L’enquête sur la boîte noire du Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana est travestie
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L’article ci-après est tiré d’un document de 12 pages intitulé « Historique sur l’ attentat du 6 avril 1994 contre le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana » et écrit par Aloys Ntiwiragabo. L’intégralité du texte est attaché à cet article.

Dans son rapport d’enquête rendu public en novembre 2006 le juge Bruguière s’est focalisé sur les missiles, mais il n’a pas fait mention de la Boîte noire qui est une pièce à conviction aussi essentielle que les missiles, alors qu’il a aussi enquêté là-dessus.

L’enquête sur la boîte noire du Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana  abattu en phase d’atterrissage à l’aéroport de Kanombe-Kigali le 6 avril 1994 est travestie par Jacques Morel dans son livre « La France au cœur du génocide des Tutsi ».

Tel qu’il est mentionné plus haut, le 7 avril 1994, le lendemain de l’attentat, les Forces Armées Rwandaises et les Instructeurs para français ont ramassé sur le lieu du crash, dans le jardin de la résidence présidentielle de Kanombe, un boîtier qu’ils ont pris pour une boîte noire. Ce boîtier fut remis au capitaine Paul Barril de l’Elysée pour les besoins de l’enquête.

Lorsque, le 28 juin 1994, le capitaine Barril déclara qu’il avait la boîte noire du Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana, un représentant de Dassault rétorqua affirmant que l’avion n’avait pas de boîte noire  lors de la dernière maintenance en octobre 1993. Il n’a pas dit que l’avion n’en a jamais été équipé !

Il apparaît que le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana était ou fut  bien équipé d’un CVR (enregistreur des conversations de l’équipage) et d’un FDR (enregistreur des paramètres de Vol).  En effet selon l’enquête de l’ONU, le Falcon 50 était équipé d’un Cockpit Voice Recorder (CVR) Sunstrand, AV 557 depuis sa fabrication en 1980.  Dans sa lettre datée du 15 juin 1998 le Général Rannon affirme que le Falcon 50 était équipé d’un CVR et d’un FDR.

Le 14 juin 2001, Dassault Falcon Service reconnaît que le Falcon 50 de Juvénal Habyarimana était équipé d’un CVR. Par la suite un pilote de Dassault a affirmé qu’un Falcon 50 est toujours équipé de 2 enregistreurs CVR et FDR.

Cependant il apparaît également que le Falcon 50 n’avait pas ses boîtes noires au moment de l’attentat le 6 avril 1994. Les boîtes noires avaient donc été démontées.

Le 1 mars 2002, 8 ans après l’attentat, Roger Lambo de nationalité canadienne, responsable des opérations aériennes à l’ONU (MINUAR) à Kigali d’avril à décembre 1994, interrogé par le juge Jean Louis Bruguière, affirme qu’un CVR est arrivé au bureau des NU (MINUAR) à Kigali environ 2 ou 3 mois après l’attentat, mais qu’il ignorait sa provenance. Il affirme que le CVR était en bon état avec la plaquette portant le nom du fabricant et le Numéro de série.  En fait ces inscriptions sont : Fairchild Industrial Products  Type A-100, N° de série 6285.

Il affirme en outre qu’il a convoyé le CVR à Nairobi sur instruction d’Andy Sequin, également de nationalité canadienne, chef de l’unité de sécurité aérienne à l’ONU et que le CVR a été envoyé par la valise diplomatique au siège de l’ONU à New York.

Tandis que le Général Roméo Dallaire, alors commandant la Force onusienne, la MINUAR à Kigali, confirmera que la boîte noire « est apparue » au quartier général de la MINUAR à Kigali et qu’elle a été envoyé sans tarder au siège de l’ONU.

Dallaire a déclaré par la suite au cours d’une conférence à l’Université Nationale du Rwanda (UNR), le 10/04/2004, que cette boîte avait été ramassée sur le lieu du crash le 24 mai 1994 (Voir La Nouvelle Relève No 486 du 15 au 30/04/2004).

