Rwanda. Paul Kagame et les rapports de l’ONU
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Depuis que Paul Kagame,  à la tête des éléments tutsi de l’armée régulière ougandaise, a conquis militairement le Rwanda en 1994, certaines instances internationales dont l’Organisations des Nations Unies (ONU) dénoncent de temps en temps ses crimes de guerre, crimes contre l’humanité et les menaces de la paix  qui émaillent son règne sans partage sur ce pays et même sur la région des Grands Lacs d’Afrique.

Chaque fois que des Commissions spécialisées des Nations Unies ou des Equipes d’Experts mandatés par celles-ci produisent des rapports sur la situation au Rwanda et dans la région des Grands Lacs, ces rapports finissent tous de la même façon pour peu qu’ils aient mis en cause le général-président Paul Kagamé ou son armée : dans la poubelle. Le schéma est le même. Quand le rapport sort (ou quand il « fuite »), Paul Kagame dément dédaigneusement et souvent contre toute évidence, les accusations portées contre lui, sans avancer aucun argument  pour réfuter les faits allégués mais seulement en insultant les rédacteurs de ces rapports et en les menaçant. Chaque fois, une telle réaction de Paul Kagame suffit alors au Conseil de Sécurité à qui le rapport était adressé pour le classer sans suite et même quelques fois pour licencier ou résilier les contrats des experts qui l’avaient produit. Ce cas est presque unique dans l’histoire diplomatique le l’ONU que ça vaut la peine de s’y pencher de plus près.

Quelques cas

Nous n’allons pas remonter au lendemain de sa conquête militaire du pays en 1994. Aucune instance n’osait dénoncer  et même évoquer les crimes qu’il commettait.  A cette époque, Paul Kagame  donnait régulièrement ordre à ses combattants de tirer sur la foule rassemblée soi-disant pour recevoir de l’aide ou des directives des nouvelles autorités (Byumba 1994). Il a ordonné à son armée de pilonner à l’arme lourde un camp de déplacés avant de monter à l’assaut pour achever les agonisants sous les yeux ahuris des troupes de l’ONU (Kibeho avril 1995). Bilan : plus de 8000 morts dont aucune instance internationale ne veut évoquer la mémoire. C’est également à cette époque, que son armée n’a pas hésité à raser des collines entières sous prétexte d’y débusquer un quelconque « infiltré hutu » ( Ruhengeri-Gisenyi, 1998-2000). C’est après cette période que certains des crimes contre l’humanité ou des violations du droit international commis par Paul Kagame furent dénoncés dans quelques rapports des Nations Unies.

Rapport Mapping: Le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (UNHCHD) publia, le 1er octobre 2010, un rapport du nom de Mapping Report concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République Démocratique du Congo.

Dans ce rapport, les enquêteurs de l’ONU estiment que les faits de « génocide » ont pu être commis en RDC entre 1996 et 1998 par des militaires rwandais ou soutenus par le Rwanda. Les enquêteurs de l’ONU signalent que les attaques systématiques et généralisées ont visé les Hutu réfugiés en RDC. Ils révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Après la publication du rapport, le Rwanda, qui avait tenté sans succès d’en empêcher la publication, a réagi en invoquant la légitime défense (invasion de la RDC) ou de se prémunir d’un nouveau génocide (chasse et massacres de réfugiés hutu en RDC jusqu’à plus de 2000km de sa frontière).

Résultant : Le Rapport Mapping a été mis au frigo et on n’en parle plus à l’ONU de peur de s’attirer les foudres de Paul Kagame.

Création, entraînement et armement du M23 à l’assaut de l’Est de la RDC : En avril 2012, une nouvelle rébellion dénommée M23 a éclatée dans la province de l’Est de la RDC, le Nord Kivu. Elle était composée d’éléments tutsi congolais qui avaient été intégrés dans l’armée régulière en 2009. Le gouvernement de la RDC  a vigoureusement dénoncé, preuves à l’appui, l’implication du Rwanda dans cette flambée de violence qui embrasait de nouveau le Nord Kivu. En juin 2012, un rapport du Groupe d’Experts des Nations Unies fut publié. Il démontrait, dans les moindres détails, l’implication du Rwanda dans cette nouvelle guerre imposée au peuple congolais. Comme à l’accoutumé, Paul Kagame rejeta le rapport en niant en bloc les accusations qui y étaient mentionnées sans les démentir dans les faits autrement qu’en claironnant que « les problèmes congolais regardent les congolais… que son régime ne doit pas être le bouc émissaire de tous les malheurs du Congo …etc » . Il a fallut la mise en place d’une Brigade d’Intervention au sein de la MONUSCO et chargée de neutraliser les groupes armées opérant à l’Est de la RDC pour que Paul Kagame soit pour une fois confondu et contrarié.

