Génocide rwandais : la ville de Paris a choisi son camp
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Depuis plus de 20 ans, les mensonges, les approximations et les accusations fleurissent autour du 6 avril. C’est en effet ce jour-là qu’en 1994, l’avion qui transportait les présidents rwandais et burundais fut abattu par un missile, à proximité de l’aéroport de Kigali. Cet événement déclencha, dès le lendemain, de terribles massacres de civils dans la capitale puis dans tout le pays.

Ce mois d’avril 2016 ne fait pas exception. On assiste à nouveau à un florilège de contre-vérités et de commémorations à sens unique, en plus des habituelles accusations contre la France venant du dictateur rwandais Paul Kagame. J’ai ainsi découvert que la ville de Paris avait transformé l’un de ses jardins publics en « Jardin à la mémoire du génocide des Tutsi au Rwanda ». Comme si cela ne suffisait pas, la plaque qui porte cette appellation indique, en sous-titre, qu’« en 1994 au Rwanda, plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants ont été exterminés en trois mois car nés Tutsi ». Les édiles parisiens ont-ils choisi cette terminologie par ignorance ou par volonté délibérée de transformer un mensonge mille fois répété en vérité officielle ? Me voici donc contraint d’informer madame Hidalgo et ses collègues que :

1) Les massacres, au Rwanda, n’ont pas débuté le 7 avril 1994 et ils ne se sont pas achevés trois mois après cette date. Ils débutèrent peu après l’attaque lancée contre le Rwanda par des éléments de l’armée ougandaise, le 1er octobre 1990. Il est vrai qu’ils connurent un paroxysme durant les terribles cent jours qui suivirent le 6 avril 1994. Mais ces massacres ne touchèrent pas les seuls Tutsis : de nombreux Hutus, opposés au pouvoir en place, en furent aussi les victimes.

Alors que se déroulaient ces atrocités à Kigali, sous le regard de journalistes étrangers, des massacres de grande ampleur étaient perpétrés par les troupes du FPR, au fur et à mesure de leur avancée victorieuse. Ils se poursuivirent encore longtemps après la prise de Kigali au début de juillet 1994. Se souvient-on du massacre de la population du camp de déplacés de Kibeho des 22 et 23 avril 1995 ? Au moins 5.000 hommes, femmes et enfants furent massacrés par les soldats du FPR, sous les yeux des Casques bleus australiens. A-t-on oublié les massacres, en particulier dans le nord du pays, qui ponctuèrent le règne du FPR jusqu’en 1998 ? Enfin, que dire de la chasse aux réfugiés rwandais à laquelle se livra l’armée du FPR en territoire congolais à partir de septembre 1996 ? Au moins 200.000 de ces réfugiés en furent les victimes.

2) Le nombre des Tutsis du Rwanda était généralement estimé à environ 12 % de la population totale, soit environ 840.000 personnes. Si « un million » de Tutsis avaient été assassinés durant les trois terribles mois de 1994, cela signifierait que 14,3 % de la population rwandaise a été exterminée et qu’aucun Tutsi n’a survécu. Or, une bonne partie de la communauté tutsie a fort heureusement survécu. Cette froide démonstration mathématique prouve donc que nombre de non-Tutsis furent également victimes des massacres.

La ville de Paris n’aurait-elle pas mieux fait d’honorer la mémoire du million d’hommes, de femmes et d’enfants rwandais qui furent massacrés pendant la guerre du Rwanda en nommant son jardin public « Jardin de la mémoire du génocide rwandais » ? Ou bien son maire et ses conseillers municipaux pensent-ils, comme Dominique Sopo (1), qu’« évoquer le sang des Hutu, c’est salir le sang des Tutsi » ?

Le génocide rwandais a été commis par des Rwandais contre des Rwandais. Les bourreaux qui le perpétrèrent étaient des Hutus mais aussi des Tutsis. Les victimes étaient, elles aussi, tutsies et hutues. Honorer la mémoire d’une partie des victimes est une abomination. C’est ce qui se fait au Rwanda depuis juillet 1994. Il est bien triste de voir la ville de Paris emboîter le pas au dictateur de Kigali !

Hervé Cheuzeville
Journaliste, auteur

Source : http://www.bvoltaire.fr/


 

(1) Celui qui était alors président de SOS Racisme prononça ces mots lors du procès que son organisation avait intenté au journaliste-écrivain Pierre Péan à la suite de la publication du livre de ce dernier, « Noires fureurs, blancs menteurs – Rwanda 1990-1994 » (Mille et une nuits, 2005).

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