Quant à Patrick de Saint Exupéry, il  situe la découverte de la boîte noire le 27 mai 1994, « abandonnée à proximité du lieu du crash », 7 semaines après l’attentat et  7 jours après l’occupation du lieu du crash par le Front Patriotique Rwandais (FPR).

Contrairement à Patrick de Saint Exupéry, Jacques Morel affirme que la boîte noire a été retrouvée le 27 mai 1994 dans le hangar de l’aéroport où le Falcon 50 était d’habitude parqué. Or le hangar n’est pas à proximité du lieu du crash, mais plutôt à 4,5 km à vol d’oiseau du lieu du crash. Jacques Morel ne dit pas  comment et par qui la boîte noire a été trouvée. La divergence sur le lieu de ramassage de la boîte noire par 2 lobbyistes du FPR démontre que l’histoire de cette boîte est un montage.

J’espère quand même que le juge Bruguière a bien demandé à Dallaire de préciser le lieu où la fausse boîte noire a été réellement trouvée et comment elle est arrivée à son quartier général. Est-ce le FPR qui la lui a amenée, les agents de la MINUAR se sont-ils rendus sur les lieux, l’ont récupérée eux-mêmes et ont fait un rapport là-dessus ? La fausse boîte noire  a-t-elle été amenée et déposée au quartier général de Dallaire  furtivement par un inconnu  pour dire qu’elle y « est apparue » !

La boîte noire sera enfin retrouvée le 11 mars 2004, 10 ans après, dans un tiroir au siège de l’ONU. Tous les responsables de l’ONU diront qu’ils ignoraient son existence. Ont-ils demandé à Andy Sequin pourquoi il l’a cachée ?

Le 31 mars 2004 un représentant de Dassault reconnaît que le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana n’était pas équipé d’une boîte noire sans préciser le moment ou la période du constat. Cette affirmation n’empêche que l’avion fût équipé de boîte noire mais qui aurait été démontée !

Dès son apparition à la MINUAR à Kigali et au siège de l’ONU à New York, on n’a pas cru  que le CVR pouvait venir du Falcon abattu étant donné son bon état. L’ONU a créé une commission d’enquête qui a constaté ce qui suit :

La boîte noire est en bon état et ne présente pas de trace d’accident ni de traces d’incendie ni d’immersion. Mais les scellés du CVR sont manquants de même que la vis permettant de fixer la bobine de cassette d’enregistrement. Ce qui signifierait que la boîte noire a été ouverte. Effectivement l’analyse du CVR indique un enregistrement de 30 minutes d’une conversation entre un avion au sol à  Kanombe avec la tour de contrôle. La bande ne présente  ni détérioration ni signe de racolage. La commission d’enquête conclut que la boîte noire n’est pas celle du Falcon 50 du Juvénal Habyarimana, mais celle du Concorde 209 d’Air France immatriculé F-BVFC. Elle  conclut en outre que le boîtier qui a été ramassé par les FAR sur le lieu du crash n’était pas une boîte noire. En effet il n’y avait pas moyen de trouver une boîte noire puisque l’avion n’en avait pas. C’est aussi une preuve que ni les FAR, ni les para français, ni le capitaine Paul Barril, personne ne connaissait la boîte noire.

Le 29 novembre 2004 un représentant d’Air France a affirmé que la boîte noire trouvée à l’ONU est celle du Concorde d’Air France. Un mois après un autre responsable d’Air France l’a confirmé.

Nous considérons qu’en plus des déclarations des officiels de Dassault et d’Air France l’enquête a aussi été menée auprès des mécaniciens de Dassault et d’Air France ainsi qu’auprès  des différents membres d’équipages qui se sont succédés sur le Falcon 50, pour infirmer ou confirmer l’existence de la boîte noire du Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana.

De tout ce qui précède, contrairement aux interprétations de Jacques Morel et d’autres lobbyistes du FPR, faisant office de désinformation la vérité est la suivante :

*Le Falcon 50 du président Juvénal Habyarimana était équipé de boîte noire.

*La boîte noire du Falcon a été démontée en préparation de l’attentat avant le dernier entretien en octobre 1993. On l’a fait disparaître. Ceux qui l’ont fait disparaître ont été obligés d’une manière ou d’une autre de chercher une boite noire de substitution à exhiber en cas d’enquête et pour diversion.