En effet, cette brigade, créée en mars 2013, se mit aussitôt à l’œuvre à commencer par le M23 qu’elle mit en déroute en novembre 2013. Les combattants tutsi qui avaient été formés, équipés et entraînés par Paul Kagamé avant d’être lâchés sur la RDC, retournèrent dans leurs sanctuaires au Rwanda et en Ouganda, pour certains, où ils se trouvent encore à l’heure où nos écrivons.

La déstabilisation du Burundi : Depuis avril 2014, le Burundi fait face à une campagne militaire et médiatique de déstabilisation. Prenant prétexte d’un troisième mandat à la tête de l’Etat ( deuxième mandat acquis au suffrage universel comme le stiple la Consitution de ce pays ) que le président Pierre Nkurunziza a brigué et pour lequel a été finalement élu, les puissances et leurs suppôts qui avaient concocté un plan pour établir au Burundi un régime «  à la rwandaise » c-à-d dominé militairement par la minorité tutsi qui aurait alors la latitude d’associer ou non les Hutu dociles de leur choix à la gestion politique du pays, ont commencé à le mettre en œuvre.

Depuis lors, des actes terroristes comme des jets de grenades dans des lieux publics, des assassinats ciblés, des manifestations violentes dans lesquelles les membres des forces de l’ordre isolés sont lynchés et les sympathisants du parti au pouvoir sont brûlés vifs…sont devenus le quotidien des Burundais surtout ceux qui  habitent certains quartiers de la capitale Bujumbura.

Parallèlement, des actes de guerre classique visiblement coordonnés et bénéficiant d’une chaîne de commandement et d’un appui logistique conséquent comme la tentative de prendre d’assaut la Radio Télévision nationale, les attaques simultanées  des camps militaires… ont fini par convaincre les plus sceptiques qu’une ou plusieurs puissances étaient derrière cette campagne de déstabilisation d’un des rares régimes démocratiques de la région.

Devant les multiples protestations du gouvernement du Burundi, certaines ONG ont fait des enquêtes qui ont conclu que le régime du Rwanda recrutait, entraînait puis envoyait au Burundi des combattants avec pour mission d’y semer le chaos. Même les Nations Unies ont fini par entendre les cris de détresse du Burundi. Ce 12 mai 2012, un rapport confidentiel adressé au Conseil de Sécurité des Nations Unies accuse le Rwanda de continuer d’entraîner, de financer et d’armer les rebelles burundais au début de l’année 2016, pour renverser le président Pierre Nkurunziza. Un groupe de six experts indépendants, engagés par les Nations Unies pour surveiller l’application des sanctions du Conseil de Sécurité en RDC, a confidentiellement rapporté, au mois de février 2016, que 18 combattants burundais dans l’Est de la RDC, ont déclaré qu’ils avaient été recrutés dans un camp de réfugiés au Rwanda au milieu de 2015 et entraînés par des instructeurs, dont faisaient partie des militaires rwandais.

Le Rwanda a plusieurs fois nié les faits. Dans ce dernier rapport des experts, et qui devait encore être discuté par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, il est dit que cet appui du Rwanda continue encore. Les experts de l’ONU ont dit avoir présenté leurs constatations au gouvernement rwandais qui, comme toujours,  a nié  les faits invoqués et qu’il n’avait pas eu connaissances des recrutements de Burundais au camp des réfugiés abritant les Burundais.

