Le « Mwali », une école traditionnelle de la technologie sexuelle
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Dans la région des Grands Lacs, il a existé une école d’éducation sexuelle connue sous le nom d’« umwali ». Sa signification varie d’un pays à l’autre. Au Rwanda, le terme « umwali » désigne une jeune fille nubile, vierge, qui est en âge de se marier. Etre qualifiée d’umwali pour une fille est signe d’estime par l’entourage et par la communauté, pour sa sagesse et sa bonne éducation. Au Rwanda et au Burundi, des jeunes filles portant des noms propres d’umwali sont légion.

En langue swahili, le mot « mwali » vient du verbe « kwalika » qui signifie « initier ». L’initiateur sera alors « mwalimu » qui dérive du même verbe. Umwali est donc une nouvelle « initiée » au sexe.

Ce terme a d’autres acceptions en Afrique où il est répandu : jeune fille vierge ; fille qui a ses premières règles ; jeune femme ; enfant avant son initiation, etc.

En République Démocratique du Congo (RDC), umwali fut une véritable institution féminine d’éducation sexuelle. Ce rite prend naissance dans la culture swahili de la Tanzanie, mais on le retrouve également partout en Afrique centrale, jusqu’au centre et au sud du Malawi, chez les Nyanja, où il est appelé « chinamwali ». C’est un rituel d’incorporation de la fille nubile dans la société des femmes, un rite de passage de la jeune fille de l’enfance à l’âge adulte au cours duquel les jeunes filles sont initiées par des instructrices, des « mwalimu », appelées également des « Somo », dérivés du verbe swahili « kusoma », signifiant « lire », « apprendre ». Les Somo sont donc des femmes ayant le savoir qu’elles transmettent, pendant de longs mois, aux jeunes filles pubères, les « wali » pluriel de « mwali ». Il avait trait principalement au code conjugal, à tout ce qui a trait au coït et aux diverses pratiques sexuelles notamment les diverses méthodes pour une satisfaction sexuelle mutuelle du couple. Bref, les Somo assurent aux wali, sur lesquelles elles ont par ailleurs une autorité supérieure à celle des parents, une éducation indispensable à une vie conjugale harmonieuse.

Le rite « umwali » n’a pas de ce fait manqué de soulever des remous. Il a été considéré comme une « secte de prostitution » par les colonisateurs vu son caractère secret et comme subversif par les hommes, car il était pratiqué par et pour les femmes dans la plupart des pays à système patriarcal en dehors du contrôle du sexe mâle. Il fut combattu par les missionnaires catholiques qui du coup faisaient barrage à l’Islam.

Loin d’être une perversion sexuelle, le mwali est une école d’éducation sexuelle pour les filles. En puisant dans les travaux de ceux qui se sont penchés sur ce rite d’initiation sexuelle dont notamment Pierre Salmon[1] ou Alex Engwete[2], il appert que l’apprentissage des pratiques sexuelles portait sur des techniques principales qui devaient être maîtrisées par la fille pour satisfaire sexuellement son futur mari.

1. L’apprentissage des techniques sexuelles

Les principales techniques sexuelles apprises par le « mwali » étaient les suivantes :

Le Kupeta

Ce mot signifie, littéralement, « vanner ». C’est la technique de la maîtrise des hanches. Avec une partenaire faisant fonction de l’homme au-dessus de la néophyte, celle-ci exécute des mouvements, presque des coups de reins, en soulevant ses hanches, de bas en haut et de haut en bas. Cette technique est répétée autant de fois jusqu’à ce qu’elle soit maitrisée.

?????????????????????Cet apprentissage basé sur le principe pédagogique du « learning-by-doing » (apprendre en faisant) sera d’application tout au long de la formation. Ainsi, pour apprendre la technologie sexuelle, la formatrice et ses assistantes devaient se déshabiller pour mimer l’acte sexuel dans tous ses détails.

Une des leçons qui prenait du temps des « wali » consistait à savoir se déhancher, mouvements qu’elles devraient répéter lors des relations sexuelles avec leurs maris.

L’apprentissage de divers mouvements des hanches recourait aux techniques diverses. Pour que l’initiée apprenne à remuer les hanches sans bouger ni la partie supérieure du corps, ni le ventre, ni les cuisses, une partenaire s’asseyait sur son ventre. Pour tester si ce mouvement est maîtrisé, à la place de la partenaire, il y avait un récipient rempli d’eau. Elle devait alors bouger des hanches sans qu’une goutte d’eau ne soit versée. Suivaient une sorte de mouvements mimant le coït en se déhanchant et en synchronisant ses mouvements des hanches avec ceux de la partenaire qui était au-dessus de l’initiée.