*Les conspirateurs  ont subtilisé ou sorti des entrepôts d’Air France la fausse boîte noire du Concorde 209, l’ont emmenée à Kigali et l’ont manipulée parce qu’ils savaient que le Falcon 50 était équipé de boîte noire, mais que la boîte authentique avait été démontée.  Ce sont eux qui l’avaient démontée ou fait démonter, l’avaient fait disparaître ou l’avaient détruite.

*L’enquête devrait identifier tous ceux qui sont impliqués dans cette opération et retracer l’acheminement de la fausse boîte noire jusqu’à Kigali. Les mêmes individus sont automatiquement impliqués dans toute la planification de l’attentat du 6 avril 1994.

*Les FAR ne pouvaient pas chercher la boîte noire de substitution et la manipuler, alors qu’elles étaient convaincues qu’elles avaient ramassé une boîte noire. Elles n’auraient pas non plus commis l’erreur de la laisser sur le lieu du crash ou au hangar avion à l’aéroport de Kanombe (selon la version du lieu de découverte) lors de leur exfiltration la nuit du 20 au 21 mai 1994.

*C’est le FPR et ses alliés qui ont monté cette opération de diversion. En effet par surprise malheureuse, la boîte noire aurait enregistré des conversations de ceux qui la manipulaient citant les noms des tireurs, tel que les médias  l’ont révélé. Ce n’est donc que le FPR qui a fait la manipulation de la boîte noire.

*Des responsables ou des agents d’Air France et ceux des NU qui ont dissimulé la fausse boîte noire sont impliqués dans sa sortie des entrepôts d’Air France  et son acheminement à Kigali.

*Le fait que le juge Bruguière n’ait pas inclus  dans son rapport (ordonnance soit-communiqué) ses conclusions sur la fausse boîte noire a favorisé les spéculations.

*Au lieu de citer la liste des personnes impliquées dans cette opération le lobby du FPR en a profité pour incriminer et salir l’Etat français. Le Juge qui travaille encore sur le dossier devrait donc corriger l’erreur et inculper publiquement les conspirateurs.

Fait le 18 février 2016.

DOCUMENT ENTIER: 

Historique de l’enquête sur l’attentat du 6 avril 1994 contre le Président Juvénal Habyarimana_2

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Un commentaire
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COMMENTS

CESAR / 7 avril 2016 à 15 h 41 min

Sans commenter cet article intéressant à plusieurs égards, il me semble qu’il y a un élément important gommé par les commentateurs alors qu’il mérite d’être souligné. Dès leurs prises de fonctions après la prise du pouvoir par la force par Kagame, le premier ministre Twagiramungu a instruit le Ministre de la Justice, Nkubito, mort ensuite par poison retardant, d’adresser au nom du Rwanda, une lettre au Secrétaire Général de l’ONU de l’époque afin de lui demander de créer une commission internationale d’enquête sur l’assassinat du président Habyalimana. Ce qui fut fait via le Ministère des Affaires étrangères dirigé par Ndagijimana JMV.
Twagiramung n’a pas préablement informé Kagame, le prédent du Rwanda en fait. Lorsque celui-ci l’a appris, il a s’est précipité pour envoyer son directeur de cabinet à New York pour retirer le courrier. Ce qui a été fait avec l’aide de Madame Albright alors ambassadeur des USA à l’ONU, le tout au mépris de la règle procédurale qui veut que tout retrait doit être formulé par écrit et que le retrait est impossible. L’Etat, auteur de la lettre, demande simplement de ne pas prendre en considération sa demande et ce, à compter de la réception de sa lettre. Il n’y a pas eu une demande expresse de la part de l’Etat Rwandais signée par l’auteur de la lettre à savoir le Ministre de la Justice Nkubito. Ce fait est véridique.
Pourquoi Kagame a-t-il dépêché son directeur de cabinet pour retirer la lettre par le jeu des magouilles au surplus? Pourquoi le secrétaire général de l’ONU a- t-il violé les règles de procédures internes de l’ONU?

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