Pour répondre à ces accusations et enterrer ce nouveau rapport, Paul Kagame a profité du Forum Economique Mondial qui se tenait à Kigali du 11 au 13 mai 2016 pour le rejeter sans autre argument sauf pour dire que « les problèmes du Burundi regardent le Burundais  eux-mêmes et sont internes au Burundi » ! On se demande alors pourquoi il va s’y ingérer et au nom de quoi il doit leur choisir le régime qui devrait y être établi. Mais disant cela, le dictateur de Kigali est déjà convaincu que le rapport est déjà enterré et que personne n’osera plus en parler surtout pas à l’ONU et encore moins à l’Union Africaine.

La presse

Le plus affligeant dans cette danse macabre entre Paul Kagame et l’ONU est l’attitude des médias internationaux. Les grands médias qui sont censés être des leaders d’opinion continuent d’étonner par leur nullité quand il s’agit de couvrir les informations en rapport avec les crimes de Paul Kagame. La palme revient aux médias francophones comme RFI, RTL, RTBF, Le Soir, La Libre Belgique…sans parler du honteux hebdomadaire parisien Jeune Afrique. Chaque fois qu’ils sont contraints de signaler que Paul Kagame a encore une fois été pris la main dans le sac en train de piller ou de déstabiliser les Etats voisins du Rwanda,  soit qu’un rapport des experts a fuité et que donc il est inutile de censurer l’information, ces médias attendent tout bêtement que Paul Kagame ( ou son inénarrable ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo) réagisse en niant les faits allégués dans ce rapport, pour enfin s’écrier : « Le rapport des Experts accuse le Rwanda…mais celui-ci a nié, donc ces accusations sont fausses ».  Il ne leur reste alors qu’à éviter soigneusement ce sujet dans leurs futures  publications mais  par contre ils continuent à participer à la campagne visant à accabler les Etats victimes des crimes contre la paix et contre le droit international humanitaire commis par Kagame dans la région.

Attitude du Conseil de Sécurité et sa crédibilité

Selon la Charte des Nations Unies, le Conseil de Sécurité, qui est l’un de ses organes, est chargé, en ce qui concerne le maintien de la paix :

« Maintien de la paix et de la sécurité internationales

Lorsqu’il est saisi d’une plainte faisant état d’une menace contre la paix, le Conseil de sécurité commence, en règle générale, par inviter les parties à régler leur différend par des moyens pacifiques. Il peut :

  • Énoncer les principes auxquels devra se conformer un éventuel règlement;
  • Dans certains cas, ordonner des mesures d’enquête et de médiation;
  • Envoyer une mission;
  • Nommer des envoyés spéciaux; ou
  • Demander au Secrétaire général d’user de ses bons offices pour parvenir à un règlement pacifique du différend.

Lorsqu’un différend débouche sur des hostilités, le Conseil a pour priorité de mettre fin le plus rapidement possible à celles-ci. Dans ce cas, il peut :

  • Ordonner un cessez-le-feu, ce qui peut prévenir une aggravation du conflit;
  • Déployer sur le terrain des observateurs militaires ou une force de maintien de la paix afin d’aider à réduire les tensions, de séparer les forces en présence et de rétablir le calme pour faciliter la recherche d’un règlement pacifique.

Si cela ne suffit pas, le Conseil peut décider de prendre des mesures d’imposition de la paix, parmi lesquelles :

  • Des sanctions économiques, un embargo sur les armes, des restrictions et pénalités financières et des interdictions de voyager;
  • La rupture des relations diplomatiques;
  • Un blocus; ou
  • Des mesures collectives d’ordre militaire. »

Or, en ce qui concerne Paul Kagamé et la région des Grands Lacs, il apparaît que le Conseil de Sécurité a toujours failli à sa mission et s’emploie plutôt à protéger le criminel et le fauteur de troubles en lui accordant une impunité nullement justifiée. Plusieurs rapports faisant état de la violation des principes de la Chatre de l’ONU par Paul Kagame quand il provoque des guerres dans la région ont été adressés à ce Conseil de Sécurité. Curieusement celui-ci n’a jamais pris ni sanctions économiques, ni embargo sur les armes ni autres mesures prévues dans un cas pareil.

Face à ce cas d’école que constitue l’impunité dont bénéficie le criminel Paul Kagamé de la part de l’ONU, il faut malheureusement reconnaître que la crédibilité du Conseil de Sécurité en a pris un coup au détriment hélas !, des peuples de la région des Grands Lacs victimes du dictateur paranoïaque Paul Kagame.

