plus de répondre de façon satisfaisante aux décisions du Conseil Paix et Sécurité de l’Union Africaine des 17 octobre et 13 novembre 2015, en particulier sur la nécessité de la mise en œuvre rapide d’un dialogue sincère et inclusif, fondé sur le respect de l’accord d’Arusha »[2].

Malgré la gravité des faits survenus les 11 et 12 décembre 2015, les autorités burundaises prétendent que « la situation sécuritaire reste globalement bonne sur toute l’étendue du territoire de la République du Burundi »[3]. Il nous faut également déplorer la stratégie du pouvoir en place qui tend à ethniciser un conflit dont les causes sont avant tout politiques. L’enlisement du Burundi dans la crise découle en premier lieu de la décision du régime de permettre à Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel, en contradiction de la Constitution burundaise et des Accords d’Arusha (2000), et d’organiser les scrutins de juin et juillet 2015 dans un contexte ne réunissant pas les conditions nécessaires au déroulement d’élections démocratiques[4].

En outre, la profonde crise politique et sécuritaire que traverse aujourd’hui le Burundi risque de s’étendre sur le plan régional, notamment en raison du nombre de Burundais réfugiés dans les pays voisins qui, selon certaines estimations, s’élèverait à près de 220 000 personnes[5]. A cet égard, le recrutement au Rwanda de réfugiés burundais du camp de Mahama dans des groupes armés non-gouvernementaux[6] pourrait avoir des conséquences néfastes pour la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

EurAc et ses membres tiennent à exprimer leur soutien aux partenaires de la société civile burundaise qui condamnent « la stratégie adoptée par le régime répressif de Nkurunziza qui consiste à profiter des situations floues pour commettre des crimes innommables »[7] et appelent la Communauté Internationale à intervenir pour protéger les populations civiles, comme cela est déjà envisagé par l’Union Africaine et le Conseil de Sécurité des Nations Unies[8].

En conséquence, EurAc demande à l’UE et à ses États-membres de :

  1. soutenir l’envoi d’une mission de maintien de la paix au Burundi dans le cadre des Nations Unies dont le mandat serait de protéger la population burundaise ;
  2. appeler toutes les parties prenantes de la crise burundaise au respect du droit international humanitaire ;
  3. demander au Procureur de la Cour Pénale Internationale d’initier en urgence une enquête sur les crimes internationaux commis au Burundi ;
  4. appuyer la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et l’Union Africaine dans la restauration urgente d’un dialogue politique sincère et inclusif au Burundi, seule voie de sortie vers l’apaisement de la situation politico-sécuritaire dans le pays ;
  5. maintenir la suspension de tout aide budgétaire au Gouvernement du Burundi et ce jusqu’à ce que le Gouvernement et les forces de sécurité fassent la preuve du retour à un dialogue politique sincère et inclusif, du rétablissement de la situation sécuritaire et du respect des droits humains ;
  6. élargir l’application du régime de sanctions individuelles aux responsables politiques et membres des services de sécurités burundais responsables des violations des droits humains et qui représentent un obstacle à l’organisation d’un dialogue politique inclusif ; ces sanctions devraient également être élargies à tout individu ou entité qui tentent dans les pays voisins du Burundi d’instrumentaliser l’accueil des réfugiés burundais à des fins autres que civile ou humanitaire ;
  7. maintenir la pression sur le Gouvernement burundais afin qu’il rétablisse l’espace démocratique et le respect des droits humains sur toute l’étendue du territoire ; à cet égard, l’UE devrait plaider auprès du Gouvernement burundais pour qu’il annule (1) le décret 530/1597 suspendant illégalement les activités de plusieurs organisations de la société civile et (2) le blocage illégal des fonds dont pâtissent plusieurs organisations de la société civile et autres défenseurs des droits humains au Burundi ;
  8. demander à l’Union Africaine de suspendre la participation de l’armée burundaise à la Mission de maintien de la paix en Somalie (AMISOM) et aux Nations Unies de suspendre la participation de l’armée burundaise à la Mission de maintien de la paix en République Centrafricaine (MISCA).

