Rwanda : l’historique des ex-FAR. Une des clés pour comprendre le fond du problème rwandais 
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En 2010, Emmanuel Neretse a publié aux Editions Sources du Nil, un livre intitulé : « Grandeur et décadence des Forces Armées Rwandaises ».

Dans cet ouvrage de 315 pages, l’écrivain rwandais raconte l’histoire des forces qui ont assuré la défense et la sécurité du Rwanda depuis la déchéance de la monarchie féodale et  la proclamation de la République en janvier 1961,  jusqu’à leur défaite consécutive à la reconquête militaire du pays, en juillet 1994, par les combattants du  Front Patriotique Rwandais, venus d’Ouganda.

La conclusion générale du livre résume parfaitement l’odyssée des Forces Armées Rwandaises (FAR) et éclaire d’un regard nouveau la situation actuelle et à venir du Rwanda. Nous vous la livrons :

Dès 1961, la Puissance qui administrait le Rwanda pour le compte de l’ONU à savoir le Royaume de Belgique, avait doté ce territoire d’une Garde Nationale. Ce corps chargé de la défense et de la sécurité de la toute jeune et fragile « République Rwandaise » continuera à bénéficier de l’assistance de la Belgique à travers le programme de coopération longtemps après l’indépendance du pays proclamée le 01/07/1962. La Garde Nationale a par la suite fusionnée avec la Police nationale pour devenir les « Forces Armées Rwandaises : FAR ». Les FAR s’acquitteront de leur mission à la satisfaction du peuple rwandais dont elles étaient l’émanation. Elles n’étaient donc ni des bandes armées, ni des milices de partis politiques et encore moins des « génocidaires » comme voudrait le faire croire une certaine presse ou certains auteurs intéressés.

Les crises qu’elles ont traversées font partie des faits marquants des deux républiques. Les FAR s’en sont chaque fois sorties sans trop de dégâts. L’invasion de l’armée régulière ougandaise déclenchée le 01/10/1990 allait changer la donne. Les luttes politiques générées par le multipartisme alors à la mode et souvent mal compris, allaient déboussoler les combattants. Ils vont être démoralisés, provoqués et ridiculisés par les politiciens de mèche avec l’ennemi et qui avaient opté pour cette alternative afin d’arriver au pouvoir.

Diplomatiquement battu dès 1991, en échouant à faire condamner une agression caractérisée de l’Ouganda mais au contraire en reconnaissant avoir affaire à un conflit interne, le Rwanda faisait un pas vers l’abîme. Le pays s’y est précipité les yeux fermés, lorsqu’en 1993, des politiciens au gouvernement ont pactisé avec l’ennemi. Ses représentants ont signé un protocole permettant à l’ennemi d’installer à Kigali, au cœur du dispositif de défense des FAR, un « bataillon » de combattants. Réédition contemporaine du récit antique du « Cheval de Troie ». Cette disposition permit au FPR d’infiltrer quasi ouvertement, des milliers de combattants dans la capitale rwandaise. La suite on la connaît.

D’avril à juillet 1994, les FAR vont battre en retraite devant la machine bien huilée du FPR coachée par la Force internationale (MINUAR) qui était censée faire appliquer l’accord de paix, épaulée par les unités des armées de certains pays africains et encouragée et soutenue par le monde anglo-saxon. Cette organisation (le FPR) créée dans le seul but de réinstaller les seigneurs tutsi de nouveau au pouvoir au Rwanda d’où ils avaient été chassés en 1959, mettait en exécution sa dernière phase dans la reconquête du pays dont elle rêvait depuis des décennies et qu’elle avait soigneusement préparée.

Depuis leur disparition de la scène rwandaise, non seulement les FAR portent l’infamie de la défaite, mais elles sont aussi affublées d’un qualificatif qui les met à jamais en marge de la Société. Ils sont qualifiés de « génocidaires ». Le Tribunal mis en place par l’ONU pour juger les crimes commis au Rwanda en 1994 et qui doit fermer en 2012 semble abonder dans cette thèse avancée par les conquérants. Quelques officiers des FAR ont en effet été arrêtés et sont jugés par le TPIR, mais paradoxalement, aucun membre de l’armée qui a attaqué en octobre 1990, qui a guerroyé pendant près de quatre ans avant de conquérir tout le pays en 1994, n’a été inculpé. En plus l’accusation tente de faire condamner à travers ces officiers des FAR, toute l’institution. Jusqu’à présent la cour n’est pas tombée dans ce piège et les membres des ex-FAR qui ont été condamnés l’ont été à titre individuel sans que l’institution « FAR » ne soit reconnue comme « criminelle ».

C’est cette institution, les « Forces Armés Rwandaises » que nous avons voulu présenter sous tous ses aspects aussi bien négatifs que positifs. Le déshonneur et l’infamie de la défaite dont ils ont largement payé le prix, ne devraient pas donner libre cours aux raccourcis tendant à les charger de « tous les péchés d’Israël » en les désignant comme le bouc émissaire idéal dans la tragédie rwandaise. Ceux qui ont servi dans les FAR, devraient en être fier car ayant offert la plus dynamique période de leur vie à servir la bonne cause : la défense des idéaux démocratiques et républicains, acquis de la révolution populaire de 1959, même si les forces d’oppression ont eu le dessus. Le menu peuple rwandais qui s’était émancipé en 1959 devrait avoir à l’esprit que les FAR ont permis de démontrer durant trois décennies qu’il était possible pour d’anciens serfs de vivre en liberté et dans la dignité. Si ces acquis n’ont pas pu être sauvegardés, les FAR en ont été les premières désolées, raison pour laquelle leur histoire ne devrait pas être occultée. Le « tableau d’honneur » à savoir la liste des officiers des FAR lauréats des différentes écoles militaires que nous publions, a pour but de leur rendre gloire et de témoigner pour les générations futures des sacrifices qu’ils avaient acceptées d’endurer pour défendre le menu peuple rwandais menacé depuis sa prise de conscience en 1959 par des adversaires plus puissants et qui en 1994 ont repris la situation en main. Leur évocation ne vise pas à les « faire repérer » et donc à causer des ennuis à ceux qui sont encore en vie ou à leurs proches, comme il sied normalement à tout vaincu d’adopter plutôt un profil bas. L’initiative vise plutôt à témoigner, à l’intention de leurs descendants, que leurs ancêtres ont servi la patrie et pour la bonne cause, contrairement à ce que tentent de faire croire les nouveaux maîtres du pays venus d’Ouganda et qui l’ont militairement conquis en 1994, ce qui ne constitue d’ailleurs qu’une épisode de l’Histoire millénaire de notre beau et éternel Rwanda.

Mais aucun résumé, aucun article,  ne pourraient remplacer valablement la lecture intégrale du livre d’Emmanuel Neretse que nous vous recommandons.

Gaspard Musabyimana
16/08/2016

Pour commander ce livre, envoyez un message à : info@editions-scribe.com 

 

Un commentaire

COMMENTS

Uwacu Kinyata Bonaventure / 16 août 2016 à 13 h 27 min

je suis très curieux

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