Qui conseille Paul Kagame ?

La sagesse bantoue enseigne que : « Quand vous découvrez qu’un chien est assis à la cime d’un arbre, ne perdez pas votre temps à vous demander comment il est arrivé là. Cherchez plutôt qui l’y a amené ! »

De même, tout le monde comprendra que ce n’est pas l’ancien garçon de rue de Kampala qui, ayant raté sa scolarité et qui se fera enrôlé dans une rébellion ougandaise de Museveni comme tous les vagabonds de son âge des années 80, qui par la suite sera choisi comme le supplétif local dans la conquête du Rwanda et le remodelage de l’Afrique centrale et orientale par la superpuissance qui venait de gagner la guerre froide, que c’est ce même individu que ces camarades du maquis ougandais décrivait comme étant «  intellectually and physically unfit » qui ferait  aujourd’hui trembler le Conseil de Sécurité et fait taire les cris des pays comme la RDC ou le Burundi devant cette instance. Non, c’est celui qui l’a installé sur le trône du Rwanda et qui tient  aussi les leviers de commande du Conseil de Sécurité qui lui indique comment faire et ce qu’il faut dire. Et pour le reste, à lui (celui qui l’a installé au pouvoir au Rwanda)  de jouer pour faire classer sans suite les « foutus rapports ».

Et les victimes ?

Comment devraient réagir les « victimes » de la protection dont bénéficie  Paul Kagame de la part du Conseil de Sécurité ? Les victimes dont il s’agit ici ce ne sont plus seulement des individus ou des familles endeuillées par les aventures de Paul Kagamé. Il s’agit bien des Etats souverains, eux aussi membres des Nations Unies qui sont censés être protégés par la même Charte que celui qui protège le Rwanda de Paul Kagamé. Au premier rang la RDC qui, depuis 1996,  est devenue le marchepied  et l’exutoire des fantasmes de Paul Kagamé (ou plus précisément de ses créateurs). Il s’agit actuellement du Burundi qui ayant opté pour une démocratie intégrale, égalitaire et appliquant le principe de « un homme une voix », est dans le collimateur des créateurs de Paul Kagame qui voudraient, ou plutôt ont décidé d’installer un régime « à la rwandaise » au Burundi.

L’on sait que le Conseil de Sécurité est notamment composé de cinq Etats membres permanents ayant le droit de véto .  Au moins deux d’entre eux sont les parrains de Paul Kagamé, ce qui signifie qu’aucune sanction ne peut être prise contre lui par le Conseil de Sécurité. Par contre, deux autres membres permanents de ce Conseil de Sécurité sont eux aussi susceptibles de s’opposer aux sanctions proposées contre les pays victimes du Rwanda comme la RDC ou le Burundi si d’aventure ils rendaient à Paul Kagamé la monnaie de sa pièce.

Mais pour en arriver là, il faudrait que les victimes ressentent leur victimisation de la même manière, qu’elles aient suffisamment d’amour propre pour ne pas continuer à être humiliées par Paul Kagamé, qu’elles agissent en concertation et s’en donnent les moyens…Ce qui est loin d’être acquis.

Emmanuel Neretse
15/05/2016

 

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Un commentaire
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COMMENTS

paul / 17 juillet 2016 à 5 h 00 min

wa mugabo nsoma ibyo wanditse nkeka ko ugirira abatutsi urwango rwinshi. igihugu kiradukeneye ngo tucyubake, naho kwanga kagame gutyo mbona atari byo. dukine politique dushaka guhindura ubuzima bw abanyarwanda ariko kandi bidashingiye kwanga ubwoko runaka. kuko ntaho byazatugeza. njye ubikubwira ndi umuhutu wahungiye congo nkasubira mu rwanda, ndongera kuva mu gihugu kubw akazi ariko nakubwira ko hari byinshi bigaragara ku maso utari impumyi byahindutse mu gihugu ngereranyi na henshi ngenda muri africa. kandi b abantu bose bagetrageza kubana nta rwango nka mbere ya 1994. byo reka tujye turwanya akarengane ariko rero ntitugakabye. Ugire amahoro bwana Neretse.

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