Bruxelles, le 17 décembre 2015

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Un commentaire
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CESAR / 19 décembre 2015 à 0 h 39 min

Les actions de Louis Michel, la voix des Tutsi burundais et de Kagame au Parlement Européen contre Nkurunziza commencent à produire les effets.
C’est la victime qui est vilipendée par les ignorants ou ceux qui ont décidé d’avoir la tête du président burundais. La décision de l’UE est invraissemblable voire inique. En effet, il est notoire que c’est Kagame qui est le mal qui ronge notre région et particulièrement le Burundi. Les bandes armées sont formées par les soldats rwandais sur décision de Kagame au vu et au su des Rwandais. Ce sont ces bandes armées, les soldats rwandais et les membres de la police politique ou escadrons de la mort majoritairement burundais, de nationalité rwandaise et ex-soldats de l’armée burundaise qui ont déserté pour s’enrôler dans l’armée de Kagame qui sèment la mort et la terreur à Bujumbura. Les enquêtes menées par l’ONG américaine HRW ont confirmé les faits que j’ai maintes fois évoqués.
En réalité, au regard des faits, il ne s’agit pas d’histoire de troisième mandat de Nkurunziza qui est en jeu mais l’intéressé lui-même. Sa tête est mise à prix, après l’échec cuisant du coup d’Etat de Kagame au Burundi. Pour cela, ces gens sans moralité aucune commencent à parler de génocide des Tutsi, exactement comme ils l’ont fait contre Habyalimana, le tout aux fins de diaboliser le président burundais conséquemment décrédibiliser toutes ses actions à tous les égards. L e monde entier a entendu Adama Dieng, Conseiller spécial de Monsieur Ban pour la prévention du génocide, parler pitoyablement et minablement de génocide, entendons par-là, génocide des Tutsi burundais dont Kagame est devenu protecteur en chef sur leur demande. Génocide est un mot qui sonne fort. Les autorités burundaises doivent condamner énergiquement ce genre de divagations, colportées par les gens comme Dieng dont le monde connaît ses méfaits au TPIR et qui, par magouille, a atterri à l’ONU.
De même l’Union africaine vient de voter ce vendredi 18 décembre le principe d’un envoi de troupes africaines au Burundi, au lieu de sommer Kagame à respecter la Charte de l’Union Africaine, il décide de gaspiller des millions de dollars par l’envoie soldats alors que Madame Zuma connaît la vérité. Une question se pose : à quoi sert l’UA ? A quoi sert sa présidente ? Elle est payée pour faire quoi ?
Pour mettre en échec les agissements de Louis Michel, quelques actions peuvent être entreprises.
Première action: il faut procéder au rapatriement des milliers de familles burundaises manipulées par les sans honneur et moralité qui croupissent dans des conditions infra-animales dans notre pays. Les parents prennent en otage leurs enfants. Ils les privent l’école et préparent donc une vie sombre pour leurs progénitures. Ils n’ont aucun sens de responsabilité. Il faut donc les responsabiliser.
Les enfants de ceux qui les manipulent sont dans de bonnes écoles des pays occidentaux, en RDC et ailleurs, alors que les leurs sont envoyés à la mort, errent comme des chiens sans maître dans les camps de concentration ici au Rwanda en l’occurrence. Le fait d’être Tutsi en sus de la manipulation ci-dessus mentionnée a altéré gravement leur sens de responsabilité de sorte que l’avenir de leurs enfants est un mot dépourvu de sens.
Second acte, mettre Kagame sur le banc des accusés et en parler haut et fort, le tout avec l’appui des médias patriotes.
Troisième acte: communiquer au public les résultats d’enquête sur les cadavres du lac Rweru et demander à la Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU d’enquêter comme il l’a fait sur les victimes soi-disant tutsi burundais.
Enfin, exiger que l’ONU enquête sur ‘assassinat de Ntaryamira Cyprien et colporter à grande échelle l’action pour que le monde entier soit informé des méfaits et du jeu des maîtres du monde, pourtant prédicateur de la démocratie et du respect des droits de l’homme.
Toutes ces actions doivent être menées concomitamment. A défaut, le régime tombera comme un château de carte et ce sera une question de temps.

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