Les mouvements des hanches avaient des variantes dont :

Le Kuyunga, le Tikiza, Unyonga et le Kufyonza

« Kuyunga » est une technique qui consistait à exécuter des ondulations latérales des hanches à la manière d’un tamis. Le kuyunga signifie d’ailleurs littéralement « tamiser ». En Ouganda, au Rwanda, au Burundi voire en Tanzanie, la technique est connue sous le nom de « kunyonga » qui signifie littéralement « pédaler ».

Les autres variantes de ces techniques sont :

– Tikiza

Le terme signifie littéralement : « roulement des hanches ». Le mwali apprend à exécuter des mouvements des hanches et du derrière pour donner au partenaire le maximum de jouissance charnelle.

– Unyonga

Le mot « unyonga » signifie « danse des reins ».

Sur ce même registre de la technologie sexuelle, la fille apprenait en outre :

– Kufyonza

Le kufyonza, qui signifie littéralement « sucer », est une série d’exercices de contraction et de relâchement des muscles du vagin.

A cela il faut ajouter l’apprentissage des techniques de succion du pénis, de petites morsures, et de baisers.

Un autre module porte sur :

2. Les technique de la toilette intime

Les wali procédaient à l’allongement des petites lèvres vulvaires dans le cadre de préparation de leurs organes génitaux dans un but non seulement érotique mais également esthétique. Le sexe d’une initiée devait avoir un aspect majestueux, qui fait la différence avec celui d’une petite fille.

De plus, les filles et leurs formatrices faisaient la toilette du vagin au moins quatre fois par jour : matin, midi, soir et après chaque rapport sexuel. Cette extrême hygiène vaginale pourrait peut-être partiellement expliquer le faible taux de reproduction des femmes du « réseau umwali ». Certains ethnologues n’ont pas hésité à qualifier ces femmes de stériles et de prostituées.

Des cours de connaissance des herbes médicinales étaient dispensés. Celles-ci étaient nécessaires pour combattre la candidose, la vaginite, etc., et pour assécher le vagin. Dans cette pharmacopée traditionnelle, une pâte gluante obtenue d’un mélange des feuilles pressées de goyavier, de manioc, de patates douces et d’écorce de manguier servait à rétrécir le conduit vaginal pour plus de frottement lors de la pénétration par le pénis, mais aussi pour développer les muscles intra-vaginaux.

3. Le sceptre de la puissance érotique

mabeleLa fin de cet apprentissage de base du rituel umwali était marquée par l’octroi d’un sceptre, le plus souvent un bâton recouvert de cuir, qui conférerait à l’initiée un pouvoir surnaturel dans son lit et sur son mari. Elle prenait alors un nom de baptême, soit en choisissant un parmi ceux des formatrices, soit des noms swahilis qui traduisaient leur comportement en matière de relations sexuelles, une fois au lit avec le partenaire. Ainsi la propre se nommera Bi-Safi ; la glorieuse : Bi-Sifa ; la berceuse : Bi-Laza ; celle qui suffit : Bi-Atosha ; la joyeuse : Bi-Furaha.

Il faut cependant souligner que la formation d’Umwali durait pratiquement toute une vie car elle se prolongeait par une sorte de « formation permanente » par des rencontres d’échanges d’informations et par des recherches visant le perfectionnement de la technologie sexuelle. Dans ces rencontres régulières, les femmes se mettaient à poils et au corps à corps, ce qui fait dire aux observateurs avisés qu’elles étaient des bisexuelles et des lesbiennes pour celles d’entre elles qui étaient veuves.

4. Les rites de la première nuit de noce

L’umwali était éduquée à une des valeurs fondamentales qu’est la virginité. Pour vérifier si la fille initiée a tenu aux conseils reçus lors de sa formation, la formatrice et d’autres femmes expérimentées de la confrérie étaient présentes lors de la nuit des noces. Elles s’installaient dans la chambre nuptiale et assistaient à la défloration de la mariée par le mari sur un drap blanc immaculé. Si la défloration était concluante, la formatrice et son groupe s’emparaient du drap taché de sang, l’attachaient à un mat, et le paradaient en chantant dans le quartier du marié, fières que leur élève avait gardé jalousement sa virginité.

 

Tiré du livre : Pratiques et rites sexuels en Afrique de Gaspard Musabyimana, pp.12-21.


 

[1] Pierre Salmon, « L’Umwali : une école d’amour africaine (Zaïre) », Université du Burundi, Actes du Colloque de Bujumbura (17-24 octobre 1989), repris comme chapitre in Histoire sociale de l’Afrique de l’Est  (XIXe-XXe siècle), Paris, Karthala, 1991.

[2] Alex Engwete, Umwali: société « secrète » et proto-féminisme subversif de la femme congolaise, 17 février 2008 (http://alexengwete.afrikblog.com).

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